L'artemisia, une plante d'actualité

Connue et utilisée en médecine traditionnelle depuis des millénaires, évoquée pour le traitement de la malaria et du covid 19, l'artemisia est pourtant interdite à la vente dans de nombreux pays. Pourquoi cette simple plante fait-elle couler tant d'encre ? Voilà la vraie question !

Armoise d'Afrique, Absinthe africaine, Artemisia afra
Armoise d'Afrique, Absinthe africaine, Artemisia afra

Artemisia, qui es-tu ?

Le genre Artemisia regroupe plus de 300 espèces de plantes herbacées faisant partie de la famille des Astéracées.

Artemisia annua, l'armoise annuelle, qui peut atteindre deux mètres de hauteur, présente un beau feuillage très découpé vert franc et aromatique. Les capitules sont groupés en panicules, formant de grandes inflorescences portant des fleurs couleur crème à jaune pâle. Cette plante fait actuellement polémique et éveille des débats passionnés.

L'artemisia une plante miracle ?

Cette plante utilisée dans la pharmacopée chinoise depuis des millénaires pour traiter les fièvres et les parasites est aussi bien connue sur le continent africain pour les mêmes propriétés.

Artemisia annua prit notamment sa part dans l'Histoire sous le nom de 'Projet 523', lorsqu'elle fut envoyée par la Chine lors de la guerre du Vietnam pour soigner les soldats victimes de la malaria avec un résultat bluffant tant le taux de guérison fut élevé.

Plus récemment, en 2015, Tu Youyou, une chercheuse chinoise, obtint le prix Nobel pour ses travaux sur le paludisme qu'elle menait déjà depuis 1972. L'armoise annuelle devient alors une alternative à la quinine et à ses dérivés chimiques (chloroquine) auxquels certaines formes de paludisme commençaient à résister. Elle isole l'artémisine, une substance active que les labos s'approprient et associent à d'autres médicaments pour traiter les formes de paludismes résistantes à la quinine.

D'autres études (1), menées sur Artemisia africa, une autre espèce qui ne contient que très peu d'artemisine tendent à prouver qu'il ne s'agit pas de la seule substance active de la plante qui en contient plus de 400 dont au moins une vingtaine anti-paludéennes. Partant de ce constat, il est donc préconisé d'utiliser la plante entière sous forme de tisanes ou de teinture mère, ce qui n'arrange pas forcément l'industrie pharmaceutique.

De nos jours, Artemisia annua est produite à grande échelle à Madagascar où le gouvernement la préconise également dans la prévention et le traitement contre le Covid 19. Notons que les propriétés de la plante avait déjà été exploitées dès 2005, lors de l'épisode de SRAS en Chine, pays où la médecine traditionnelle conserve une bonne place.

Actuellement, l'institut de recherche MaxPlank de Postdam en collaboration avec ArtemiLife Inc, une société américaine qui lui fournit la plante, mène une étude depuis avril 2020 sur l'efficacité d'Artemisia annua dans le traitement du Covid 19.

La plante aurait aussi une action positive sur la bilharziose, une affection parasitaire grave qui occasionne près de 300 000 décès par an dans les régions chaudes du globe. La Corse du Sud a d'ailleurs été affectée par la présence du parasite présent dans certaines rivières, depuis 2014 plusieurs cas ont été répertoriés.

D'autres études sur l'artemisine réalisées in-vitro ont démontré que les cellules cancéreuses ne résistaient pas à la substance. Les études, menées sur des animaux ou in-vitro ne peuvent pour l'instant pas confirmer de manière sûre que la plante ait effectivement une action de prévention ou de traitement sur le cancer, pas plus que sur l'herpès ou de nombreux virus qu'elle est aussi censée traiter, dont le HIV, cependant de nombreuses pistes intéressantes restent à creuser.

Une plante qui divise autant qu'elle soigne

Artemisia annua et Artemisia afra constituent donc un espoir contre de nombreuses maladies et sont usitées dans les régions les plus défavorisées, où la tisane demeure une solution rapide et peu coûteuse.

En France sa vente est interdite, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l'OMS au niveau international font bloc pour que la plante ne soit pas utilisée de manière traditionnelle dans le traitement du paludisme et des maladies respiratoires telles le SRAS, la tuberculose ou le covid 19, arguant que l'on ne connaît pas encore toutes les propriétés de la plante, que certaines substances pourraient être toxiques mais aussi que la tisane pourrait induire une nouvelle résistance du parasite à l'artémisine dans le cas du paludisme.

Autre argument : le fait que les principes actifs seraient plus ou moins présents selon le terroir, la période de récolte et la technique de séchage, ce qui rendrait une posologie correcte impossible avec des risques de sous-dosage ou au contraire de surdosage.

De plus, d'après ces organismes, les effets ne seraient pas pérennes et l'utilisation de la plante pourrait provoquer des nausées, des démangeaisons et d'autres effets secondaires encore inconnus.

De l'autre côté du miroir, de nombreux témoins l'ayant utilisée pour traiter le paludisme affirment que les premiers effets se font sentir en 24 h, les symptômes disparaissant totalement en 48 h. De quoi effrayer les labos créateurs de molécules chimiques à fort pouvoir rémunérateur !

Une étude (2) menée par Jérôme Munyangi un médecin chercheur d'origine congolaise commencée in-vitro au laboratoire de biologie moléculaire du campus d’Orsay puis, in-situ au Congo, tend à prouver que les 957 patients atteints de paludisme avaient un taux de guérison supérieur en ayant pris des tisanes d'artemisia par rapport aux patients traités avec les molécules chimiques préconisées par les organismes officiels. Cette étude démontre aussi qu'Artemisia afra est tout aussi efficace qu'Artemisia annua bien qu'elle ne contienne que très peu d'artemisine. La plante dans sa globalité devrait donc être employée. Cette conclusion remet en cause l'extraction coûteuse de l'artemisine pour en faire un médicament vendu par les laboratoires pharmaceutiques mais aussi par le marché parallèle des faux médicaments très présent dans les pays africains. Le chercheur menacé quitte son pays en mars 2019, qu'il regagnera en mai 2020 soutenu par son gouvernement. Si les financements participatifs lancés par la Maison de l'Artemisia (3) sont au rendez-vous, une nouvelle étude pourra voir le jour dans un futur proche.

Notons que l'OMS accepte à présent d'évoquer la plante comme 'un des traitements possibles contre le Covid 19'. En parallèle, l'Ansm a publié un communiqué de mise en garde (4) sur les produits à base d'Artemisia annua, plante qui selon l'organisme « n’a jusqu’alors pas fait la preuve de quelconques vertus thérapeutiques ».

Les multiples études menées actuellement offrent un espoir pour de nombreux malades, l'avenir nous dira si la phytothérapie sera prise au sérieux ou si elle restera prohibée, laissant à chacun le choix de s'informer et d'en tirer ses conclusions.

  1. Etude Benin
  2. Étude Jerôme Munyangi Congo
  3. Bibliothèque scientifique de la Maison de l'Artemisia
  4. Communiqué Ansm
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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Kate (Occitanie)
    Merci pour ce texte sur l'Artemisia Annua et Artemisia afra qui nous prouve encore que les plantes sont les amies de l'Homme à condition de savoir les utiliser. De nombreux labos profitent du manque de savoir de tant de personnes et nous vendent des médicaments qui détruisent nos défenses naturelles. Merci et n'hésitez pas à écrire et envoyer de telles informations.
    Répondre à Kate
    Le 18/11/2020 à 17:41