Le parc oriental de Maulévrier

Hervé RAIMBAULT directeur du parc oriental de Maulévrier répond à nos questions sur la création et l'entretien du parc.

Qui êtes-vous ?

Je suis directeur du parc depuis 2008, mais je suis arrivé ici en 1999. Depuis les années 2000, nous avons restauré le parc, avec plantation et réimplantation de certains végétaux et aussi un travail de taille 'à la japonaise'. Ce travail a valu le succès actuel du parc.

Histoire des lieux

Le parc appartenait autrefois au château Colbert qui jouxte les lieux, il a été aménagé à la japonaise dès la fin du XIXe siècle par Alexandre Marcel un architecte parisien venu faire des travaux de rénovation et d'aménagement au château. Celui-ci épousa ensuite la fille du propriétaire des lieux. Passionné d'orientalisme, il propose la transformation de la partie la plus boisée du parc en un jardin à la japonaise.

De gros travaux suivirent de 1899 à 1914. L'architecte va positionner les éléments qui ponctuent le jardin et jouer sur les perspectives, certains d'entre-eux comme le temple, les lions, les statues proviennent de l'exposition universelle de 1900 à Paris, à laquelle l'architecte avait participé.

En 1928, après le décès d'Alexandre Marcel, sa femme et ses jardiniers poursuivent son œuvre jusqu'en 1940 où le château est vendu à des religieuses qui laissent le parc à l'abandon jusqu'au milieu des années 80, date à laquelle la commune le rachète. Sous l'impulsion de quelques passionnés, des recherches sont effectuées pour restaurer le parc selon son aspect d'origine.

Qui gère le parc aujourd'hui ?

Le chef jardinier gère le parc dans le prolongement de l'existant et de la poursuite de la restauration et des aménagements du jardin japonais. 11 personnes dont 4 jardiniers et paysagistes interviennent quotidiennement.

Comment est-il aménagé ?

Le travail de la perspective et des points de vue est primordial sur ce type de jardin japonais de la période Edo. La progression se fait au fil de la découverte de certains éléments qui disparaissent complètement 10 mètres plus loin au profit d'autres ou d'une perspective différente. Nous travaillons sur des 'fenêtres paysagées' dans le jardin pour être sur une succession de tableaux.

Objectifs et vocation du jardin

Au départ, il s'agissait d'un jardin privé de château. Lors du rachat par la municipalité l'idée était de générer des fonds pour restaurer le lieux et donc de l'ouvrir au public, chose réalisée en 1985. Les fonds servent alors à restaurer, à financer l'achat de végétaux mais aussi à financer du personnel pour travailler dans le parc. Au départ, il n'y avait qu'un salarié qui a commencé avec pour seul matériel, une pelle, un râteau et une brouette, les choses ont bien évolué depuis, puisque le parc compte aujourd'hui 11 employés permanents plus des intervenants en saison.

Le jardin a une identité ?

Il en a plusieurs. Si l'on voulait vraiment faire ressortir les atouts du jardin, on parlerait de son originalité par sa tendance japonisante, les gens sont surpris de voir un parc aussi vaste et aussi travaillé au niveau des essences végétales, et là où on réussi à surprendre le visiteur c'est par la densité des arbres, par rapport à leur emplacement, certaines essences surprennent par le lieu où elles se trouvent, par exemple juste au dessus de l'eau, mais aussi par la forme des arbres taillés à la japonaise.

Ce qui surprend aussi, c'est que les arbres taillés ne sont pas forcément des végétaux originaires du japon, mais aussi des essences bien de chez nous ; On a beaucoup de variétés d'ifs, aujourd'hui taillés et ces ifs sont parfois présents dans le jardin de nos visiteurs qui sont très surpris de voir la taille et la forme que l'on a pu leur donner ici.

Le phytosanitaire ?

Depuis 2009, on n'utilise plus de produits phytosanitaires au sein du parc. Plus du tout. On a opté pour d'autres solutions, d'autres techniques durables et écologiques. Les jardiniers n'ont plus à manipuler ce genre de produits toxiques, l'environnement proche est préservé, dont les plans d'eau. L'eau est l'élément de base à partir duquel le parc a été composé donc c'est un respect par rapport à cet élément. Troisième chose, c'est un respect par rapport aux visiteurs qui peuvent traverser le parc sans crainte car nous utilisons des solutions alternatives écologiques.

Et la faune ?

Nous sommes dans un jardin paysagé et non dans un parc animalier, donc au niveau de la faune nous n'avons pas de démarche précise mais nous respectons la faune présente sur les lieux.

Combien de personnes travaillent ici ?

Nous avons la chance de travailler sur deux secteurs bien distincts du parc mais liés l'un à l'autre : le secteur du jardin, avec des personnes qualifiées dans ce domaine dont des paysagistes qui interviennent, et sur le secteur du tourisme avec des personnes qui accueillent les visiteurs et les guident à travers le parc. Il s'agit majoritairement de bénévoles qui aujourd'hui, accompagnent les groupes constitués au cours de la promenade.

Une autre activité s'est développé autour du jardin, sur un espace situé à l'intérieur du parc où on propose une exposition permanente de bonsaïs, un espace où les gens peuvent profiter d'un moment de détente après la promenade, avec un côté salon de thé, et d'autres petits jardins que l'on a mis en valeur dans cet espace sur le thème du bambou et sur celui des cinq sens.

Des difficultés ?

On est sur le maintien d'un vieux jardin avec une attention particulière portée sur les arbres, on a ici des arbres centenaires, voire bicentenaires pour certains, donc on est très sensibles au maintien de ces arbres là car ils portent le jardin, ce sont un peu les 'dinosaures' des lieux et on essaie de les soigner le mieux possible.

Autre difficulté : nous sommes sur un espace sensible, classé, nous ne pouvons pas faire n'importe quoi ; On essaie de travailler en symbiose avec le jardin, avec son esprit, avec la manière dont on souhaite aussi le porter et le travailler. Ce n'est pas une difficulté en soi mais plutôt une optique de travail.

Donnez-nous envie de venir

Il y a un mot, qui est à la mode aujourd'hui, il s'agit du terme 'zen'. C'est un mot que l'on entend à toutes les sauces, mais on est vraiment dans cette ambiance là. L'ambiance du jardin est faite de tranquillité, de paix de zénitude finalement et c'est vraiment un endroit où l'on peut prendre le temps d'apprécier les lieux, de se reposer sur un banc et de profiter des espaces, donc c'est au delà du jardin paysagé, du jardin japonais, c'est vraiment une promenade faite de tranquillité et de zénitude.

Une anecdote

Il y a une histoire marrante : un visiteur m'a dit que comme j'étais quasiment immergé toute l'année dans un jardin paradisiaque, malheureusement le jour venu, je n'aurais pas le droit d'aller au paradis puisque j'aurais déjà passé toutes mes journées ici. C'est un petit clin d’œil bien sympathique !

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