Le potager du Château Colbert à Maulévrier

Mickaël VINCENT jardinier nous présente le potager du Château Colbert à Maulévrier

Qui êtes vous ?

Issu du milieu agricole, je suis né à Fontaine-Guérin dans le Maine-et-Loire. J'ai fait mes études à Angers à l'école supérieure d’agriculture, du CAP jusqu'au BTS, puis je me suis perfectionné en dessin paysagiste. Après ce cursus scolaire, j'ai pris une voie professionnelle dans la production de semences en Maine-et-Loire et je travaille au potager du roi à Versailles.

Pouvez-vous nous présenter l'équipe ?

C'est l'architecte paysagiste Gwenaël Tanguy qui a remis en œuvre le potager actuel. Deux jardiniers y travaillent en permanence ainsi que deux bénévoles qui apportent leur aide.

Présentez-nous le jardin dans ses espaces

Le potager est divisé en trois parties. La première est une partie de tests ou de nouvelles espèces et différentes variétés sont mises en place. Le chef effectue des tests culinaires afin de savoir si les produits correspondent à ses attentes.

On a une partie dédiée aux aromatiques, où les plantes sont cueillies quotidiennement midi et soir pour le restaurant, avec des produits frais comme le basilic, le persil, la ciboulette, et ensuite la partie dédiée à la production de la sélection du chef qui est cultivée en quantités importantes.

Comment travaillez-vous avec le chef ?

Il y a une communication permanente avec le chef, ce dernier descend au jardin, moi je vais en cuisine de façon à échanger sur les produits qui sont à maturité. La discussion porte sur les exigences du chef par rapport au stade de cueillette, et sur la diversité qui est souvent remise en cause pour retrouver toujours de nouvelles saveurs qui sont de plus en plus recherchées par un chef cuisinier.

Parlez-nous du potager

Il s'agissait d'un potager déjà existant, il était donc important de le remettre en valeur. C'est une terre nourricière, avec le restaurant et l'accueil du public chose très importante pour le château Colbert. On peut visiter le potager de mars à octobre, mais le restaurant reste ouvert et la cueillette est quotidienne de façon à avoir des produits les plus frais possible.

Oui c'est la tendance et je pense qu'aujourd'hui, il y a peu de restaurateurs qui ont la chance d'avoir un potager aussi grand qui puisse fournir en légumes de qualité et d'une saveur extrême puisqu'on les cueille juste avant de les amener directement en cuisine.

Quels sont les légumes proposés ?

L'idée est d'avoir un produit de qualité, surtout dans la régularité. Pour les pommes de terre par exemple, nous plantons 30 plants chaque semaine de façon à ce que le chef puisse obtenir une production de pommes de terre nouvelles sur toute la saison. Aujourd'hui la saison est bien avancée, mais nous avons pourtant toujours des pommes de terre nouvelles d'une excellente qualité.

La diversité est très importante, nous cultivons plus de 200 espèces, légumes et aromatiques compris, sachant que chaque espèces comprend une multitude de variétés, notamment chez les tomates ou les haricots.

Cette année par exemple, c'était l'année du haricot, nous avons donc vraiment diversifié ces espèces. Concernant les tomates nous avions également une cinquantaine de variétés, de la tomate cerise jusqu'aux grosses tomates, avec énormément de couleurs et de forme diverses.

Où vous procurez-vous vos légumes ?

Après discussion avec le chef, si nous n'arrivons pas à fournir la cuisine, nous faisons appel à des producteurs locaux.

Comment entretenez-vous les lieux ?

Lors des travaux, d'énormes engins sont intervenus, chose qui a perturbé l'équilibre et la structure du sol, donc il a fallu décompacter. L'apport de compost a permis d'obtenir des résultats très surprenants et favorables au développement des légumes.

C'est un compost végétal que nous faisons nous-même, additionné à un compost animal.

Quel est l'atout des lieux ?

Le fait de voir le potager puis de découvrir les produits dans l'assiette après le travail du chef cuisinier rend le moment inoubliable, tant et si bien que vous avez envie de le partager entre amis ou avec la famille.

Utilisez-vous des produits phytosanitaires ?

Aucun produits phytosanitaire n'est appliqué afin de respecter le sol et d'obtenir un produit le plus naturel possible.

Une anecdote ?

Suite à quelques années aux conditions climatiques humides, les limaces ont envahi le potager. Une association de protection du hérisson avec laquelle nous sommes en partenariat, nous a fourni des hérissons en pleine forme, prêt à se multiplier et à élire domicile au château Colbert.

Dominique Popihn, propriétaire, nous parle de l'histoire des lieux

Ce château a été construit en 1681 par Guillaume Bautru, comte de Serrant qui avait deux filles. À l'une, il donne le château de Serrant et à l'autre, celle qui épousa le frère du grand ministre de Colbert, ce château, qu'il fit construire par les mêmes architectes angevins.

Ce château reste dans la famille Colbert jusqu'en 1890, il subit de gros dégâts durant les guerres de Vendée, il n'en reste alors que la structure.

Dans les années 1830, il est rénové et l'escalier d'honneur est ajouté.

Ce château est acheté en 1893 par la famille Bergère qui entreprend une autre restauration avec un architecte connu : Alexandre Marcel. Les Bergère rénovent aussi le potager, construisent de grandes serres, qui ont été par la suite vendues à la ferraille par la congrégation religieuse qui racheta le château.

Du temps de la famille Bergère, une quinzaine de jardiniers entretiennent le potager et le parc du XVIIIe crée par les Colbert. Alexandre Marcel amène des éléments d'origine asiatique, ce qui lui donne son côté 'parc oriental'.

Gwénaël Tanguy, nous parle de la rénovation du potager

Nous avons conservé le plan de 1815, les allées et les grandes planches qui coïncident avec des escaliers d'accès et des niches situées dans les murs de soutènement du potager.

Nous nous sommes libérés du dessin fait au XXe siècle.

Il s'agissait de créer un jardin en toute liberté. Nous sommes partis sur l'idée de récupérer l'eau située dans le sol ou sur les toitures et nous avons construit un grand canal de 200 m de long en forme de croix comme à Versailles. Il permet d’irriguer l'ensemble du jardin grâce à une somme de petites cascades que les jardiniers utilisent pour fournir de l'eau dans chaque zone du potager.

Ensuite nous voulions créer des grandes planches pour la production potagère et au centre nous avions une problématique car il ne restait qu'une partie de la grande serre et du palmarium du XXe siècle. Nous avons construit deux grandes pergolas venant encadrer ce reste de serre que l'on a également rénové.

Nous avons divisé les grandes planches en petits carreaux pour faire des expérimentations et retrouver d'anciens légumes ou cultiver des plantes que nous n'aurions qu'en petites quantités.

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Beauchamp (Essonne (Savigny sur Orge))
    Merci et félicitations !
    Répondre à Beauchamp
    Le 07/02/2016 à 10:45