La chytridiomycose, un champignon tueur d'amphibiens

Le champignon aquatique Batrachochytrium dendrobatidis infecte depuis plusieurs années grenouilles, crapauds et salamandres. En attaquant leur peau, il fragilise leur survie et accélère le déclin de nombreuses populations d’amphibiens à travers le monde.

Par Alain DEBUISSON -
La chytridiomycose, un champignon tueur d'amphibiens
La chytridiomycose, un champignon tueur d'amphibiens © A l'aide de l'IAAlain DEBUISSON
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Un champignon parasite qui ronge la peau

Ce champignon ne vit que dans l’eau. Il s’attaque directement à la peau des amphibiens, un organe vital qui leur sert à respirer et à réguler l’eau dans leur organisme.

Résultat : perte d’appétit, comportements étranges, grande faiblesse. Puis apparaissent les lésions, les décolorations, et la mort survient, souvent en l’espace de quelques semaines. Les têtards, eux, survivent davantage, mais portent le germe dans leur bouche.

Effondrement des populations

Le constat est inquiétant, selon l’UICN, près d’un tiers des 6 500 espèces d’amphibiens recensées dans le monde est aujourd’hui menacé. Dans les Pyrénées, le Crapaud accoucheur et la Salamandre tachetée ont pratiquement disparu de certains lacs. En Espagne, c’est le Crapaud commun qui s’est effondré par endroits. Panama, Costa Rica, Australie, États-Unis… partout, les chercheurs observent des déclins, parfois en quelques saisons seulement.

Toutes les espèces ne sont pas touchées de la même façon. La Grenouille taureau ou le Xénope lisse, par exemple, semblent résister. Leur peau héberge des bactéries capables de freiner le développement du champignon. Un espoir pour les chercheurs, mais rien de concret pour l’instant.

Amphibien infecté par la chytridiomycose
Amphibien infecté par la chytridiomycose © Forrest Brem - wikimedia - CC BY 2.5

Quelle origine ?

La question reste sans réponse claire. Plusieurs scénarios circulent. Certains scientifiques pensent qu’il provient d’une région unique et qu’il s’est répandu avec le commerce international de batraciens.

D’autres estiment qu’il était déjà là depuis longtemps, mais que le changement climatique lui a ouvert la voie.

Une troisième piste pointe la pollution et les pesticides, qui affaibliraient les défenses naturelles des amphibiens.

Peut-être un peu de tout cela à la fois !

Pas de remède miracle

Le plus inquiétant, c’est qu’il n’existe aujourd’hui aucun traitement efficace. Les fongicides, trop agressifs, ne peuvent pas être utilisés dans la nature. Les pistes biologiques sont encore balbutiantes. Reste donc une seule stratégie : freiner la propagation. Comment ? En désinfectant le matériel de pêche, en évitant de déplacer des amphibiens d’un site à l’autre, en surveillant les zones sensibles.

Une nouvelle alerte en Europe

En 2013, un deuxième champignon du même genre a été découvert aux Pays-Bas : Batrachochytrium salamandrivorans. Plus virulent encore, il s’attaque en priorité aux Salamandres tachetées. En trois ans, il a décimé leurs populations locales.

Face à la menace, des protocoles sanitaires stricts ont été instaurés. En France, un site, alerte-amphibien.fr, permet désormais de signaler les cas suspects.

Une course contre le temps

Fragilisés par la perte de leurs habitats et la pollution, les amphibiens affrontent un ennemi invisible qui frappe vite et fort. Les scientifiques redoutent que sans action rapide, certaines espèces ne disparaissent définitivement dans les prochaines décennies.

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