Le pseudoscorpion, l'allié méconnu du jardinier et du compost
De loin, il pourrait être pris pour une tique, de près, pour un scorpion miniature... Cependant, ce tableau un peu effrayant cache un arachnide inoffensif qui joue un rôle écologique essentiel dans le jardin. Souvent présent dans le tas de compost, le pseudoscorpion interroge sur sa réelle action. Qui est-il vraiment ? Pourquoi vit-il dans votre tas de déchets organiques ? Découverte...
Le pseudoscorpion, un animal méconnu
Le pseudoscorpion (Pseudoscorpionida) fait partie de la classe des Arachnides, tout comme les araignées. Mesurant entre 2 et 7 mm, il présente un corps aplati brunâtre dont l'abdomen est strié de bandes crème. La tête brun foncé est entourée de deux grandes pinces (pédipalpes) brun rougeâtre qui inspirent celles d'un scorpion. Contrairement à ce dernier, il ne possède pas de queue ni d'aiguillon venimeux, il est donc totalement inoffensif.
Il existe plus de 3 000 espèces de pseudoscorpions dans le monde, chacune pouvant vivre dans un milieu bien particulier : sous les pierres, dans les nids d'oiseaux, dans la litière forestière, dans les vieux livres et bien sûr dans le compost.
Très petit et discret, il est très rarement observé par le jardinier, bien que très présent. On peut facilement le confondre avec une tique ou un bébé scorpion, mais aucun de ces deux animaux ne vit naturellement dans le compost en Europe. Si vous croisez ce que vous pensez être un scorpion miniature au cœur de votre bac à compost : pas de panique, cet arachnide est un précieux allié !
Quelles espèces de pseudoscorpions trouve-t-on dans le compost ?
Il existe de nombreuses espèces de pseudoscorpions spécifiques au compost, elles se répartissent selon la région, le taux d'humidité et de matière organique. L'espèce la plus présente est Pselaphochernes scorpioides, nommée par nos amis anglais "compost chernes” (littéralement “pseudoscorpion du compost”). Il est également possible de trouver des espèces du genre Chthonius et très fréquemment Neobisium carcinoides.
Pourquoi le pseudoscorpion apprécie-t-il le compost ?
Le compost constitue un habitat de choix pour le pseudoscorpion qui a besoin de chaleur, d'humidité et de matière organique en décomposition. Il y trouve une température stable, une forte hygrométrie, beaucoup de cachettes et surtout de la nourriture en abondance !
Ce minuscule prédateur est un chasseur redoutable qui se nourrit principalement d’acariens, de larves, de petits insectes et de micro-organismes. Ainsi, il régule naturellement les populations d’espèces parfois gênantes dans le compost.
Ses pédipalpes sont équipés de glandes à venin très efficaces pour neutraliser ses proies. Il suffit au pseudoscorpion de patienter immobile jusqu'à ce qu'une proie potentielle passe à la portée de ses pinces pour l'attraper en une fraction de seconde.
Intérêts de la présence du pseudoscorpion dans le compost
Sa présence est un très bon indicateur de biodiversité et d'équilibre du tas de compost. De plus, il permet de réguler les populations d'acariens, de larves et de nombreux autres ravageurs de manière parfaitement naturelle. La présence de pseudoscorpions dans le compost est le signe que votre compost est très bien équilibré en matières carbonées et azotées et donc que son activité biologique est préservée.
Des capacités de déplacement étonnantes
On pourrait se demander comment le pseudoscorpion arrive dans le tas de compost vu sa lenteur de déplacement et sa très petite taille. Et bien, la bête présente un comportement étonnant appelé phorésie. Il s'accroche à d'autres animaux (insectes volants, oiseaux, petits mammifères) pour trouver de nouveaux habitats. Cette technique lui permet de toujours trouver des zones riches en matières organiques et de se déplacer rapidement lorsque la situation devient compliquée pour se nourrir.
Un mode de reproduction fascinant
Le mode de reproduction du pseudoscorpion est des plus sophistiqués, car il combine à la fois des stratégies chimiques et des soins parentaux, chose exceptionnelle chez les arachnides.
En pratique, il n'y a pas de copulation classique, contrairement à la plupart des araignées ou des scorpions. Chez le pseudoscorpion, le mâle dépose son spermatophore (capsule contenant les spermatozoïdes) dans le substrat avant de convaincre, par une parade nuptiale élaborée, la femelle d'accepter l'offrande. Certaines espèces vont jusqu'à déposer une goutte nutritive sur le sol pour guider la femelle vers le spermatophore. Lorsque la femelle passe au-dessus du spermatophore, elle l’absorbe par son orifice génital. La fécondation se produit ensuite à l’intérieur de son corps, mais sans contact direct avec le mâle. On parle alors d'insémination indirecte.
Encore plus étrange, après la fécondation, la femelle produit une poche incubatrice fixée à son abdomen dans laquelle elle va déposer ses œufs. Les bébés naîtront sous la forme de protonymphes, c'est-à-dire de mini-adultes mous et sans pigments qui subiront ensuite quatre stades de mue. La mère les transporte et les protège tout au long de leur croissance. Une fois autonomes, ils utiliseront la fameuse phorésie pour se déplacer.
Comment protéger le pseudoscorpion ?
Comme nous l'avons vu, le pseudoscorpion n'est ni dangereux ni sale, il est au contraire très utile. Pour le protéger :
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Évitez les pesticides dans le jardin.
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Maintenez un bon taux d'humidité dans le compost.
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Diversifiez les couches en apports organiques.
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Apportez un peu de matériaux grossiers pour servir de cachettes.
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