Remarquables graines

Graine de Ormosia monosperma au Brésil
Graine de Ormosia monosperma au Brésil

Dans les ouvrages spécialisés, l’affaire semble classée depuis des siècles : on évoque le résultat d’une fécondation, on parle d’une adaptation évolutive. A peine deux pages lui sont consacrées dans la dernière édition de l’excellent "Biologie" de Raven, ouvrage qui en comprend … 1280. Ce sont surtout les mécanismes d’adaptation des graines en termes de dissémination et leur capacité de dormance qui semblent avoir retenu l’attention des scientifiques. On s’évertue parfois à expliquer la forme mystérieuse d’un fruit, la couleur extravagante d’une graine ou la présence d’arilles par exemple. Mais ces éclaircissements - parfois remis en question par d’autres chercheurs - nous laissent sur notre faim : comment ne pas rester sans voix devant la diversité incroyable que nous révèle une simple récolte de graines dans un pays tropical par exemple ?

Une petite révolution végétale

La grande nouveauté qu’apportent les graines des plantes à fleurs par rapport aux plantes à « graines nues » (gymnospermes, comme les pins) est la présence d’un tissu protecteur (le tégument) et d’un fruit. Les graines « nues » disposent au mieux d’ailes pour faciliter leur dispersion par le vent. Sec ou charnu, ailé ou hérissé de poils, le fruit des plantes à fleurs (angiospermes) va permettre à l’individu entier de se transporter encore plus loin, notamment avec l’aide des oiseaux, mais aussi des courants marins. Le tégument va quant à lui protéger la graine contre la digestion, le pourrissement et permettre la germination au moment optimal. Cette révolution silencieuse permettra aux plantes de coloniser les milieux terrestres les plus divers.

De la graine qui étonne à la graine qui fascine

Comment expliquer le fait qu’une myriade de livres nous décrive les plantes « ornementales » alors que presque aucun ne nous parle de la beauté des graines ? Les pépins ne pourraient-ils pas être eux aussi « décoratifs » ?

Sous d’autres latitudes pourtant, nous pouvons observer des peuples encore fascinés par leurs graines. Il suffit pour cela d’observer avec quelle délicatesse les Hmong d’Asie du sud-est confectionnent avec leurs « larmes de job » (Coix lacryma-jobi) de fins objets comme des besaces. Avec quelle patience les indiens Wichis du nord de l’Argentine tressent sacs et ceintures avec les minuscules graines de « monval » (Leucaena leucocephala).

Nos musées et nos brocantes témoignent de l’intérêt que nos ancêtres portaient encore à ces « perles remarquables » : chapelets confectionnés avec diverses graines dans les monastères, sculptures sur noyaux, etc.

Graines et pépins

Comprendre le déni de la graine, c’est aussi se pencher sur le rapport que nous avons avec elles. Pour les consommateurs pressés que nous sommes, n’est-ce pas le noyau que l’on crache, le «pépin » qui nous gêne et que nous aimerions voir disparaitre des fruits ? Ne parlons-nous pas de « mauvaise graines » pour désigner les filous ? Le blé, le riz, les haricots constituent certes une part importante dans la nutrition humaine. Mais ces graines ne constitueraient elles pas la partie la moins « noble » de la nourriture ? On parle d’ailleurs de céréales «non raffinées », de nourriture de « base ». C’est dans ces relations qu’il faut chercher notre mépris contemporain pour ces organes. Leur abondance va à l’encontre de nos habitudes de chercher la « perle rare ».

Pour les agriculteurs les sacs de semences sont une véritable charge puisqu’ils sont obligés de les racheter chaque année. Le jardinier qui chaque année doit se pencher sur son catalogue dans l’espoir de quelque variété meilleure serait peut-être le plus à même de s’étonner de la diversité des semences. Gageons que les « trocs de graines » et l’engouement récent pour les semences « de ferme » nous permettront de reprendre contact avec un organe trop longtemps resté au fond des sachets.

Graines sources de légendes

Bien que partiellement expliquée par le biais de la théorie de la sélection naturelle de Darwin, l’aspect ou la couleur des graines ne seront probablement jamais compris sous le seul angle de l’adaptation d’une plante à son milieu. Comme la diversité de couleurs des fleurs, elle recouvre une réalité dont nous commençons à entrevoir la complexité.

Loin de nos laboratoires, des populations qui vivent au quotidien près de ces joyaux de la nature nous dévoilent leur vision mêlée de croyances, de symboles, de superstitions. Saurons-nous prêter une oreille à ces observateurs perspicaces ? De nombreux botanistes l’ont déjà fait par le passé. C’est ainsi que le genre Ormosia (arbre d’Amérique tropicale produisant d’étonnantes graines bicolores) fait référence à l’utilisation des graines par les amérindiens pour confectionner des colliers (du grec, ὅρμος : collier).

Graines oubliées d’hier ? Graines utiles de demain ?

Il est connu que la base de l’alimentation humaine repose sur diverses céréales depuis plusieurs millénaires. N’oublions pas que l’homme doit aussi sa survie à la cueillette de fruit et de graines sauvages pendant les longs 2.5 millions d’années du paléolithique. Une myriade de graines sauvages ont fait l’objet d’utilisation par le passé

Divers projets de « conservation de la biodiversité » ont commencé à stocker des graines, notamment le célèbre « Svalbard Global Seed Vault » au Danemark. Véritable « Alcatraz » des graines, cette banque illustre bien notre attitude paradoxale : conserver la plus grande diversité possible dans un espace le plus restreint possible. Les températures froides du permafrost n’empêcheront cependant pas certaines semences de dépérir rapidement. En outre la diversité n’est pas un phénomène figé, mais est en constante évolution. Les plantes s’adaptent par exemple aux changements climatiques actuels, à nos pollutions, à l’ouverture des milieux, etc. Vouloir conserver une diversité « congelée » ne pourra suffire pour résoudre les problèmes d’érosion génétique.

La culture de semences de ferme a permis à nos ancêtres d’obtenir une forte diversité génétique de variétés adaptées aux conditions locales. Perpétrer ces traditions est sans nul doute le meilleur moyen de conserver un pool génétique agricole durable et évolutif. Ceci nous permet par exemple de disposer de légumes de textures et de goûts variés.

N’oublions pas que la réelle valeur de nombreuses graines est largement inconnue… et ne le sera peut-être jamais. Les forêts tropicales, notamment humides, abritent une diversité incroyable de plantes dont l’essentiel reste à découvrir. C’est sans doute la meilleure banque de biodiversité que nous pourrions conserver, par exemple pour de futurs médicaments.

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