L'exploitation de la sphaigne du Chili

L'exploitation de la sphaigne du Chili
L'exploitation de la sphaigne du Chili

La sphaigne de Chiloé est une mousse végétale naturelle qui pousse spontanément dans la région australe du Chili. De sa récolte à son emballage, son exploitation artisanale permet de respecter à la fois son habitat et les personnes qui participent à sa production.

La récolte

Une centaine de récoltants propriétaires de marais à sphaigne fournit l'usine de conditionnement.

Les parcelles peuvent être dégagées ou accidentées, selon les lieux de récolte. La récolte de la sphaigne est facile et manuelle: on plonge les deux mains dans le « ponpon » (nom local donné à la sphaigne) pour en retirer une bonne brassée. La mousse s'extrait très facilement, sans résistance. Elle est ensuite stockée dans de petits sacs puis extraite du marais, la plupart du temps à l'aide de charrettes tirées par des boeufs. Seule la partie vivante de la fibre est récoltée, ce qui lui permet de se régénérer dans un délai de 4 ans. L'étendue des surfaces exploitables (des milliers d'hectares) permet d'envisager une augmentation de la production significative, sans que cela soit nuisible pour l'environnement comme nous le verrons plus loin.

Le séchage

Le séchage de la sphaigneL'usine de conditionnement fournit la plupart du temps aux récoltants, le matériel nécessaire à la construction de séchoirs à sphaigne. Ceci permet aux plus pauvres de s'aventurer également dans l'expérience « ponpon ».

La sphaigne est donc étalée en couche fine sur des filets tendus à environ 1,30m du sol et couverts d'une bâche plastique de protection. L'ensemble tient grâce à une armature en bois, et constitue en quelque sorte des « tunnels » rappelant ceux des maraîchers, orientés perpendiculairement au vent de manière à ce que celui-ci s'engouffre aisément à l'intérieur (dans cette région du Chili il pleut 10 mois sur 12).

La vente

La vente de la sphaigneUne fois suffisamment sèche, la sphaigne est emballée dans de gros (« sacas ») puis livrée à l'usine de conditionnement. Une personne responsable des achats est chargée de réceptionner la marchandise, contrôler le degré d'humidité et la qualité, et enfin de peser les « sacas ». En fonction de ces différents facteurs, dont le principal est la qualité de la fibre (longueur et épaisseur), le prix de vente varie du simple au double. Un seul moyen pour les récoltants de proposer une qualité de fibre optimale et de rentabiliser au mieux leur récolte: cueillir la sphaigne de façon superficielle. En effet, au plus on descend en profondeur dans le marais, au plus la fibre est dégradée, et au plus le prix de vente sera bas arrivé à l'usine. En cas de qualité trop médiocre, les « sacas » ne sont pas achetés, ce qui reste anecdotique.

Ce fonctionnement permet une autorégulation de la ressource, dans la mesure où seule la partie vivante (de surface) a une valeur commerciale intéressante. Ceci permet donc à la sphaigne de se régénérer dans des conditions optimales et homogènes.

Le mélange et le tri

Le mélange et le tri de la sphaigneLes « sacas » sont étiquetés pour une meilleure traçabilité (nom du récoltant, poids, qualité) et stockés en fonction de leur qualité. En fonction des lieux de récolte, la sphaigne peut varier énormément au niveau de sa couleur, selon qu'elle est ou pas exposée aux rayons du soleil. Il est important de proposer au final un produit homogène, ce qui nécessite de disposer d'une personne « responsable du mélange ». Son rôle est d'ouvrir les « sacas » et de les mélanger les uns aux autres, selon la composition de la commande en cours de préparation. Une fois le savant mélange effectué, il passe au 2nd maillon de la chaîne de conditionnement: le tri. Il consiste à «aérer» manuellement la sphaigne de manière à éliminer les « paquets agglomérés » et les quelques impuretés qui peuvent s'y trouver (feuilles, brindilles, etc...). Ce tri s'effectue sur des toiles ajourées qui laissent passer au-travers de leurs mailles les feuilles de sphaigne, qui sont récupérées par gravité dans des bacs et constituent une qualité de fibre « fine » dont la granulométrie se rapproche de celle du terreau.

La sphaigne est alors disposée dans des cartons pour être pesée (calibrée) avant d'être mise en presse.

Le pressage et l'emballage

Le pressage et l'emballage de la sphaigneLes presses hydrauliques constituent le seul « maillon technologique » de la chaîne de conditionnement de la sphaigne. Cette opération permet d'obtenir au final des paquets de volume et de poids réduits, qui une fois mouillés représenteront l'équivalent des sacs de terreau que l'on trouve dans les magasins spécialisés.

La sphaigne est ensuite emballée avant d'être chargée dans des containers maritimes en partance pour les 4 coins du monde...

Conclusion

Tout au long de sa chaîne de production, la sphaigne fait vivre et embauche de nombreuses personnes qui perçoivent des salaires situés au-dessus de la moyenne Chilienne. Son exploitation se fait selon une charte morale dont les principes sont empruntés au commerce équitable, en attendant une éventuelle labellisation dans quelques années... Les personnes qui participent à sa production sont conscientes qu'il s'agit là d'un matériau renouvelable dont la régénération conditionne leur niveau de vie et qu'elles ont donc tout intérêt à protéger et à gérer intelligemment...

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Perma41 (Centre)
    En tant que paysagiste, cela me conforte davantage à employer ce type de produit dans le mesure ou son empreinte écologique est limitée (sauf le transport qui reste maritime)
    Répondre à Perma41
    Le 12/12/2014 à 15:07