Pourquoi Nancy expérimente des massifs presque sans arrosage pour préparer les étés de demain ?
Face aux canicules, aux restrictions d’eau et aux sols desséchés, deux jardins de Nancy transforment leurs massifs en laboratoires. Vivaces résistantes, arbres méditerranéens, paillage et arrosages espacés y dessinent un jardin plus sobre, accessible aux professionnels comme aux particuliers.
Au jardin botanique de Nancy, des massifs sans arrosage testent des plantes résistantes
Au Jardin botanique Jean-Marie Pelt, à Villers-lès-Nancy, certains massifs d’ornement ne reçoivent pratiquement plus d’eau. Cette situation, loin d’être un abandon, permet d’observer les espèces capables de conserver leur feuillage, leur port et leur floraison malgré une sécheresse prolongée et des températures particulièrement élevées.
Plusieurs végétaux déjà disponibles en jardinerie obtiennent des résultats encourageants. Leur intérêt tient autant à leur résistance qu’à leur capacité à composer des massifs colorés. Parmi les candidats les plus accessibles figurent notamment :
- la verveine de Buenos Aires, légère et florifère ;
- les sauges, appréciées des pollinisateurs ;
- les sédums, capables de stocker l’eau ;
- certaines graminées et cinéraires aux feuillages protecteurs.
Ces plantes ne survivent pas toutes de la même manière. Certaines possèdent des feuilles épaisses, argentées ou couvertes de poils qui réduisent l’échauffement. D’autres limitent temporairement leurs échanges avec l’air pendant les heures brûlantes. Ces mécanismes naturels deviennent précieux pour créer un jardin sec sans renoncer à l’esthétique.
Arrosages espacés et paillage renforcent l’enracinement profond des végétaux cultivés
Le choix des plantes ne suffit pas. Les équipes nancéiennes privilégient des arrosages abondants mais espacés, plutôt que de petites quantités distribuées quotidiennement. Une plante fréquemment arrosée développe souvent ses racines près de la surface, où la terre sèche rapidement dès que le soleil et le vent s’installent.
Un apport plus généreux, réalisé environ tous les quinze jours selon le sol et la météo, favorise un enracinement profond. Cette méthode peut convenir aux tomates comme aux jeunes arbres. Durant leurs deux premières années, ces derniers demandent toutefois une attention régulière afin de construire un système racinaire suffisamment solide.
Le paillage complète cette stratégie en ralentissant l’évaporation, en protégeant la vie du sol et en limitant les herbes concurrentes. Pour gagner en efficacité, quelques règles simples peuvent être retenues :
- arroser le soir ou tôt le matin ;
- couvrir la terre avec une matière organique ;
- vérifier l’humidité sous le paillage avant tout nouvel apport.
Chêne vert, albizia et conifères fragiles redessinent la palette des arbres urbains
Les arbres constituent le défi le plus délicat. Plusieurs conifères, notamment les thuyas utilisés dans les haies, brunissent lorsque le manque d’eau se prolonge. Affaiblis, ils deviennent aussi plus sensibles aux parasites. Dans les cas sévères, leur circulation interne peut être interrompue par des bulles d’air, phénomène appelé embolie gazeuse.
Les recherches menées par INRAE montrent combien cette rupture hydraulique peut menacer la survie d’un arbre. L’espèce australienne Callitris tuberculata possède une résistance exceptionnelle, mais elle ne représente pas une solution universelle. Une plante adaptée à l’aridité doit également supporter l’humidité automnale et les hivers froids du Grand Est.
À Nancy, des espèces venues de climats plus méridionaux sont donc observées avec attention. Le chêne vert tolère bien les sols secs, tandis que l’Albizia julibrissin, ou arbre à soie, séduit par ses racines profondes et sa floraison estivale. Leur comportement hivernal reste cependant un critère déterminant avant toute plantation massive.
Au jardin Godron, des expérimentations végétales créent des massifs sobres et durables
Au cœur de Nancy, le jardin Godron sert de terrain d’expérimentation dans le cadre du programme européen URBLOOM. Des compositions végétales y sont étudiées pour combiner des qualités rarement réunies : résistance à la sécheresse, intérêt esthétique, soutien aux pollinisateurs et gestion plus sobre des espaces verts urbains.
Les euphorbes et d’autres végétaux sobres en eau y côtoient des arbres anciens suivis par les jardiniers. Le site teste aussi des solutions innovantes comme la laine de mouton utilisée en paillage, capable de retenir l’humidité et de limiter les plantes indésirables. Ces expérimentations invitent à repenser les pratiques : adapter les plantations au sol, accepter des pelouses moins uniformes et privilégier des espèces adaptées, pour des jardins plus durables.
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