Grégoire MARTIN, apiculteur

Grégoire MARTIN, apiculteur à Palaiseau
Grégoire MARTIN, apiculteur à Palaiseau

Grégoire MARTIN apiculteur à PALAISEAU répond à nos questions sur l'apiculture et les abeilles.

Bonjour Grégoire, pouvez-vous vous présenter ?

Gestionnaire du patrimoine arboré à la mairie de Chatou (78), j’ai débuté l’apiculture il y a 2 ans sur la commune de Palaiseau (91).

Pourquoi cette passion pour les abeilles ?

A la lecture d’un article sur l’apiculture il y’a 3 ans, j’ai réalisé qu’il était possible de pratiquer l’apiculture en appartement. Cette idée un peu folklorique m’a séduite et je me suis rapidement lancé dans l’achat de 2 ruches.

Ce fut une révélation…je passais beaucoup de temps à observer l’activité de mes ruches. J’ai grandi proche de la nature toujours occupé à de petits élevages d’animaux, et je pense qu’il y’a une part de nostalgie, un retour aux sources. Je me retrouve isolé au milieu des arbres à bricoler les cabanes de mes abeilles pour ensuite en récolter le miel. C’est la liberté !

C’est ensuite la dimension écologique et botanique qui m’a plu énormément. Depuis ma première ruche, j’ai toujours le nez en l’air à surveiller la floraison des plantes qui m’entourent, à chercher quels arbres ou fleurs produisent les nectars et les pollens. Le fait d’être un peu responsable de la pollinisation des fraises et des pommes est aussi une grande fierté…

Le balcon de mon F2 devait accueillir ces 2 ruches, mais ma compagne (maintenant une de mes nombreuse  ouvrières) m’a gentiment fait comprendre qu’il serait plus judicieux de négocier avec le voisin, propriétaire d’un jardin.

C’est dans ce jardin que j’ai installé mes 2 premiers essaims en 2008.

Depuis une dizaine d'année on assiste à une hécatombe des abeilles et des petits apiculteurs, ce contexte vous inquiète-t-il ?

Comme tout apiculteur je suis bien sûr préoccupé  par ce syndrome d’effondrement des colonies, d’autant que les ravageurs se multiplient. Le dernier en date le frelon asiatique (Vespa velutina) s’ajoute au problème des varroas, aux nombreuses maladies et  à l’appauvrissement écologique auxquelles l'abeille doit faire face.

Tant que la production de miel reste un loisir la perte d’essaims est un moindre mal pour l’apiculteur. Cependant si je pense à l’avenir m’installer en tant que professionnel, le contexte actuel interpelle et me fais douter.

En effet, si l’apiculture de loisir va migrer doucement de la campagne vers la ville, l’apiculture professionnelle court un vrai risque. Bien qu’indispensable à la vie de nos campagnes et à la production des fruits et légumes,  les apiculteurs sont très peu soutenus financièrement et surtout découragés par les nombreuses pertes hivernales.

Grégoire MARTIN, entretien des ruches

L'épandage sauvage de pesticides et l'apparition récente des pesticides systémiques Gaucho, Régent et maintenant le Cruizer sont pointés du doigt, qu'en pensez-vous ?

Je pense que l’utilisation des produits phytosanitaires n’est qu’une des composantes du péril qui guète les abeilles. Au-delà de la toxicité des matières actives et des épandages sauvages pratiqués par certains apiculteurs, la vraie problématique est celle de l’orientation prise par l’agriculture moderne. La mondialisation et la globalisation de l’agriculture uniformisent les paysages, appauvrissent les races d’animaux et les variétés de plantes.

Le lobbying porté par l’industrie agro-pharmaceutique est aussi préoccupant. Je ne suis pas contre le progrès et pense que certaines molécules synthétiques peuvent être utiles. Cependant, il existe un trop grand déséquilibre entre les moyens financier de ses firmes surpuissantes et les petits syndicats d’apiculteurs. Ces entreprises ont les moyens suffisants pour influencer certaines décisions politiques et imposer leurs vues aux gouvernements. 

Pourquoi depuis des années aucune étude sérieuse et indépendante n’est engagée pour déterminer l’impact réel des pesticides sur les colonies, et enfin répondre clairement à votre question ?

Depuis l’après guerre, la monoculture, le remembrement et les produits phytosanitaires  contribuent à appauvrir considérablement la biodiversité, et l’abeille est le reflet de notre écosystème. Si on ajoute à cela la pression du varroa, les maladies et l’appauvrissement du patrimoine génétique de l’abeille par la sélection humaine, alors on comprend la difficulté que rencontre l’abeille domestique mais aussi  l’ensemble des hyménoptères de nos régions.

Constatez-vous des hécatombes sur vos ruches ?

Je n’ai passé que deux hivers avec un total de 7 ruches. Pour l’instant mes abeilles se portent à merveille !  Aucunes pertes ! Je touche du bois pour l’hiver prochain ou 15 ruches seront en hivernage.

A Bièvres (91) près de chez vous, un apiculteur a perdu la quasi totalité de ses essaims au printemps 2010, en connaissez-vous les raisons ?

J’ai en effet entendu parler de ces pertes, ne connaissant ni l’apiculteur ni ses ruchers, il est difficile d’avancer quelque raison que ce soit !

Je peux simplement dire que si cela m’arrivait, au regard du temps passé sur mon rucher je prendrais un petit cou au moral.

Les villes semblent un terrain favorable pour l'apiculture malgré la pollution de l'air, est-ce la raison de votre installation à Palaiseau ?

Non, je me suis installé à Palaiseau (91)  car j’y ai trouvé une fille gaillarde issu d’une bonne souche locale. Elle est très solide, résistante aux maladies, nettoyeuse et pour le moment n’essaime pas trop…..J’espère pouvoir la reproduire au printemps prochain si elle passe l’hiver ;-)

Plus sérieusement si je m’étais installé en province, je répondrai aujourd’hui à une interview sur la fermentation du raisin ou l’affinage des fromages de chèvres. C’est au départ le manque de grands espaces qui m’a amené à pratiquer l’apiculture. Pour l’instant, mon  expérience de 2 ans en ville tant à confirmer que les abeilles s’y plaisent.

Mais je ne désespère pas un jour de déguster un chèvre chaud de Palaiseau au miel de Palaiseau accompagné d’un verre de vin rouge de Palaiseau…

Quel type de miel produisez-vous ?

Le faiseur de mielPour le moment je ne produis que du miel toutes fleurs. Cependant la petitesse de mon élevage m’a permis cette année de différencier chacune des récoltes de mes 6 ruches. Le résultat est surprenant : alors que les ruches ne sont distantes que de quelques mètres, les miels récoltés ont des nuances de goût et de couleurs. Cela m’a permis de comprendre que les caractéristiques d’un miel sont aussi le reflet de l’évolution d’une colonie pendant une saison. Ainsi en fonction de l’activité de ponte de la Reine liée à de multiples facteurs (âge et race de la Reine, climat, implantation de la ruche), les nectars récoltés sont sensiblement différents.

Je n’ai encore jamais fait analyser les pollens présents dans le miel afin de déterminer les essences butinées. Mes ruches sont sédentaires et je pense que leur miel est composé pour une grosse part d’acacia, de tilleul, pommiers, cerisier, aubépine, sureau et fleurs des jardins (pissenlit, trêfle, vipérine). Il est extrait tardivement (septembre) et personnellement j’y retrouve un goût un peu animal, mélange de cire de propolis... Les odeurs qui exaltent de la colonie à l’ouverture de la ruche.

Les retours sont pour l’instant très positifs, les gens le disent très bon avec un goût particulier qu’on ne retrouve pas dans les autres miels (peut être ce goût de ruche ?)

L’année prochaine j’essaierai de diversifier ma production, de produire un miel de printemps et peut être un miel crémeux. Les miels mono floraux m’intéressent moins, j’aime à penser que comme le vin, le miel est le reflet d’un terroir.

Préparation du miel

Quelle est la législation qui entoure l'installation d'une ruche pour un particulier ?

L’arrêté relatif aux emplacements des ruchers est spécifique à chaque département (disponible en préfecture).  En règle générale ceux-ci stipulent que les ruches ne doivent pas être placées à moins de 20 mètres de la voie publique et des propriétés voisines. Moins de 100 mètres au moins si les propriétés voisines sont des habitations ou des établissements à caractère collectif (hôpitaux, casernes, écoles, etc.…). Ils stipulent aussi que les ruches isolées des propriétés voisines ou des chemins publics par un mur, une palissade en planches jointes, une haie vive ou sèche, ne sont pas assujetties à ces distances (les clôtures doivent avoir une hauteur de 2 mètres au-dessus du sol et s’étendre sur au moins 2 mètres de chaque côté de la ruche).

Enfin vous devez déclarer votre rucher au service vétérinaire de votre département, il est aussi bienvenue de lutter systématiquement contre le varroa.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

J’échange volontiers mes pots de miel contre des grands crus du Bordelais ou de Bourgogne (les Châteauneuf du Pape et Gigondas sont aussi acceptés)

Merci Grégoire pour vos réponses et votre humour !

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