Justice pour les renards : l'ASPAS dépose un recours contre l'État

L'Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS) vient de déposer un recours en responsabilité contre l'État. Cette action vise à dénoncer le maintien illégal du renard sur la liste des espèces "nuisibles" (ESOD), malgré l'absence de preuves scientifiques justifiant une destruction massive à l'échelle nationale.

Par Alain DEBUISSON -
Justice pour les renards © ASPAS Nature
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Un recours historique pour la protection du renard

L’ASPAS a franchi une nouvelle étape dans sa lutte juridique pour la faune sauvage. L'association attaque l'État français devant le tribunal administratif pour contester le cadre réglementaire qui permet la destruction annuelle de centaines de milliers de renards. Cette démarche s'appuie sur le constat que le ministère de la Transition écologique échoue à protéger les espèces dont l'utilité écologique est pourtant démontrée. L’objectif est clair : obtenir une réforme profonde du classement ESOD pour sortir de cette gestion purement arbitraire.

600 000

Chaque année, environ 600000 renards sont tués en France par tir, piégeage ou déterrage, alors que l'espèce n'est menacée par aucune surpopulation avérée selon les relevés de l'OFB. (Source : ASPAS / Rapport biodiversité.)

L'utilité écologique face aux intérêts de la chasse

Le renard roux joue un rôle de régulateur naturel essentiel pour l'agriculture et la santé publique. En consommant des milliers de micromammifères chaque année, il limite les dégâts aux cultures et participe à la lutte contre la maladie de Lyme en éliminant les rongeurs porteurs de tiques.

Pourtant, l'État continue de privilégier les intérêts des fédérations de chasse au détriment de l'intérêt général et de la science. L'ASPAS souligne que le maintien du renard sur la liste des "nuisibles" est une faillite politique et écologique majeure.

Une bataille de chiffres et de preuves scientifiques

Le contentieux repose sur l'absence d'études d'impact sérieuses. Pour classer une espèce en tant qu'ESOD (Espèces susceptibles d'occasionner des dégats), l'État doit prouver l'existence de dommages significatifs à l'élevage ou à la santé publique. Or, les données actuelles montrent que les dégâts imputés aux renards sont souvent surestimés ou non documentés de manière indépendante.

L'ASPAS demande que les décisions de régulation soient désormais fondées sur des critères scientifiques objectifs et transparents, et non sur des pressions politiques locales.

Justice pour les renards
Justice pour les renards © WildMedia - stock.adobe.com

Vers une reconnaissance du rôle du prédateur

Cette action en justice ne vise pas seulement à protéger un individu, mais à transformer notre rapport au vivant. En contestant la responsabilité de l'État, l'ASPAS souhaite créer un précédent juridique qui obligerait les préfectures à justifier chaque arrêté de destruction.

Le renard ne doit plus être traité comme une cible facile, mais comme un allié de la biodiversité. Ce combat s'inscrit dans une tendance de fond où les citoyens exigent une gestion plus éthique et rationnelle du patrimoine naturel français.

5 idées reçues à déconstruire 

Non, les renards ne propagent pas les maladies !

La rage ayant été éradiquée grâce à la vaccination (et non grâce aux fusils), les chasseurs accusent maintenant les renards de véhiculer d’autres terribles maladies (échinococcose alvéolaire, gale, néosporose…). L’ANSES est pourtant claire sur le sujet : l’abattage de renards n’est en aucun cas recommandé pour des motifs sanitaires. En se nourrissant des rongeurs qui transportent les tiques porteuses de la borréliose de Lyme, ils jouent même un rôle dans la limitation de cette maladie.

Non, les renards ne « pullulent » pas !

Il est scientifiquement prouvé que des prédateurs comme les renards ne peuvent pas être en surpopulation dans un environnement naturel : leur reproduction dépend du nombre de proies disponibles. Le Luxembourg et le canton de Genève ont depuis longtemps interdit la chasse des renards, et aucune « invasion » n’est à déplorer.

Non, les renards ne déciment pas les poulaillers !

Une étude récente menée dans le Doubs a démontré l’inutilité de tuer des renards pour réduire les dégâts dans les poulaillers. Avec des clôtures parfaitement hermétiques, les prédateurs n’ont aucune chance d’y pénétrer.  

Non, les renards ne sont pas une menace pour l’agriculture !

Un renard peut consommer à lui seul, en une année, de 3 000 à 6 000 petits rongeurs de diverses espèces : ils sont donc au contraire des alliés précieux des agriculteurs et représentent une solution efficace, naturelle et non polluante pour éviter les dégâts des micromammifères sur les cultures.

Non, les renards ne sont pas des « nuisibles » !

Maillon essentiel de la chaîne alimentaire, les renards préservent l’équilibre fragile entre prédateurs et proies et exercent une sélection naturelle sans porter préjudice à leur ​environnement. Ils participent également à la dissémination des graines de divers végétaux par leurs déjections. 

Source de l'information : ASPAS Nature

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