Les nuisibles n'existent pas !

Insectes, mammifères, plantes, toute la sphère naturelle est comprise dans le terme de 'Nuisible' depuis des décennies. Terme finalement juridiquement aboli par la loi Biodiversité d’août 2016, mais sans toutefois avoir changé grand chose sur le statut des animaux ciblés.

Des gendarmes trop souvent considérés comme des ravageurs
Des gendarmes trop souvent considérés comme des ravageurs

Combat séculaire entre l'Homme et la Nature

De tous temps, bien avant le siècle des lumières ou les 30 glorieuses, l'Homme s'est constitué une place de choix, auto-centrée, au sein des espèces animales dont il semble avoir oublié qu'il faisait partie intégrante.

La notion de Nuisible est historiquement évolutive même si le terme n'était pas employé en tant que tel avant le XIXe siècle.

Dès les mérovingiens, les animaux non utiles à l'Homme ou considérés comme dangereux étaient affublés des termes 'malfaisants, féroces ou voraces'.

Au Moyen-âge, la religion judéo-chrétienne entretien le mythe des créatures diaboliques, notamment surgissant des mers, venues tout droit de l'enfer pour torturer ceux qui s'y risqueraient. Les bestiaires effrayants de créatures inspirées d'animaux comme le bouc, le cheval, le serpent, les rapaces nocturnes, constituent autant de représentations démoniques dans l'imaginaire chrétien. Bon nombre d'animaux sont alors associés aux forces maléfiques, à la peur et à la crainte.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que le terme 'Nuisibles' fait officiellement son apparition. La puissance publique se doit d'intervenir concernant la protection de la vie et du peuple. La destruction des 'nuisibles' devient alors une matière d’intérêt général et privé en droit. À cette époque, de nombreux traités et ouvrages portent sur la destruction, l'anéantissement, la torture de nombreuses espèces déclarées nuisibles.

Au début du XXe siècle, les textes du droit rural et du droit de la chasse régissent ces destructions massives. On parle de 'nuisibles' pour les mammifères et les oiseaux, de 'ravageurs' pour les insectes, quant aux plantes, celles considérées comme 'invasives' peuvent être éradiquées.

Ce n'est qu'à la fin du XXe et surtout au début du XXIe siècle que le droit animal est un peu plus pris en considération, notamment avec la loi Biodiversité de 2016 qui a modifié le terme de 'nuisibles' en une autre appellation : 'Espèces susceptibles d'occasionner des dégâts'.

L’appellation change mais pas le fond du problème puisque piégeages, déterrage, gazage, chasse et mise à mort sanglante sont toujours préconisés par une liste bien précise.

Sont considérés comme 'susceptibles d'occasionner des dégâts' des animaux comme le corbeau freux, le geai, la pie, l'étourneau, la belette et bien sûr le renard. Une autre liste d'animaux est éditée chaque année par arrêté préfectoral concernant des animaux sur le plan plus local comme par exemple le sanglier ou le lapin de garenne, dont le sort change à volonté.

Ces animaux sont considérés comme un menace pour l'Homme, pour ses activités économiques et pour sa propension à la propriété ; en droit, on brandit la légitime défense face à l'agresseur.

Naturalistes, biologistes et autres scientifiques tentent de se faire entendre face aux puissants lobbies de la chasse et de l'agriculture dans une dépense d’énergie souvent vaine face aux enjeux socio-économiques ! Il est actuellement illégal d'aider ou de protéger un animal considéré comme nuisible.

L'Homme au centre de son petit univers

L'humain veut, par les textes et les actions, prouver qu'il est plus légitime, plus intelligent et donc dominant par rapport aux animaux.

En aucun cas il ne se considère comme faisant partie des espèces animales et encore moins d'un écosystème planétaire très fragile où chacun des rouages et des êtres à sa place et sa fonction. Partant de cette vision, il est bien compliqué de lui faire entendre que ce n'est pas à lui de décider qui a le droit de vivre ou pas sur cette planète déjà fort malmenée par ses actions bien plus nuisibles que celles que pourraient occasionner tout le monde animal réuni !

L'anthropocentrisme est bien la clé de cette classification de 'nuisibles' et de l'exclusion de ces animaux qui par ailleurs, peuvent mystérieusement passer du statut d'indésirables à celui de 'patrimonial', en un coup de baguette magique selon la situation économique.

Ainsi le dauphin, autrefois si décrié, chassé et victime de campagnes nationales d'éradication sanglantes pour des raisons de concurrence avec les pécheurs, devient le symbole de la liaison entre les créatures marines et l'Humain avec le développement du tourisme. Presque sacralisé, il devient sympathique et intouchable en seulement quelques décennies, ce qui est évidemment positif.

Que dire de certains coquillages non indigènes, qui sont accueillis avec joie et dont on assure le développement en zones naturelles car ils ont un fort potentiel économique. Parallèlement, les animaux faisant partie de la fameuse liste des 'espèces susceptibles d'occasionner des dégâts' sont systématiquement sacrifiés bien que leur nuisance n'est somme toute qu'une concurrence sur les plates-bandes économiques ou sur les terrains de jeu de l'humain.

Un changement dans les mentalités

En ce début de XXIe siècle, la tendance semble s'améliorer un peu. L'Homme commence a prendre conscience qu'il fait partie d'un tout et qu'il n'y a pas forcement la place centralisée qu'il s'est octroyé en bafouant toutes les lois de la Nature.

Les nouvelles générations sont bien plus ouvertes à ce type de réflexions, notamment grâce à une approche plus globale et plus éclairée.

Un minimum d'humilité fait son apparition dans la certitude de la toute puissance humaine, notamment grâce au travail acharné des scientifiques et des associations protectrices de la Nature. Certes toutes ces personnes éclairées offrent un espoir, cependant, ne nous voilons pas la face, c'est pour la majorité encore une fois la peur, plus que l'intelligence qui régit ce sentiment d'humilité naissant dans la population. Peur de perdre les ressources naturelles, peur de l'insécurité alimentaire, peur des épidémies impliquées par l'élevage intensifs... Les craintes sont nombreuses et pour une fois, elle permettent de réfléchir à un monde meilleur où les animaux et tous les êtres vivants qui ne sont pas du genre Homo sapiens soient respectés en tant que tels.

Faisons en sorte que le terme de 'Sapiens', qui signifie 'Intelligent, sage, réfléchi' soit enfin relatif à notre espèce au XXIe siècle !

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Berbersen ( 29/44 )
    Merci pour ce article. En tant que jardinier paysagiste la pédagogie est difficile à appliquer auprès de la clientèle car les vieux dogmes sont tenaces, particulièrement chez les anciens. Expliquer qu'un gazon n'est peut-être pas la meilleure solution d'aménagement en plein territoire de sangliers relève parfois du tour de force, surtout si les aménagements proposés à la place sont chronophages -et donc coûteux- à court terme. Mais je lâche rien. On réinvente le métier et on réfléchit beaucoup pour que le jardin soit intégré à un environnement plus vaste, avec l'accord de la clientèle sensibilisée. Continuez votre bon travail, je vous consulte régulièrement et vous êtes un de mes piliers de la connaissance. Kenavo
    Répondre à Berbersen
    Le 16/01/2022 à 11:03