La migration silencieuse des cigales françaises vers le nord

Le chant des cigales ne résonne plus uniquement en Provence. Sous l'effet du changement climatique, ces insectes emblématiques étendent leur territoire vers le nord de la France. Décryptons ce phénomène migratoire, les espèces concernées et comment jardiner pour accompagner cette biodiversité en mutation.

Par Alain DEBUISSON -
La migration silencieuse des cigales
La migration silencieuse des cigales © jnakev - stock.adobe.com
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L'impact direct de la hausse des températures

Le chant des cigales, si caractéristique de l'été méridional, est intimement lié à la chaleur. L’insecte ne s’active et ne « chante » (ou cymbalise) que lorsque la température dépasse les 22 °C environ. L'augmentation globale des températures estivales offre ainsi des conditions favorables sur une période plus longue et dans des régions autrefois trop fraîches.

Néanmoins, les canicules extrêmes dans les zones historiques provoquent des effets inattendus. Le cycle de vie s'accélère dramatiquement, entraînant une fin précoce des chants dès le cœur de l'été si les ressources en sève s'épuisent. La chaleur est un atout jusqu'à un certain seuil de stress thermique et hydrique pour l'insecte.

Un cycle larvaire menacé par la sécheresse des sols

L’existence de la cigale est majoritairement souterraine. La larve passe de quatre à six ans, selon l’espèce, enfouie dans le sol pour se nourrir de la sève des racines. La qualité de la terre est donc primordiale pour sa survie et son développement.

Le manque de précipitations printanières durcit considérablement le sol. Les jeunes larves peinent alors à creuser pour s'installer, ou s'épuisent en tentant de remonter pour effectuer leur mue imaginale. Ce durcissement du sol peut paradoxalement réduire les populations dans certaines zones du Sud.

Deux espèces pionnières en route vers le nord

Face à ces contraintes et à l'adoucissement des hivers, l'aire de répartition de certaines espèces s'élargit inexorablement. Ce glissement territorial est facilité par la baisse de fréquence des gelées hivernales qui permet la survie des larves dans les sols septentrionaux. Deux espèces mènent la marche.

La Petite cigale rouge (Cicadetta montana) est particulièrement mobile. Elle s'établit durablement dans la région lyonnaise, mais aussi plus au nord comme dans la vallée de la Loire. Parallèlement, la Cigale grise (Cicada orni), emblématique du Sud, remonte progressivement, portée également par les transports de végétaux d'ornement.

Accueillir cette biodiversité mutante au jardin

En tant que compagnons du jardinier, nous pouvons accompagner ces espèces face aux bouleversements climatiques. Conserver des zones de terre non travaillées est essentiel pour la phase larvaire des insectes fouisseurs.

L'apport de paillage organique aux pieds des arbres est une excellente pratique. Le paillis conserve l'humidité résiduelle du sol et l'empêche de former une croûte dure impénétrable pour les larves lors des sécheresses estivales.

Diversifier les essences plantées, en privilégiant celles résistant au stress hydrique, offre des refuges pérennes. Favoriser un écosystème global résilient est le meilleur moyen d'accueillir ce chant symbolique du Sud au cœur de nos régions plus septentrionales.

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