La serpe, un outil utile au jardinier

Serpe à tailler - Blissey sous Cuchaud - F Faivre forgeron - 1860
Serpe à tailler - Blissey sous Cuchaud - F Faivre forgeron - 1860

La serpe, encore un outil antique ayant conquis l'éternité ! 

Depuis que les instruments de cisaillement sont réellement efficaces, on considère la serpe, pour la taille proprement dite, comme un « instrument de dommage ». Néanmoins cet outil s'avère pour cette tâche assez expéditif, et manié correctement, peut être employé isolément pour recéper les arbustes ou élaguer les façades de haies vives à hauteur d'homme. La coupe doit être nette et exécutée d'un seul coup vif, de bas en haut si possible, afin ne pas déchiqueter les rameaux sous l'effet de la percussion. Le taillant est de fait soigneusement affûté à la meule. Autant le dire d'emblée, pour qui ne serait pas habile à ce travail, préférez donc la scie, le sécateur ou l'ébranchoir à deux mains.

Mais la serpe peut trouver d'autres emplois tout au long de l'année pour débroussailler, fendre, écorcer, épointer, entailler tout matériau en bois, bref se rendre utile en maintes occasions. Le jardinier astucieux récupérera tout branchage pour façonner avec notre outil des tuteurs, rames pour les pois et haricots, composition de treillages ou bordures.

Serpes

L'origine du mot serpe vient du latin « sarpere » , tailler. En France on la nomme sous divers noms tels que « sarpe » ou « sermeau », « gouet » en Berry, « sarbiau » dans la Sarthe. Au moyen-âge le « serpier » désignait tout autant l'instrument que le fabriquant, taillandier de son état. Les verbes  « sarper », « serper », « essarber » , « esserper » ou « assarper », traces de patois et de vieux français se prononcent encore de nos jours. Ce dernier terme a pris une connotation péjorative dans le sens de bâcler un ouvrage, tant le résultat du travail à la serpe est parfois grossier, voire néfaste de par les plaies infligées aux végétaux. Autrefois, son emploi était en certains lieux interdit par ordonnance pour l'abattage des arbres, obligeant l'utilisation de la cognée.

SerpeDepuis son invention, datant de l'âge du fer, la serpe était souvent l'unique outil pour les travaux de coupe, y compris la fabrication du mobilier dans les maisons. Les formes de son fer, robuste au taillant bien trempé, varient sensiblement d'une région à une autre en fonction des habitudes. Les nombreux modèles encore fabriquées dans la première moitié du 20° siècle s'expliquent par une exploitation intensive des bois et des taillis. Ces lieux fourmillaient de travailleurs qui, pour certains, vivaient à demeure avec leur famille, comme en Sologne, dans des huttes couvertes de terre appelées  « culs de loup ». Tous les métiers de la forêt se côtoyaient, entres autres bûcheron, charbonnier,  élagueur de bois d'oeuvre, balaitier, fagotier, fendeur-lattier, ligotier, merrandier. Les serpes utiles à ces différentes spécialités impliquaient des variantes subtiles quant aux formes, poids et dimensions de l'instrument idéal à chacun. L'emploi même de plusieurs modèles peut être nécessaire pour un même ouvrier. De même la liste des artisans utilisant cet instrument est longue; on se limitera à citer le treillageur, le charpentier, le charron,  le chaisier.

Pour satisfaire toutes ces corporations certains catalogues EXPERTON-REVOLLIER ont proposé jusqu'à 350 types de serpes environ. Les Forges et Aciéries TALABOT SAUT-DU-TARN, en 1935, présentent environ 150 dessins tout en déclarant posséder 3000 modèles de cet instrument dans leur documentation technique; en outre le fabricant exécute les commandes sur mesure d'après croquis coté ou gabarit en papier fourni par le client particulier. La plupart des serpes possèdent un bec bien commode pour « envelopper » les végétaux à couper, regrouper les rameaux, redresser et empiler les rondins, détacher le lierre des troncs, sectionner de menues tiges en tirant le taillant vers soi. Les plus massives sont conseillées pour l'élagage des branches fortes et certains ouvriers les préfèrent droites pour cette tâche. Celle à bec et dos tranchant confond les deux premiers modèles. Certaines possèdent un crochet qui permet à l'émondeur-grimpeur de la suspendre à sa ceinture.

De nos jours, bien que le choix se soit amoindri, la serpe n'en reste pas moins indispensable à beaucoup de professions. Quant au jardinier bien outillé, il l'a depuis fort longtemps à portée de sa main.

 

Lire aussi
La fourche, un outil polyvalent utile au jardinier La fourche, un outil polyvalent utile au jardinier

La fourche, de la préhistoire à aujourd'hui ... Bien que la fourche évoque souvent, dans l'esprit commun, un instrument agricole, elle n'en est pas moins utile au jardin; entre autres opérations,...

Le croissant, un outil taillant utile à maints travaux Le croissant, un outil taillant utile à maints travaux

Chacun aura compris l'origine du nom que l'on donne communément à cet instrument, mais ajoutons que le terme « volant », en tous pays francophones, est souvent employé pour désigner le même objet....

L'émondoir, un outil de jardin délaissé L'émondoir, un outil de jardin délaissé

Connaissez-vous l'émondoir, un outil ancien que vous aurez du mal à trouver aujourd'hui Le mot émondoir, étymologiquement, vient du verbe émonder par le latin « Emundare », signifiant nettoyer....

La binette, un outil à peiner ? La binette, un outil à peiner ?

La binette est un outil pour travailler une terre de façon superficielle pour l’aérer ou pour détruire les mauvaises herbes. L’origine du mot est issue du latin « bini » (deux fois),...

Vos commentairesAjouter un commentaire