Araignée sauteuse : un arachnide inoffensif aux capacités étonnantes

Petites merveilles de la Nature, les araignées sauteuses regorgent de ressources stupéfiantes lorsqu'il s'agit de chasser leurs proies. Fines stratèges et sportives de haut niveau, ces araignées inoffensives pour l'Homme sont au contraire des alliées, tant elles débarrassent le jardin de multiples ravageurs des cultures.

Par Alain DEBUISSON -
Femelle de Carrhotus xanthogramma, une araignée sauteuse
Femelle de Carrhotus xanthogramma, une araignée sauteuse © Mi St/stock.adobe.com
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Qui sont les araignées sauteuses ?

Faisant partie de l'ordre des Arachnides comme toutes les araignées, elles se déclinent en de multiples espèces disséminées dans toutes les parties du globe, excepté sur les pôles. Les araignées sauteuses font toutes partie de la famille des Salticidae. Elles sont généralement petites (entre 1 et 22 mm) et passent souvent inaperçues, d'autant qu'elles ont tendance à détaler à l'approche des humains.

Ces invertébrés présentent huit pattes poilues, huit yeux très efficaces et un corps trapu formé par un céphalothorax (la fusion de la tête et du thorax) et un abdomen. Elles sont carnivores et se nourrissent d'insectes, de larves, mais aussi d'autres araignées.

Des capacités physiques et sensorielles exceptionnelles

Les araignées sauteuses profitent d'une vision en 3D et à 360°. Les deux gros yeux frontaux servent à évaluer les distances avec une précision chirurgicale, alors que les six autres s'occupent de capter le moindre mouvement autour d'elles.

En plus de leur vue perçante, ces araignées sont de véritables athlètes. Elles peuvent réaliser des bonds égaux à 30 fois leur longueur, soit à l'échelle humaine un saut de 50 mètres sans prise d'élan ! Pour cela, elles contractent leurs muscles, un fluide est alors envoyé vers les pattes postérieures ; ce changement brutal de pression (système hydraulique) permet une détente fulgurante des pattes et une propulsion puissante. Elles se déplacent ainsi pour sauter de plante en plante, pour gravir les hauteurs, mais aussi pour surprendre leurs proies qui peuvent parfois être trois fois plus grosses qu'elles.

Si elles ont la capacité de tisser de la soie, elles ne s'en servent que pour réaliser un fil de sécurité. Elles l'utiliseront uniquement lorsqu'elles se propulseront vers l'avant, afin de modérer la puissance de leur bond si nécessaire ou de se rattraper en cas de chute.

Une intelligence et des stratégies de chasse hors norme

Contrairement à beaucoup de leurs cousines, les araignées sauteuses ne tissent pas de toiles pour attraper leurs proies. Elles les repèrent, les traquent, puis leur sautent dessus pour les dévorer. Avec elles, les proies ont peu de chance de s'en sortir !

Elles sont considérées par les scientifiques comme faisant partie des arachnides les plus intelligents. Elles sont capables de mémoriser les éléments de leur environnement direct et d'établir de véritables stratégies de chasse. Elles peuvent, par exemple, planifier des itinéraires complexes pour contourner un obstacle sans perdre de vue l'endroit où se cache leur proie. Plus étonnant encore, certaines savent faire vibrer la base de la toile d'autres araignées en se faisant passer pour une proie prise au piège, afin d'attirer la propriétaire et de la dévorer.

Des espèces emblématiques aux parades nuptiales étonnantes

En période de parade nuptiale, les mâles se parent de poils ou de franges caractéristiques et souvent iridescents pour charmer les femelles. Ils sont d'ailleurs bien plus colorés que ces dernières, qui arborent souvent des teintes plus discrètes variant du beige au gris foncé.

Certaines espèces poussent la séduction à l'extrême. C'est le cas de la célèbre "araignée paon" (Maratus volans), endémique d'Australie, dont le mâle déploie un abdomen aux couleurs éclatantes et exécute une danse rythmique très complexe pour impressionner sa partenaire. D'autres espèces, comme celles du genre Phidippus (telle la Phidippus regius), sont réputées pour leurs grands yeux expressifs et leurs chélicères (les "crochets" près de la bouche) aux reflets métalliques verts, bleus ou roses.

Cycle de vie et reproduction

L'espérance de vie d'une araignée sauteuse est relativement courte : elle varie généralement de un an à un an et demi. Après l'accouplement, la femelle construit un épais cocon de soie dans un endroit abrité (sous une feuille, dans une anfractuosité) pour y pondre ses œufs. Elle va alors veiller sur eux farouchement et cesser de s'alimenter jusqu'à l'éclosion des petits, s'assurant ainsi que la future génération puisse se disperser en toute sécurité.

Des alliées inoffensives pour l'humain

Malgré leurs redoutables talents de prédatrices, les araignées sauteuses sont totalement inoffensives pour l'homme. Leurs crochets sont souvent trop petits pour percer notre peau et leur nature craintive les pousse à fuir plutôt qu'à attaquer. Au lieu de les craindre, il faut les voir comme d'excellentes alliées écologiques : elles régulent naturellement les populations de moustiques, de mouches et d'autres insectes nuisibles dans nos jardins et nos maisons.

L'élevage des araignées sauteuses en terrarium

Grâce à leur nature curieuse, leur intelligence et leur apparence attachante, les araignées sauteuses (notamment les Phidippus) sont devenues très populaires en terrariophilie. Leur maintien en captivité est relativement simple et demande peu d'espace.

Un petit terrarium, de préférence orienté à la verticale puisqu'elles adorent grimper, est idéal. L'aménagement doit recréer un environnement riche en stimulations visuelles et physiques : de petites branches, des écorces, des feuillages (naturels ou artificiels) et des cachettes où elles pourront tisser leur petit cocon de repos.

Côté conditions de vie, elles nécessitent généralement une température ambiante agréable (entre 22°C et 26°C) et un éclairage suffisant pour être actives en journée. L'hydratation se fait par de fines pulvérisations d'eau sur les parois du terrarium quelques fois par semaine ; l'araignée viendra y boire les gouttelettes. Enfin, pour les nourrir, il suffit de leur proposer des proies vivantes adaptées à leur taille tous les quelques jours (drosophiles pour les juvéniles, petits grillons ou mouches pour les adultes), offrant ainsi le spectacle fascinant de leurs techniques de chasse instinctives.

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