Des hectares de forêts dénudées : le grand retour de la redoutable chenille spongieuse

Les forêts françaises, notamment dans le Sud-Est et en Corse, font face à une pullulation spectaculaire du bombyx disparate en ce printemps 2026. Si le spectacle de ces arbres totalement dénudés inquiète légitimement, la nature possède des mécanismes de défense efficaces. Voici comment identifier ce ravageur et accompagner la résilience de vos végétaux.

Par Alain DEBUISSON -
La chenille du Bombyx disparate
La chenille du Bombyx disparate © A l'aide de l'IAAlain DEBUISSON
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L'ampleur de la défoliation en France pour la saison 2026

Le paysage forestier de plusieurs régions françaises subit actuellement une transformation brutale. Le responsable : le bombyx disparate, aussi appelé la spongieuse en raison de l'aspect de ses pontes. Ce papillon de nuit, dont la larve est une chenille particulièrement vorace, connaît des pics de population cycliques. Cette année 2026, les conditions climatiques printanières ont favorisé une éclosion massive, entraînant une perte totale du feuillage sur des milliers d'hectares.

Les zones les plus touchées se concentrent :

  • dans le département du Var, où la pression est maximale cette année.

  • en Corse, notamment dans les vallées du centre et le Cap Corse.

  • dans certains secteurs du Bassin parisien, qui subissent des attaques localisées.

Les chênes sont les premières victimes, mais la chenille ne dédaigne pas les arbres fruitiers ou les essences d'ornement. En quelques jours, un arbre majestueux peut prendre une apparence hivernale en plein mois de juin. Cette situation génère souvent une vive inquiétude, pourtant, la capacité de résilience des arbres est la clé de la survie de nos écosystèmes.

Identifier et comprendre le cycle de la chenille

Pour intervenir avec pertinence, il est impératif de bien identifier le ravageur présent. La chenille du bombyx disparate se reconnaît à ses rangées de points caractéristiques sur le dos : cinq paires de points bleus suivies de six paires de points rouges. Elle possède également une tête jaune marbrée de noir. Contrairement à la processionnaire, elle ne construit pas de nid de soie visible, mais se cache dans les anfractuosités de l'écorce le jour pour se nourrir la nuit.

Le cycle de vie explique la soudaineté de l'attaque :

  • les œufs éclosent dès que les bourgeons s'ouvrent au printemps.

  • la croissance larvaire dure environ deux mois, période de consommation maximale.

  • la nymphose a lieu en juillet, ce qui stoppe net les dégâts sur la végétation.

La stratégie de survie des arbres attaqués

La question de la mortalité est centrale. Heureusement, un arbre sain et vigoureux survit généralement à une défoliation complète. Dès que la pression des chenilles cesse, l'arbre puise dans ses réserves pour produire une nouvelle génération de feuilles. Ce phénomène, appelé pousse de la Saint-Jean, permet à la forêt de retrouver sa couleur verte dès la mi-juillet.

L'enjeu est donc de limiter le stress hydrique durant cette période de reconstruction. Un arrosage ciblé pour les arbres de jardin et un apport de compost en surface peuvent grandement aider le végétal. Il faut absolument éviter toute taille drastique : l'arbre a besoin de toute sa structure pour sa régénération foliaire immédiate.

Favoriser la lutte biologique et les prédateurs naturels

L'utilisation de traitements chimiques est souvent contre-productive, car elle élimine les alliés naturels. La meilleure réponse reste le renforcement de la biodiversité locale. Plusieurs acteurs biologiques permettent de réguler les populations de bombyx de manière durable.

Voici la liste des principaux prédateurs naturels à protéger :

  • le calosome sycophante : ce grand coléoptère aux reflets verts métallisés dévore les chenilles au sol et sur les troncs.

  • les oiseaux insectivores : particulièrement les mésanges, les coucous et les loriots qui consomment les larves en grande quantité.

  • les petits mammifères : comme les chauves-souris, les musaraignes ou les hérissons qui s'attaquent aux chrysalides tombées au sol.

  • les insectes parasitoïdes : certaines variétés de mouches et de guêpes pondent leurs œufs directement dans les chenilles pour les neutraliser.

Encourager ces espèces en installant des nichoirs ou des zones de friche permet de stabiliser l'écosystème. En hiver, vous pouvez également brosser les pontes spongieuses sur les troncs pour réduire l'infestation de l'année suivante.

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