A la découverte des bolets bleuissants

Trop souvent rejetés, les Bolets bleuissants mériteraient une tout autre réputation. Les variétés toxiques côtoient quelques perles de la gastronomie des sous-bois.

Suillellus luridus (Boletus luridus)
Suillellus luridus (Boletus luridus)

Ils bleuissent, noircissent ou rougissent

Les Bolets se reconnaissent typiquement à leur hyménium, partie reproductive fertile située sous le chapeau, constitué de pores. La rencontre d'un champignon à pores provoque toujours une petite émotion, suivie d'une grande déception si au premier toucher chapeau, pied, chair, bleuissent. L'abandon dudit champignon est immédiat, irrémédiable. Et pourtant s'il bleuit ce n'est pas du fait de sa toxicité.

De nombreuses variétés bleuissent, intensément et rapidement dans les genres Cyanoboletus, Imperator et Neoboletus, plus faiblement ou aléatoirement chez d'autres. Ce phénomène est dû à une réaction chimique impliquant un chromogène s'oxydant au contact de l'air et se transformant en boletoquinone. Aucune de ses substances n'est toxique, de même pour les Bolets se teintant de rose, gris-noir ou rougeâtre.

Mais alors pourquoi les Bolets bleuissants ont-ils mauvaise réputation ?

Ils sont parfois toxiques

Si les Bolets comptent d'excellentes espèces, hélas quelques unes provoquent des intoxications lourdes. Le connu Bolet de satan, Rubroboletus satanas, qui a certainement contribué à la mauvaise réputation des Bolets bleuissants, bien qu'il se marque peu à l'oxydation, induit après ingestion des nausées, diarrhées, vomissements. Son chapeau blanchâtre à gris, ses pores jaunes puis rouges, la base de son pied rose vif et son odeur de charogne, sa présence sous les feuillus, chênes particulièrement, en fin d'été, permettent de l'identifier.

Autre Rubroboletus, le Bolet joli Rubroboletus pulchrotinctus, au chapeau blanc à grisâtre bordé de rose lilas, à la base du pied rose, aux pores jaunes, est toxique aussi. Rare, on le trouvera uniquement sous feuillus, chênes en particulier, en région méditérranéenne ou stations chaudes.

Comme son cousin, le Bolet chicorée Rubroboletus le-galiae, provoque de forts troubles intestinaux. Son chapeau brunâtre se teintant progressivement de rose, ses pores jaunes, sa cuticule émettant une délicate odeur de chicorée, son bleuissement, le caractérise. Peu commun, il se rencontre sous les chênes en général.

Ou indigestes

Autre genre, le Bolet blafard, Suillellus luridus, noircissant au toucher, bleuissant à la coupe. Toxique cru, il reste indigeste cuit, pour certains une cuisson correctement menée le rendrait consommable. Moins risqué pour les intestins, le Bolet à beau pied, Boletus calopus, est cependant immangeable, tout comme les Caloboletus, à la chair amère, particulièrement Caloboletus radicans, le Bolet radicant. Sans oublier de citer le Bolet pulvérulent ou Bolet tâche d'encre, Cyanoboletus pulverulentus, au bleuissement intense suivi d'un noircissement total, autrefois consommé désormais déconseillé du fait de sa forte teneur en arsenic.

D'autres sont de très bons comestibles

Tous ces Bolets toxiques à indigestes ne doivent pas occulter l'excellent Bolet à pied rouge, Neoboletus erythropus. Chapeau velouté brun-sombre, pores orangés, pied jaune ponctué de rouge, bleuissement intense : il ne peut passer inaperçu. Outre ses qualités gustatives indéniables, il a pour particularités de garder une chair ferme longtemps et les vers ne l'apprécient guère. A consommer toutefois bien cuit, cru il serait légèrement toxique.

Sa variété jaune, Neoboletus junquilleus, est également un très bon comestible. Ce champignon entièrement jaune, bleuissant à peine effleuré, est hélas rare et à protéger.

Beaucoup plus commun, le Bolet bai, Imleria badia, se rencontrera sous les pins en général. Son chapeau brun-bai, ses pores clairs, son pied cylindrique, aident à le distinguer. Pores et tubes bleuissent fortement, la chair plus légèrement. Bon comestible, il est dommage de le mettre de côté.

Quelques uns prêtent à discussion

Selon les sensibilités de chacun, les particularités locales, certains Bolets bleuissants sont consommés, ou non. Ainsi, Gyroporus cyanescens, le Bolet bleuissant ou Bolet indigotier, se développant sous feuillus ou conifères, peu commun, serait un bon comestible mais à tendances laxatives.

Butyroboletus fuscoroseus, le Bolet faux-royal, dont les tubes bleuissent nettement, la chair du chapeau plus modérément, est un comestible parfois apprécié, tout comme Rubroboletus dupainii, le Bolet de Dupain, plutôt rare, au chapeau rouge-rosé, comestible à intérêt moyen, surtout après une cuisson appuyée.

Le Bolet appendiculé, Butyroboletus appendiculatus, au chapeau rougeâtre parfois brun-beige, bleuit très légèrement, se consomme agréablement. A chacun sa liste, mais le commun et estival Xerocomellus chrysenteron, le Bolet à chair jaune, qui a la particularité de bleuir, puis de rougir, comestible particulier, peut terminer celle-ci.

Si les Bolets bleuissants méritent d'être redécouverts, avec des variétés aux qualités gastronomiques indéniables, les Bolets toxiques à teinte immuable méritent aussi une incursion. N'oublions pas le très amer Tylopilus felleus ou les Suillus à tendances laxatives...

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