Le jardin du château de Mery-sur-Oise

Propriété des d'Orgemont jusqu'à la fin du 16ème siècle, le château acquière sa superbe ordonnance au 17ème et 18ème siècles, les illustres propriétaires qui se succédent restaurent les facades Renaissance, remanient l'architecture, créent des jardins. La demeure traverse sans dommage la révolution, perd tranquillement de son prestige et les cartes postales du début du siècle montrent un château aux allures de villégiature familiale.

Le château de Mery-sur-Oise
Le château de Mery-sur-Oise

"Méry-sur-Oise a toujours regardé vers l'eau…"

Sobriété et élégance éclatent sous la douce lumière de l'Ile de France et le théâtre des formes et des volumes se met en place dès que vous arrivez sur la terrasse. La pelouse descend vers l'Oise et l'horizontalité des bassins est accentuée par l'inversion de l'inclinaison des talus engazonnés.

Le concepteur a utilisé l'eau comme le peintre utilise les couleurs. Largeur, hauteur différentes, bassin transparent aux reflets vert absinthe à gauche, bassin sombre, calme et serein à droite, au fond l'Oise qui suit ses méandres naturels, tout différe et pourtant une unité évidente se dégage de cette étonnante vision.

L'eau est partout, dans toutes ses possibilités. L'équilibre est traité par une subtile modification des structures et la large bande verte centrale accentue la perspective ordonnée. Quel luxe ! et quel savoir !

Un concept botanique unique

Les maîtres d'œuvre en sont Pascal Cribier, Lionel Guibert et Patrick Blanc. L'eau est montrée sous toutes ses formes, s'écoule en cascades, jaillit des murs, s'étale en marais, tombe en pluie tropicale ou se repose en eau pure d'un lac de montagne, créant la vie végétale riche et diversifiée des différentes latitudes de la terre.

C'est ce parcours au fil de l'eau qui attend le visiteur à travers les "bosquets de la morphologie", "des sels minéraux" et "des latitudes". On passe d'un continent à l'autre par des lisières végétales d'ombre et de soleil. Le jardin tourne comme la terre et nous rappelle sans arrêt que l'eau est au centre de la vie.

C'est un endroit extraordinaire, où la technique est poussée jusqu'à sa sophistication extrême, où la botanique flirte avec le raffinement, où le symbole cotoie la passion des plantes.

Une collection botanique expérimentale - Le bosquet de la morphologie

De l'extrême sécheresse aux torrents diluviens, le monde végétal nous montre ici sa remarquable adaptation au rythme de l'eau.

Trois murs végétaux composés de roche volcanique italienne reconstituent des biotopes conditionnés par le type d'écoulement. Les rochers suintants permettent la croissance de nombreuses plantes qui puisent en permanence leur besoin en eau. Les plantes épiphytes au port prostré, les végétaux aux branches arquées et ceux à la morphologie foliaire en ruban s'ancrent fortement dans la pouzzolane et résistent à la force des cataractes d'eau qui ricochent sur l'Helxine en coussinets, font ployer les branches des Cotoneaster et des Polygonum dibotrys et glissent le long des feuilles enrubannées des Acorus gramineus. La morphologie de la plante s'adapte et résiste à la fureur de l'eau.

Sur le mur central, une brumisation permanente nous plonge dans une ambiance plus luxuriante de sous-bois saturés d'humidité. L'été, de grandes impatientes de l'Himalaya occupent l'espace et ondulent sous les perles d'eau.

Au delà d'une démonstration des différents biotopes liés à l'eau, ces murs végétaux représentent un incroyable outil d'expérimentation botanique où l'évolution de chaque plante est étudiée quotidiennement dans son milieu le plus adapté.

Le bosquet des sels minéraux

La zone des marécages abrite une flore aux feuillages verts, larges et brillants qui s'opposent aux feuillages ternes des plantes de zone de tourbière. Entre les deux, une zone des montagnes.

Deux bassins " sans fond " de forme elliptique sont remplis d'eau osmosée, "la plus pure des plus pures", et recréent les lacs de roches cristallines.

Le premier bassin contient de l'eau osmosée " en effervescence " et la Stratiote aloïdes y danse son ballet perpétuel, montant et descendant sans cesse au gré des bulles.

Un rideau de catalpas sur tiges taillés apportent une verticalité à boules et à bulles et beaucoup d'humour….

Le végétal montre son adaptation aux différents milieux minéralisés, on regarde comment chaque plante adapte son exigence à ses besoins, comment certaines espèces plongent leurs racines pour extraire les sels minéraux, comment d'autres fuient le calcaire, comment les tamaris s'adaptent aux marais salants ou comment les petits saxifrages " recrachent " le calcaire sous forme de cristaux qui perlent au bord des feuilles. Cette exsudation particulière permet à la plante de survivre dans ce milieu surminéralisé. C'est en tout six biotopes naturels reconstitués, du plus sec au plus humide. Le minéral est omniprésent dans l'architecture de ce jardin.

L'allée des paravents de fusains de Chine, labyrinthe, barrière végétale du bout du monde, sépare les mondes aquatiques de cette zone et rend leur accès confidentiel.

Le bosquet des latitudes

Zone des extrêmes, ce bosquet nous fait voyager de la forêt subtropicale aux bords de l'Arctique. A la lisière, une collection de "sur-eaux" nous rappelle innocemment la vocation de l'endroit.

Un igloo recrée une zone concentrée d'humidité froide. Le Rubus arcticus y retrouve la rigueur de la région arctique et le Betula nana la rudesse de la toundra.

Retournez-vous, la latitude change radicalement et le visiteur se retrouve devant une forêt pluviale de zones tempérées : alternance de sorbiers et de frênes pleureurs greffés spécialement à 4,50m de haut et surmontés de rampes d'arrosage automatisés. A leurs pieds s'étalent de nombreuses plantes au feuillage larges et brillants.

L'arrosage se fait par rangée, 5 secondes par rampe pour éviter le surplus d'eau.

Fermez les yeux pour n'entendre que le bruit de l'eau crépitant sur les larges feuilles des Petasites japonicus et sentir l'odeur rafraîchissante qui se dégage des végétaux mouillés. Ouvrez les yeux, c'est le soleil qui illumine d'argent chaque gouttelette d'eau.

Le mur de l'ancien potager, dernière empreinte du passage de la Comtesse de Ségur, délimite la zone la plus luxuriante. L'abondance des végétaux nous submerge : palmiers, bananiers, bambous, Magnolia tripetala aux immenses feuilles nous plongent immédiatemment dans une ambiance tropicale. Après la bambouseraie, la zone lapidaire regroupe les statues de pierre qui ornaient autrefois la terrasse du château. La jungle contemporaine cotoie les vestiges d'une ornementation classique du 19ème siècle.
Une étroite allée partage la partie équatoriale en un " ruisseau tropical " et un " lac tropical " : eau vivante, eau calme et plate, tout est graphisme dans le décor végétal. La rareté est également au rendez-vous avec des introductions récentes et parfois inédites rapportées régulièrement par Patrick Blanc surnommé ici " L'explorateur botaniste " ou " Le chasseur de plantes ".

Imaginez une pelouse…

Un dernier regard de la terrasse du château : les jardiniers de Green & Garden s'affairent sur la pelouse, tondent, roulent, scarifient, sèment. Chaque détail est pris en compte, tout se fait dans la minutie et la précision. Il faut savoir approcher de la perfection… L'arrosage des pelouses se met en action, et les jets d'eau nous font penser à un autre jardin célèbre..

Michèle QUENTIN

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