Ne parlons plus de nuisibles au jardin !

De campagnes officielles d'éradication en lutte privée dans les jardins, certaines espèces considérées comme nuisibles ont la vie dure ! La force et la négativité employées dans ce terme très puissant offre toutes les possibilités de dérive et de cruauté sur des animaux qui ne font rien d'autre que d'avoir une part cruciale dans l’équilibre des écosystèmes. Apprenons à les considérer d'un autre œil !

Le renard roux, un animal indispensable à la biodiversité, considéré comme nuisible
Le renard roux, un animal indispensable à la biodiversité, considéré comme nuisible

La peur, maîtresse de toutes les folies

Le terme de 'nuisible' ouvre le champs lexical de la peur. Dans l'inconscient commun, ce terme très fort implique des notions de dangerosité, de destruction... Ce qui est nuisible est donc forcément néfaste, mais néfaste pour qui et pour quoi ?

Sans entrer dans des débats philosophiques, l'Homme a tendance à se centraliser dans son petit monde. Tout doit obligatoirement tourner autour de sa personne, la nature doit servir l'humanité ; Ce qui est dérangeant en elle doit systématiquement être éradiqué... La même constatation est également faite au jardin.

Le résultat est celui que l'on connaît ! Les insectes et les oiseaux se font de plus en plus rares, les chiffres sont plus qu'alarmants avec un déclin de plus de 75 % de la population d'insectes en 27 ans dans les zones protégées (1). Beaucoup d'oiseaux sont insectivores ou granivores, on ne s'étonnera pas de leur déclin aussi spectaculaire qu'inquiétant et des conséquences effroyables sur les écosystèmes (2). Cependant les pesticides continuent à être déversés en abondance pour lutter contre les fameux 'nuisibles'.

Que dire des coupes rases pratiquées dans les forêts, de la déforestation réalisée au profit des monocultures rémunératrices, des déserts verts et de bien d'autres inconsciences collectives pratiquées de part le monde. Tout cela bien tranquillement justifié par l'omnipotence de l'Homme sur toutes les autres espèces qui ne sont là que pour le servir et ne sont tolérées que, si à un moment donné, elles sont considérées comme utiles. Statut qui pourrait bien sûr changer à volonté selon les besoins et sans se soucier de l'impact sur le fragile équilibre naturel qui nous entoure.

Résultat de ce centrage sur l'Homme : l'état de la biodiversité dans le monde et à plus petite échelle dans les jardins, est plus que préoccupant. On invente des drones pour polliniser les plantes après avoir éradiqué les insectes pollinisateurs sans que cela ne choque les populations !

Bien que l'impact des néonicotinoïdes sur l'environnement ait été prouvé à plusieurs reprises, la France vient de publier une loi les autorisant à nouveau pour la filière des betteraves sucrières jusqu'en 2023 (3) en omettant au passage le problème de santé publique que cause l'absorption massive de sucre par nos sociétés.

Il serait temps de prendre le problème à l'envers et de considérer l'Homme comme faisant partie d'un ensemble équilibré où toutes les formes de vie ont une utilité, plus ou moins visible, mais bien réelle. La décentration de l'Homme au profit de son intégration au sein de la nature permettrait ainsi de cesser de considérer des créatures comme 'nuisibles'.

Une meilleure définition du terme 'nuisible'

Comme nous l'avons vu, la peur régit le terme de 'nuisible'. Une liste d'animaux est éditée chaque année par arrêté préfectoral autorisant la destruction de certaines espèces sous couvert de sécurité et de santé publique mais aussi pour prévenir des dommages sur les activités agricoles ou forestières.

En gros, ces animaux sont considérés comme des menaces pour l'Homme. Parmi eux, le renard, qui régule pourtant la population de petits mammifères avides de cultures, le geai, un oiseau essentiel dans la reproduction des arbres, mais aussi le rare corbeau freux, la pie, l'étourneau, la belette, la martre...

Notons qu'officiellement dans les textes, on ne parle plus de 'nuisibles' mais 'd'animaux susceptibles d'occasionner des dégâts' !

Les nuisibles au jardin

Dans un jardin, tout comme dans la nature malmenée par l'Homme, les animaux considérés comme nuisibles se développent à outrance lorsque l'équilibre entre prédateurs et proies est brisé par de mauvaises pratiques.

La patience et l'observation constituent deux clés essentielles pour permettre un retour à la normale dans un jardin.

La jachère, même dans une partie réduite du jardin, peut aider à retrouver ce fragile équilibre et à faire revenir toute une population disparue. Les haies diversifiées composées d'arbustes fleuris et produisant des baies, les points d'eau, ou quelques petits tas de branches laissés ça-et-là vous aideront de la même manière.

Batraciens, reptiles, araignées, insectes et mammifères habitent des niches écologiques bien particulières et aident à réguler un grand nombres de ravageurs.

Conservez un vieil arbre pour abriter des petits rapaces qui réguleront les populations de campagnols, construisez un mur de pierres sèches ou un bassin pour abriter une faune utile à la lutte contre les bestioles qui attaquent vos cultures.

Préférez les associations de plantes et les purins répulsifs aux produits phytosanitaires, plantez des ombellifères pour attirer en nombre les auxiliaires, invitez les coccinelles dans votre jardin pour lutter contre les pucerons de manière naturelle !

Prenez soin du sol grâce à la plantation d'engrais vert, au paillage et à des apports d'amendements organiques. Un sol riche en vie est naturellement plus productif, les plantes y poussent mieux, elles sont plus vigoureuses et donc moins sensibles aux attaques diverses.

Ainsi, la chaîne alimentaire 'prédateurs/proies' ne sera pas brisée et votre jardin retrouvera un équilibre satisfaisant. La mot 'nuisible' pourra en être banni mais pour cela, l'apprentissage, la patience et l'observation sont de mise ; Des valeurs quelque peu oubliées de nos jours !

(1) Étude déclin des insectes

(2) Conséquences du déclin des oiseaux sur les écosystèmes

(3) Loi 14/12/2020 néonicotinoïdes

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Quelques explications concernant la classification française d'animaux en espèces nuisibles.

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Mirabel54 (Grand Est (Lorraine))
    Je suis bien d'accord avec Cyrille ! Seul l'humain (inhumain) est nuisible...
    Répondre à Mirabel54
    Le 20/02/2021 à 11:38
  • Cyrille (Bretagne)
    Ni au jardin, ni ailleurs le concept de "nuisible" à été inventé par la seule espèce vraiment nuisible : l'Homme... la même espèce qui à inventé le concept de propriété, qu'il applique à toute la planète
    Répondre à Cyrille
    Le 19/02/2021 à 10:04
    Pascal (France)
    "concept de propriété", ces mots ne concernent pas que l'homme, tous les animaux ont aussi leurs territoires et n'acceptent pas la concurrence
    Répondre à Pascal
    Le 20/02/2021 à 12:33