Histoires d'échenilloirs

Un échenilloir
Un échenilloir

Tous les jardiniers, particulièrement ceux qui possèdent un petit verger, connaissent l'indéniable utilité de l'échenilloir. Ce dernier, fixé au bout d'une perche et actionné à distance par une cordelette, permet de couper de petites branches inaccessibles à bras d'homme. Mais savez-vous que dans le passé cet outil à majestueuse silhouette aérienne mena un très dur combat ? ...

En septembre 1731, il y eut une telle prolifération de chenilles en France que de nombreux arbres, haies et arbustes furent entièrement défoliés (fig.1). Afin de prévenir toute nouvelle propagation dommageable à l'économie rurale, un arrêt du parlement de Paris ordonna le 4 février 1732 la destruction de ces dévoreuses et des bourses ou toiles contenant leurs nids et leurs oeufs. Cette opération hivernale, devant être effectuée avant le 20 février, reçut le nom d'échenillage. D'autres lois ultérieures renforcèrent son application; à grands maux, grands remèdes: Les maires ou garde-champêtres purent établir des procès verbaux et faire exécuter le travail au frais des contrevenants. En outre ces derniers devinrent passibles d'amendes et d'une peine de prison de 1 à 5 jours.

Jusqu'au début du 20° siècle, le matériel utilisé pour cette bataille salutaire fut divers. La « lampe pour écheniller » (fig.2), vendue sur catalogue vers 1910, était, selon la réclame « appelée à rendre de grands services dans l'échenillage si délicat, et supprime l'abatage des branches. »

En 1755 « L'Encyclopédie » décrit un échenilloir pour le moins primitif: « c'est un bâton gros comme le pouce, de deux pied de long, qui par son extrémité est garni de bourre ou de crin recouvert avec du chamois. Un homme avec une échelle, dans l'arbre, tape avec ce bout ainsi garni sur chaque branche, lorsque les chenilles sont écloses, et fait tomber à terre tous ces insectes qu'ensuite on écrase... ». Le travail au plus près !

A cette époque l'outillage agricole possédait pourtant une panoplie d'outils tranchants propres à sectionner l'extrémité des branches, point privilégié de la ponte malfaisante que l'on s'empressait de brûler. Le croissant, le goyard ou l'émondoir, fixés sur un long manche, suffirent à la majorité des campagnards. Que leur reprocher ? Pas aisés à manoeuvrer, hauteur d'action limitée, netteté de la coupe laissant à désirer ?

EchenilloirEchenilloirEchenilloir

Comme toujours le souci d'efficacité réclame des techniques adaptées à la précision du travail à effectuer. L'instrument mécanique dont nous parlons dans cet article était à son origine une sorte de cisaille archaïque déjà connue sous la renaissance (fig.3). Puis l'invention des sécateurs et des systèmes à ressort en firent un outil de taille puissant et précis. On l'estima tout à fait adapté à l'échenillage; d'où l'origine de son nom.

Fabriqué par les couteliers, cet instrument, coûteux à ses débuts, fut surtout employé dans les grandes propriétés ou par les bourgeois épris de jardinage. L'industrialisation du matériel horticole finit par démocratiser l'échenilloir pour mieux l'installer dans la remise du jardin.

EchenilloirSa forme actuelle découle de vieux modèles à crochet et cisaille comme sur la photo ci-bas. L'outil a évolué, avec des matériaux sans cesse améliorés, actionné par des mécanismes de crémaillères ou autres démultiplicateurs, affichant des diamètres de coupe jusqu'à 4 cm. Le choisir avec un manche télescopique n'est pas superflu.

Sa vocation moderne de coupe-branche pour former et fortifier les arbres ne doit pas nous faire oublier qu'il peut toujours intervenir, écologiquement, dans la lutte contre les insectes nuisibles.

Il faut bien conclure; sans peiner, tirez sur la corde, et la branche cherra.

Frédéric DESCHAUME
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