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Histoires de Frêne

Bienvenue dans l'ère où les drones remplacent les abeilles !

Après avoir pris le relais de l'Homme dans certains travaux, la technologie se met au service de la Nature par le biais de drones pollinisateurs en remplacement des abeilles et autres insectes devenus trop rares.

Un drone au-dessus d'un champ de canne à sucre
Un drone au-dessus d'un champ de canne à sucre

Vers une pollinisation totalement robotisée ?

La pollinisation de la majeure partie des plantes produisant des fleurs est assurée par les abeilles et les autres insectes pollinisateurs de manière naturelle. De nos jours, cette pollinisation est compromise car ces insectes, malmenés par les pesticides, les monocultures, les virus et les bactéries mais aussi par la destruction de leurs habitats ne sont plus assez nombreux pour assurer cette pollinisation dans de nombreuses régions du globe.

Les origines de la robotisation

Le problème se pose notamment en Chine et aux États-Unis, où la location de ruches durant la période de pollinisation constitue un business florissant mais compromis par l'usage massif de pesticides.

Reste donc la pollinisation manuelle, très prisée dans les vergers du Sichuan en Chine. Cette technique, très contraignante à été adoptée pour compenser le manque de biodiversité dans les champs et les vergers découlant de plusieurs facteurs dont la politique du 'Grand Bond en Avant' menée Mao entre 1958 et 1960. Les oiseaux incriminés de 'vol de graines' furent tous exterminés ce qui impliqua une pullulation d'insectes, qui furent éradiqués à leur tour... En découla une famine meurtrière. Cependant, aucune leçon ne semble en avoir été tirée. Les produits phytosanitaires continuent à être appliqués avec grande générosité depuis des décennies !

Seule une adaptation a cette situation catastrophique a été mise en place par le biais de la très coûteuse et contraignante pollinisation manuelle depuis les années 80. Des hommes et des femmes sont payés (très peu) pour grimper dans les arbres fruitiers et appliquer du pollen sur chacune des fleurs que compte l'arbre. Un travail aussi dangereux qu'épuisant qui doit être effectué en un temps record car les floraisons ne durent pas éternellement.

Évolution ou catastrophe écologique ?

Dans un monde où la productivité de masse et la rentabilité maximale sont de mise, nulle place pour un logique retour à une agriculture durable où la biodiversité et les sols seraient préservés afin de retrouver un équilibre dans les écosystèmes. Pourtant ce revirement assurerait une production de qualité ainsi que le nécessaire retour des insectes pollinisateurs.

Le ministère de l'environnement en France en 2017 annonçait une perte de 3 milliards d'euros, si les abeilles et autres insectes pollinisateurs venaient à disparaître, des chiffres qui parlent malheureusement mieux que le constat écologique catastrophique que cette disparition impliquerait !

C'est alors qu'un professeur japonais nommé Eijiro Miyako proposa une solution : de petits drones couverts de crin de cheval enduit d'une substance liquide collante qui se déplaceraient de fleurs en fleurs. Il réfléchit ensuite à programmer ces drones et à utiliser l'intelligence artificielle pour qu'ils suivent un trajet GPS prédéterminé. Seul souci : les petits drones écrasaient quelque peu les fleurs les plus fragiles.

D'autres équipes notamment au sein de la prestigieuse Université d'Harvard, se penchent sur le sujet potentiellement rémunérateur. Aux États-Unis toujours, une société nommée 'Dropcopter' saute sur l'occasion et propose des drones pulvérisateurs de pollen qui augmenteraient les récoltes de manière significatives. Le mouvement est lancé et l'idée ne semble choquer personne ou presque car le discours sur l'usage des drones et leurs avantages est bien ficelé :

  • ils peuvent travailler même la nuit, par temps froid et ne se fatiguent pas ;

  • ils sont rechargeables et interchangeables ;

  • un drone peut couvrir une surface de 16 hectares/ heure lorsqu'il fonctionne en mode pulvérisation de pollen, il est donc rapide et efficace ;

  • le drone est moins sensible aux prédateurs que les insectes ;

  • les drones offrent une rentabilité de 25 à 60 % supérieure dans les vergers où ils sont employés (selon la société qui propose le procédé).

Néanmoins, cette technologie, qui ne devait être adoptée qu'en soutien des insectes pollinisateurs naturels comme le désirait à la base le professeur Eijiro Miyako, tend à être usité de manière moins respectueuse. Outre Atlantique, dans les vergers où une variété bien particulière doit être produite, la réalité est tout autre car la pollinisation naturelle impliquerait des possibilités de croisements avec d'autres variétés, donc le risque d'obtenir des fruits différents de ceux recherchés. L'éradication des pollinisateurs naturels par la chimie et leur remplacement par des drones tombe donc à point nommé ! Une dérive dictée par les lois du marché ...

De son côté le professeur Eijiro Miyako peaufine son procédé en publiant en juin 2020 une étude permettant la pollinisation via des bulles de savon. Ces dernières seraient propulsées par le biais de drones mais aussi par divers robots produisant des bulles pour une diffusion uniforme et ciblée dans les vergers. Fines, légères et flexibles, les bulles dont la composition a été longuement travaillée en laboratoire seraient résistantes aux mouvements d'air causés par les drones et pourraient perdurer une heure à 25°C sans éclater sur le pistil d'une fleur. Notons que la composition de ces bulles est biocompatible mais difficilement dégradable pour l'instant, la recherche se penche activement sur la question en testant des produits innovants et sans impacts sur l'environnement.

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