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Histoires de Frêne

Insectes en voie de disparition, humanité en danger ?

Pourquoi avons-nous absolument besoin des insectes ? Les insectes, grouillent, piquent, agacent, ils dégoûtent... Pourtant il est bien temps de changer de point de vue sur ces animaux. Leur disparition inquiétante (pas pour les politiciens cependant) crée un effondrement de la biodiversité, une cascade d’extinctions qui menace l’humanité elle-même.

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Il y a un moment déjà que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : pesticides et pollutions, monoculture intensive, disparition de leur milieu de vie au profit de l’urbanisme, et maintenant le réchauffement climatique ; les insectes disparaissent dans la plus grande indifférence.

La plupart ne se voient pas beaucoup, et les autres, les plus célèbres, sont les moustiques qui propagent des maladies, les pucerons qui abîment les plantes ou les guêpes qui piquent. Heureusement, les abeilles font le miel et les coccinelles sont mignonnes… elles ont notre sympathie tant qu’elles ne s’approchent pas trop…

Pourquoi cette aversion ou cette indifférence ? Sommes-nous incapables de voir au-delà de notre confort immédiat ? Incapables de comprendre qu’ils font partie du système écologique auquel nous appartenons et qu’ils sont irremplaçables ?

Pourquoi avons-nous besoin des insectes ?

Les végétaux sont la base de notre écosystème, ce sont eux, avec les rayons du soleil, qui transforment la matière minérale en énergie primaire, c’est-à-dire en matière organique qui nourrit les autres êtres vivants.

Mais les plantes ne travaillent pas seules : 105 millions d’années de coévolution avec des micro-organismes du sol et de petits animaux, dont la majorité sont les insectes, ont mis en place des relations interspécifiques intimes et indispensables.

Ces relations de symbiose, de mutualisme, et même de parasitisme ont généré une synergie qui permet d’intensifier cette production primaire (par les végétaux), puis secondaire (flux d’énergie parmi les animaux suivants dans la chaîne alimentaire). En contrepartie de ce rendement optimisé, cette synergie a rendu un grand nombre d’êtres vivants interdépendants.

La pollinisation des fleurs

De très nombreuses plantes à fleurs sont entomophiles, elles ont besoin des insectes pour produire des graines d’une part et pour créer un brassage génétique d’autre part (indispensable pour conserver une diversité génétique propre à évoluer). Bien que l’on pense en premier lieu aux abeilles comme pollinisateurs, d’innombrables autres espèces d’insectes le sont également, notamment beaucoup de mouches (éristales et syrphes), des papillons, des bourdons et bien d’autres encore, souvent méconnus.

Il y a les pollinisateurs généralistes, qui pollinisent de nombreuses plantes, et les insectes plus spécialisés, ne visitant qu’un type de fleur. À l’inverse, certaines plantes ne sont pollinisées que par un seul insecte spécifique : ex l’orchidée Angraecum sesquipedale ou étoile de Madagascar qui produit son nectar dans un long éperon qui a coévolué avec son papillon, dont la trompe mesure 30 cm.

L’extinction ou la diminution du pollinisateur fait disparaître la plante en même temps. Pour peu que cette plante servait de nourriture spécifique à d’autres insectes ou animaux, il s’ensuit alors une cascade d’extinction d’espèces. D’autant que les insectes sont eux-mêmes la nourriture pour d’autres prédateurs.

De telles relations spécifiques interdépendantes existent chez des milliers de plantes  en dehors des orchidées, par exemple chez des yuccas, des palmiers, des figuiers.

Cela concerne directement  nos ressources de nourriture

Chez nous, les plus observateurs auront bien vu au quotidien que les oiseaux se raréfient, puisque la quantité d’insectes, leurs met favoris, chute drastiquement. Mais plus près de notre assiette, sachez que la pollinisation par les insectes concerne la plupart de nos aliments.

Par exemple, les poireaux se repiquent, mais les plants proviennent de graines, et pour les produire, leurs fleurs ont dû être pollinisées par les insectes. Les pollinisateurs sont indispensables pour obtenir les graines de carottes, oignons, choux, salades… etc : presque tous les légumes, finalement !

De même la pomme, la poire, la prune, les cerises, les amandes, la plupart des fruits en fait sont produits avec l’aide des butineurs.

Quand nous aurons laissé trop disparaître les insectes, au-delà de leur seuil de régénération, il n’y aura donc plus grand-chose à manger.

Déjà à travers le monde, quelques situations font froid dans le dos 

  • Le désert vert ou l’agriculture intensive en monoculture : une seule espèce cultivée en continu sur des centaines ou des milliers d’hectares a fait disparaître la majorité de la vie animale, dont les insectes pollinisateurs, comme aux USA, dans les énormes champs d’amandiers : Ces gigantesques surfaces ne comportent qu’une espèce cultivée, fleurie une semaine par an : cette situation est incompatible avec la vie des butineurs. Ces champs ne peuvent nourrir aucun pollinisateur (ni grand-chose d’autre d’ailleurs) tout au long de l’année. Pour continuer à pouvoir produire des amandes, les agriculteurs doivent louer des ruches qui arrivent par camion pendant la semaine de floraison. Non seulement la monoculture est devenue dépendante des abeilles, mais ces dernières, prélevées en masse, créent forcément un énorme manque de pollinisateurs dans l’écosystème où elles ont été élevées. Ce qui fait 2 surfaces déséquilibrées pour n’en récolter qu’une : si la nature était une entreprise, ce serait considéré comme un fameux manque de rentabilité !

  • Dans la province du Sichuan, en Chine, l’utilisation abusive des pesticides dans les années 80 a décimé les populations d’insectes. Les agriculteurs n’ont plus d’autres choix que de polliniser à la main de fleurs à fleurs avec un pinceau ! Imaginez le travail sur un cerisier… sans compter que les plantes sauvages locales sont perdues, elles, puisqu’elles ne génèrent pas de revenu.

De drôles de béquilles imaginées par l’homme, plutôt que d’essayer de préserver, conserver ou de laisser se restaurer, tant que c’est encore possible, les populations de ces minuscules ouvriers qui travaillent gratuitement.

Autres relations mutualistes

il y a d’autres relations mutualistes plantes/insectes, dont peu sont finalement déjà étudiées : Les fourmis, par exemple, entretiennent diverses relations avec des plantes, en dehors de la fécondation et de la prédation.

  • Certaines s’associent avec des végétaux afin de les protéger des autres phytophages en échange d’un logement et de nourriture. Plantes et insectes communiquent à l’aide de phéromones. Ex : les fourmis sur les boutons des pivoines ou de centaurée des montagnes.

  • Beaucoup d’espèces de fourmis ont un rôle primordial dans la dispersion des graines. Ces plantes associent un élaiosome avec leur graine, une masse de nourriture collée à la graine produite à l’intention des fourmis. Ces dernières prennent en charge la graine, l’enfouissent dans la fourmilière, consomment l’élaiosome, puis jettent la graine avec divers déchets organiques, protégée des granivores et sous terre, exactement là où la germination sera la plus facile pour elle ! Ces plantes sont des violettes, des corydales, la chélidoine... en fait, des milliers de plantes utilisent ainsi la myrmécochorie (dissémination par les fourmis).

Autres services écosystémiques assurés par les insectes

Le bio-contrôle 

En tant que jardiniers, nous connaissons déjà les insectes auxiliaires qui limitent la prolifération des ravageurs des cultures : syrphes, coccinelles, guêpes parasites, vers luisants, chrysopes... Cependant, le rôle régulateur des insectes carnivores est bien plus vaste, car en tant que prédateurs, ils régulent l’ensemble des excès de toute population. Ils sont cependant les premiers à disparaître, car ils sont à un niveau plus élevé dans la chaîne alimentaire, donc, moins nombreux et leur population est généralement plus fragile.

C’est l’une des raisons qui explique des déséquilibres que l’on ne voit à notre échelle que lorsqu’ils nous nuisent directement : nuée de criquets qui ravagent tout, nuée de moustiques, lorsque leurs prédateurs ne peuvent survivre faute de nourriture (d’autres types de proies) tout le long de la saison.

Le recyclage de la matière organique

Tous les insectes détritivores sont extrêmement importants dans le cycle de la matière : ils s’occupent de nettoyer les cadavres, d’aider à la décomposition des végétaux morts, mais également traitent les déchets animaux : les excréments. Imaginez un an de crottes de chien ou de bouses de vache, s’il n’y avait plus d’insectes pour traiter ces déchets ? Hé oui ! bien que très agaçantes, les différentes mouches ont un rôle crucial de nettoyage. De même, tous les insectes du sol permettent de rendre la terre féconde.

La 6e extinction de masse de l’histoire de la planète

Il est bien difficile de quantifier la disparition des insectes. Déjà, on estime que seulement 10 à 20 % des insectes ont été décrits et nommés scientifiquement : même dernièrement, de nouvelles espèces de coccinelles ont été décrites sur les terrils. En bref, on ne connaît pas nos insectes locaux… de plus, la plupart vivent cachés, sont très spécialisés ou encore ne survivent plus que dans de petites poches de nature, alors faire un comptage de ce qui disparaît est absolument impossible.

Cependant, lors de votre jardinage, ou de vos promenades, vous avez bien remarqué :

  • que les papillons sont devenus rares...

  • qu’un cerisier en fleurs ne bourdonne pas assez, ou ne produit plus beaucoup...

  • que là, où il y a 10 ans 7/10 espèces d’insectes se côtoyaient sur une ombelle de fenouil, il n’y en a plus aujourd’hui..

  • que certaines plantes ne produisent plus beaucoup de graines.

  • que lorsqu’on se promène dans une prairie montagnarde, c’est terminé les 50 sauterelles qui bondissent dans tous les sens à chaque pas... Aucun milieu n’est épargné, des études montrent que même la haute montagne contient dans son atmosphère les pesticides déversés dans les plaines.

  • qu’il ne reste que très peu d’oiseaux : il est bien rare, maintenant, d’observer un gobe-mouche, un chardonneret, un verdier ou une hirondelle...

Une étude allemande étalée sur 30 ans a mis en évidence une diminution en Europe de 75 à 82 % de la biomasse globale des insectes. Et donc, sont affectés aussi tous les maillons de la chaîne alimentaire qui s’ensuivent, ainsi que toutes les plantes qui en dépendent.

Ainsi nous sommes devant la 6e extinction de masse de l’histoire de la planète.

Et pourtant, l’usage des néonicotinoïdes, un biocide non sélectif qui s’éparpille et qui persiste 20 ans encore après le traitement, a été de nouveau autorisé. Par des hommes politiques qui font l’autruche ou sans enfants ?

Que peut-on faire à notre petite échelle ?

Bien qu’il faudrait agir tous ensemble pour lutter contre cette extinction massive, les élus écoutent finalement toujours les lobbies : écouler les stocks de plastique jusqu’en 2040. Utiliser les néonicotinoïdes sur les betteraves pour en augmenter le rendement… ils restent aveugles et sourds au problème.

À notre échelle, peut-être pouvons-nous réfléchir aussi à nos habitudes et apprendre à respecter les insectes, leur offrir un refuge autour de notre maison.

Étant donné que les bords des routes et des champs sont actuellement débarrassés de toutes fleurs, fauchés n’importe quand ou simplement bétonnés : (un besoin irraisonné de maîtrise de son environnement) le maillage naturel en campagnes (haies, fourrières) qui accueillait autrefois les insectes à quasiment disparu. Le jardin reste peut-être le dernier refuge des insectes, à condition qu’on les tolère et qu’on change de point de vue aussi sur l’apparence de son jardin : lâcher l’aspect rangé et 100 % maîtrisé, le voir bel et bien comme un jardin, et non pas comme un écrin pour sa maison.

  • pas de pelouse ‘terrain de golf’, une mode mise à l’honneur sans doute par les vendeurs de désherbants : laisser au contraire y fleurir les pissenlits, qui n’ont que le défaut de ne pas être de l’herbe, les trèfles, les violettes, les pâquerettes, les brunelles et les crépis...

  • ne plus jamais traiter : les pesticides aussi bien fongicides qu’insecticides ou désherbants sont nocifs pour les insectes et même pour vous.

  • planter/semer un maximum de fleurs, et avec de la diversité en plus  ! Le mieux est de réussir à en avoir plusieurs espèces en fleurs tout du long de l’année.

  • accepter un peu de flore locale, ces soi-disant mauvaises herbes...

  • enlever les fanes des plantes au printemps plutôt qu’en automne, car elles servent souvent de logis, voire de nourriture pour l’hiver ; composter si possible vos déchets verts plutôt que les mettre au ramassage.

  • diversifier les micro-milieux : ombre/soleil, humide/sec, potager à terre nue/potager paillé... et pourquoi pas ? oser se composer un jardin foisonnant, plein, exubérant ou créer une petite zone d’ensauvagement.

  • et surtout, changer de point de vue sur les insectes  et les respecter pour le rôle important qu’ils jouent dans notre écosystème : ils sont nos alliers, pas nos ennemis. Apprendre à les connaître et à les reconnaître (ex savoir différencier la poliste de la guêpe commune), savoir qu’un bourdon ou une abeille ne pique que si l’on marche dessus. Compter et essayer de déterminer les espèces qui s’installent dans votre jardin. Laisser venir un peu de puceron, pour que les auxiliaires qui les dévorent puissent se reproduire.

Est-il encore temps d’enrayer l’hécatombe ? Ou aurons-nous bientôt un printemps complètement silencieux, sans bourdonnement ni chant d’oiseaux ? C’est bien de cela que dépendent nos ressources alimentaires. Personne ne s’intéressera plus à la 5G lorsqu’il n’y aura plus assez à manger pour tout le monde !

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Jp17 (Saintonge)
    Voilà un texte qui pourrait être utilisé dans nos écoles, à la place de la littérature ennuyeuse qu'on assène aux jeunes. Après correction de "ces soi-disant mauvaises herbes", les herbes ne parlant pas, elles ne peuvent être soi-disant. "ces prétendues mauvaises herbes" serait mieux.
    Répondre à Jp17
    Le 11/10/2020 à 12:09