Les engrais et l'environnement

Les engrais et l'environnement
Les engrais et l'environnement

Les problèmes dus à l'emploi d'engrais ne sont évoqués que quand on parle d'engrais produits industriellement. Pour comprendre d'où peut venir cette apparente opposition entre l'environnement et les engrais dits "chimiques" récents, livrons-nous à un petit historique des engrais à travers les âges.

Bref historique de l'utilisation des engrais

L'utilisation des engrais est très ancienne, et date probablement du tout début de l'agriculture et de l'élevage. L'homme a dû constater que les plantes poussant sur la fumure fraîche des déjections animale avaient une croissance plus rapide que les autres, et il s'est donc servi des fumiers divers (dont ceux des humains) pour récolter plus. C'est d'ailleurs là toute l'histoire de l'humanité : l'utilisation du fumier pour enrichir le sol a été une des causes de la sédentarité de l'agriculteur éleveur et par conséquence, du développement des infrastructures, maisons, fermes, outillage etc.

Les déjections diverses et fumiers ont d'ailleurs été les seuls engrais utilisés pendant des siècles ou des millénaires.

Les déchets végétaux ont aussi été utilisés. La raison principale de l'augmentation de la population au Moyen-Âge a été l'utilisation de la culture sur l'humus et la cendre obtenus par le défrichement massif des forêts. Le problème est que la richesse du sol obtenue par la culture sur le sol d'une forêt ne dure que jusqu'à l'épuisement du sol, et le défrichement doit donc être poursuivi ailleurs.

L'assolement et la rotation des cultures a permis à la même époque (et plus tard) de développer le libre pâturage, les champs laissés en friche accueillaient les troupeaux de tout le village (pas de clôture) et permettaient de recharger les réserves du sol par l'apport des fumiers et la non exploitation des terres durant une ou plusieurs années.

L'augmentation de la population a conduit à la délimitation des champs et a induit des changements : il fallait trouver de l'engrais, fumier, "guano", déchets végétaux ou cendre. C'était le système D, chaque paysan était dépendant à la fois du climat, de la qualité de ses semences, de son travail, de sa terre, mais aussi de sa capacité à enrichir le sol.

C'est alors (milieu du XIX siècle) que sont apparus les premiers engrais dits "chimiques" qui étaient issus de l'exploitation des mines du Chili principalement. Ces engrais ont ensuite été rejoints au début du XXe siècle, par les produits de synthèse, permettant d'obtenir par procédés industriels ce que la terre ne peut donner facilement.

Ce bref historique nous montre bien que vouloir manger mieux en produisant plus n'est pas une quête récente, c'est l'essence même de l'agriculture, et que cela est très dépendant de l'utilisation d'engrais, naturels ou produits industriellement.

Ce petit historique montre que les engrais (qu'ils soient naturels ou industriels) avaient donc très bonne presse jusqu'au début du siècle, et peu à peu, ils sont devenus une des cibles des amoureux de l'environnement.

D'où vient le problème ?

D'abord, pourquoi seuls les engrais industriels poseraient problème ?

Disons tout d'abord que les engrais ne sont pas plus chimiques que leurs composants, que l'on retrouve dans le fumier ou autre. L'azote sous forme de nitrate et d'ammoniac est bel et bien présent dans les déjections animales et donc humaines.

Les seules différences, c'est le dosage entre l'azote ammoniacal ou nitrique du fumier ou des engrais naturels et l'azote des engrais industriels, la solubilité de ces éléments que les seconds apportent et la facilité de leur utilisation qui peut conduire à les sur-doser.

Quand seuls existaient le fumier, le guano ou les cendres et extraits d'os, ces denrées étaient précieuses et très recherchées, donc partagées. Les excès étaient donc rares, la pénurie était plus courante que le surdosage.

Mais avec l'avènement des engrais obtenus industriellement (procédé Haber) on dispose de milliers de tonnes d'azote fixé et disponible. D'où une tendance chez certains à abuser du produit, soluble et très facilement absorbé par le sol.

Mais pourtant, tous les engrais dits "chimiques" ne présentent pas les mêmes risques.

C'est là qu'il faut distinguer les différents engrais et leur empreinte sur l'environnement en cas de surdosage.

Cas de l'azote

Tout d'abord, séparons l'azote sous sa forme nitrée (les nitrates) de l'azote sous forme ammoniacale (ammoniac) ou sous sa forme "organique (protéines et acides aminés).

L'azote sous forme de nitrates est de loin l'engrais le plus souvent cité lors de la critique des engrais industriels. En effet, cet azote facilement assimilable par les plante est aussi celui qui est le plus facilement lessivable, et c'est celui qui est de fait le plus retrouvé dans les eaux de ruissèlement et les nappes souterraines. Il est alors entraîné jusqu'à la mer et cause le développement des algues vertes, quand il ne reste pas sous terre en rendant les sources impropres à la consommation.

L'azote sous forme ammoniacale est moins immédiatement disponible pour la plantes, mais se transforme en quelques semaines ou mois en nitrate sous l'action de certaines bactéries du sol. Cette forme est donc moins polluante, elle n'est pas lessivée massivement comme les nitrates.

Encore moins facilement lessivable est l'azote organique, sous forme de protéines, tels que le sont les déchets végétaux, compost et autres sous produits de l'agriculture (tourteaux, etc.).

Précisons que le fumier est un mélange de ces trois formes d'azote, et que lorsqu'il frais, il contient plus de nitrate que s'il est décomposé.

Il convient donc en cas d'utilisation d'engrais azoté sous forme de nitrate de respecter scrupuleusement le dosage, et d'apporter l'engrais en plusieurs fois et d'enrichir le sol en déchets organiques qui abritent les bactéries qui régulent cet azote (certaines fabriquent des nitrates avec de l'ammoniac, d'autres font l'inverse).

Et c'est pareil pour le fumier frais, il faut se limiter à 3 Kg par m².

Cas du potassium

Le potassium ou plus exactement K2O n'est pas facilement lessivable, c'est même l'inverse, il a tendance à se concentrer en surface en cas de surdosage. Mais son utilisation doit aussi être bien maîtrisée, et son dosage bien calculé. En effet, en trop grande quantité, il bloque l'assimilation du magnésium et interdit ainsi certains processus importants dans le développement des plantes. On veillera donc à limiter son apport aux quantités nécessaires, voire à doubler son apport d'une quantité suffisante de magnésium.

Autres minéraux

Certains oligoéléments peuvent être toxiques s'ils sont apportés au delà de leur quantité nécessaire. Citons le bore, un bon élément pour aider l'olivier et d'autres plantes à fleurir, mais un poison en trop grande quantité. Le chlore est aussi symptomatique de l'adage "c'est la dose qui fait le poison", puisqu'il est phyto-toxique, mais reconnu depuis quelques années comme indispensable à certaines processus, et très petite quantité.

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