Vers un retour de la terre et des arbres en ville

Moins de pollution, d'inondations, plus de fraîcheur lors des périodes caniculaire : les arbres et la terre viennent à notre secours dans les villes ! Minéralisées, bitumées à outrance, les zones urbanisées cherchent un nouvel équilibre pour palier à des années d'inconscience écologique et à leur conséquences.

Un parc en banlieue parisienne
Un parc en banlieue parisienne

Un plan national

Adopté lors du Grenelle de l'environnement en 2010, le 'Plan Nature en Ville' vise à restaurer le concept du végétal et de la biodiversité en ville au niveau National. De nombreux acteurs y participent, notamment de grandes métropoles françaises, des régions, mais aussi des organismes comme la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux), l'Agence Française pour la biodiversité, l'Institut National de Veille Sanitaire (InVS), ainsi que de nombreux ministères dont ceux de l'agriculture et de l'alimentation, de la transition écologique ou encore de l'éducation Nationale.

Le plan vise à végétaliser les villes de manière réfléchie et réalisable afin de les rendre plus agréables à vivre, plus saines, thermiquement mieux régulées et moins sensibles aux inondations.

Un retour de l'agriculture intra-muros est souhaité, tout comme la mise en valeur et la conservation de la biodiversité.

Importance du retour des arbres, d'un sol naturel et de la végétation en ville

Le système urbain est certes très efficace économiquement et sur un plan pratique, cependant les fonctions écosystémiques en sont bannies provoquant un mal-être des habitants.

La pollution, l'effet de four lors des épisodes caniculaires, la réfraction des sons, la pollution, les inondations en sont les symptômes les plus flagrants.

En ville, les arbres et les végétaux en général sont considérés comme des accessoires de décoration sans prendre en compte leurs besoins et l'équilibre qu'ils apportent. L'eau de pluie est directement évacuée dans le système d'assainissement passant par des tuyaux au lieu de s’infiltrer dans le sol, les végétaux n'en profitent pas et les inondations se font plus nombreuses, transformant chaque forte pluie en torrents sur le bitume imperméable ne pouvant les évacuer naturellement.

Dans un rapport de l'ADEME, les experts notent que l'eau doit être accessible par le sol pour que les végétaux, par phénomène d’évapotranspiration, puissent servir de climatiseurs dans les villes surchauffées en été (jusqu'à -2 °C). Ce système naturel a toutefois ses limites puisqu'en zone méditerranéenne, seuls les arbres résistants à la sécheresse survivront. Ces arbres adaptés à une situation de fort ensoleillement et de chaleur limitent leur évapotranspiration pour survivre, ils ne serviront donc que d'ombrage à moins d'être très souvent arrosés ce qui pose un autre problème écologique et économique.

Autre constatation des experts : les arbres devront être choisis selon des critères spécifiques à chaque région, mais aussi selon leur aptitude à absorber et transformer les polluants, le tout sans présenter trop de risques pour les personnes allergiques.

Du côté des toitures et des façades végétalisées, ils notent un réel effet sur la chaleur et l'incidence des rayons solaires. Un mur classique peut atteindre plus de 60 °C alors qu'un mur végétalisé ne dépasse pas les 30°C. De même pour une toiture de couleur foncée dont la température peut atteindre 80°C, alors que la même surface végétalisée ne dépassera pas 29°C. En hiver cette végétation limite les déperditions de chaleur vers l'extérieur, elle présente donc un effet d'isolant thermique sous certaines conditions qui doivent être scrupuleusement respectées pour ne pas avoir d'effets négatifs (besoin accru de chauffage par trop fort ombrage, ventilation limitée et évacuation de la chaleur nocturne limitée impliquant l'usage de la climatisation en été...).

Ils notent qu'un effet acoustique réel est constaté, par absorption, diffraction et réflexion des sons, mais cela nécessite la mise en place de bandes de 25 m de largeur plantées d'arbres, ce qui est difficilement réalisable en zone purement urbaine.

De même, la plantation d'arbres, de toitures végétalisées mais aussi la création de noues, de fossés ou de jardins de pluie aident à favoriser l'infiltration de l'eau et à ralentir les écoulements donc à prévenir les inondations.

Contre la pollution et l'effet de serre, l'impact des arbres est bien connu en puisant le CO2 et en le stockant dans le sol sous forme de matière organique. Indirectement, l'ombrage apporté par les arbres en été, limite l'usage de la climatisation.

Le sol consomme en outre du méthane et du protoxyde d'azote, deux gaz à fort effet de serre. Si la vie microbienne du sol est favorisée, ces gaz sont correctement absorbés.

De nombreux projets en cours

Les projets fleurissent dans les agglomérations urbaines, qu'il s'agisse de plantation d'arbres, de 'débitumisation', de végétalisation de la ville ou d'implantation d'agriculteurs en milieu urbain.

Pour exemple, le plan de végétalisation de Paris qui prévoit, d'ici fin 2020, l'aménagement de 100 hectares sur le bâti, dont un tiers dédié à l'agriculture urbaine. 

Deux projets d'envergure devraient voir le jour : le premier, sur le futur toit de l’hôtel Chapelle International dans le XVIII où 50 tonnes de légumes devraient être produits par an, le second s'étendra sur 14 000 m² à Paris Expo, porte de Versailles, où les maraîchers cultiveront fruits et légumes directement en ville.

Le quartier de la Défense devrait voir son esplanade immense transformée en parc de 7 hectares. « Mille arbres », est un autre projet d'envergure consistant en un immeuble-pont sur le périphérique, porte Maillot.

Dans la capitale, la révision du plan local d'urbanisme de 2016 inclue la végétalisation obligatoire des toits terrasses de plus de 100 m² sur les constructions neuves. Comme dans beaucoup d'autres villes un permis de végétaliser pour les citadins permet à chacun de participer à cette expansion du végétal.

La ville de Lyon de son côté oblige à atteindre un coefficient de végétalisation de 30% sur toutes les nouvelles constructions.

À Marseille, une ferme urbaine va être créée sur un hectare de friche le long de la L2.

Toutes ces initiatives boostent au passage l'économie avec la créations de nombreuses start-up dans le domaine. Les enjeux sont donc multiples avec à la clé une meilleure qualité de vie pour les citadins et un respect de la biodiversité retrouvé.

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