Traitements chimiques, où en est-on réellement ?

Pollution des nappes phréatiques, biodiversité menacée, problèmes de santé publique, déséquilibres des écosystèmes, appauvrissement des sols... Les produits de traitements chimiques utilisés par l'agriculture intensive ou par les particuliers mettent à mal notre planète. De plans gouvernementaux successifs aux nombreuses études scientifiques, où en sommes-nous réellement sur l'utilisation des pesticides?

Magasinage de produits chimiques
Magasinage de produits chimiques

Une évolution réelle ou imaginaire ?

Il est bien difficile de perdre les mauvaises habitudes, notamment lorsqu'elles perdurent depuis des décennies ! Ainsi la mise en place des plans Ecophyto successifs (2008, 2015, et 2018) visant à réduire de 50% l'usage de pesticides d'origine chimique en 10 ans semblait être un échec avec une augmentation de 24% de quantité de pesticides vendus en 2018 en prévision de l'interdiction totale pour les particuliers de détenir ou d'acheter des produits phytosanitaires chimiques en 2019.

Dans notre pays, fort consommateur de ces substances, plus de 48% des jardiniers amateurs (et ils avoisinent les 19 millions) avouent utiliser ces produits de traitement pour leurs jardins. Souvent les dosages et les précautions d'emploi ne sont que peu ou pas du tout respectés, ce qui n'arrange pas l'affaire de la biodiversité.

Cette interdiction plus que nécessaire a donc malheureusement provoqué de nouveaux comportements de stockage, d'échange et même de marché parallèle en allant se servir dans certains pays voisins ou en obtenant ces substances devenues illicites via des voies détournées.

Une liste des produits autorisés pour les jardiniers amateurs a été actualisée le 12 juin 2020, elle est téléchargeable sur le site du ministère de l'agriculture et de l'alimentation.

Notons toutefois que certains de ces produits autorisés comme la bouillie bordelaise ou le ferramol ont un impact sur l'environnement et peuvent être toxiques pour certains insectes et invertébrés, ils doivent donc être utilisé avec discernement !

La situation semblerait s'être nettement améliorée en 2019, selon le site du Ministère de l'agriculture dans un communiqué du 30 juin 2020 (1). Ainsi, une baisse des ventes de glyphosate de 35% a été constatée, tout comme dans le domaines des produits préoccupants (CMR - cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) dont les ventes auraient diminué de moitié. Notons que ces chiffres sont issus des déclarations faites par les distributeurs de produits phytopharmaceutiques concernant la redevance pour pollutions diffuses, et qu'ils sont pour l'instant provisoires.

Pour en savoir un peu plus sur les chiffres (en tonnes) de produits phytosanitaires vendus chaque année et leur évolution en France, par département vous pouvez consulter ce lien : dataviz.

Voisinage des substances préoccupantes

Un arrêté adopté le 27 décembre 2019 (2) prévoit désormais de faire appliquer des distances de sécurité pour l'épandage de substances préoccupantes (CMR).

Ainsi, une distance minimale de 20 m doit être préservée entre la zone d'utilisation et la zone d'habitation pour ces substances. Elle est réduite pour les autres produits à 10 mètres lorsqu'il s'agit de viticulture, d'arboriculture ou de petits fruitiers. Pour les autres cultures, 5 mètres suffiraient à limiter les risques. Notons que l'information préalable des résidents au traitement est facultative.

Le cas du Glyphosate

Le glyphosate est le plus célèbre des désherbants. Connu entre-autres sous l'appellation 'Roundup' de Monsanto, cette substance herbicide non sélective est copieusement déversée dans le monde entier (700 000 tonnes/an).

Souvent associé aux semences OGM de la même firme, seules à pouvoir survivre sur un sol traité, le glyphosate pose de réels problèmes de santé publique.

En mars 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) déclare le glyphosate cancérogène probable pour l’homme. Étrangement, l’évaluation menée conjointement par l'Autorité européenne de sécurité des aliments et l'Agence européenne des produits chimiques (financée en partie par les redevances versées par les entreprises lors de l’enregistrement ou des demandes d’autorisation des produits), a conclu en l'absence de caractère cancérogène ou perturbateur endocrinien du glyphosate. Ce rapport a permis en 2017 de renouveler l'autorisation de la-dite substance au sein de l'Union européenne pour 10 ans !

Certains états dont la France ont heureusement refusé réduisant la peine de moitié.

Depuis, l'INRAE a pour mission de préparer le plan de sortie du glyphosate.

Parallèlement, le même organisme est en charge du programme 'Cultiver et Protéger autrement' depuis 2018. Ce programme devrait permettre d'assurer la transition et de réduire, voire à terme, de supprimer l'usage des produits de traitements chimiques en agriculture tout en demeurant productifs et économiquement viables.

Depuis mai 2019, une vingtaine d'instituts de recherche sont mobilisés sur le projet dans toute l'Europe avec pour but de trouver au plus vite une stratégie commune afin d'apprendre à se passer des pesticides. L'agro-écologie semble y être à l'honneur ainsi que la sélection végétale. Affaire à suivre...

Qu'en est-il des néonicotinoïdes ?

Ces insecticides, que l'on ne présente plus et utilisés massivement depuis les années 90, agissent sur le système nerveux des insectes sans distinction au niveau des espèces. Ils sont persistants dans les sols et s'y accumulent, chose qui nuit également aux invertébrés indispensables à l'équilibre de cet écosystème et à la fertilité de la terre. Les composés issus de la la décompositions de ces pesticides spécifiques sont encore plus toxiques que les substances de base. Serait-ce un hasard si une étude allemande a dressé l'effroyable constat d'une diminution de 75 à 82 % de la biomasse globale des insectes en Europe sur 30 ans et si les mortalités dans les ruches en Italie ont chuté de moitié lorsque ces substances ont été interdites ?

En France, les choses avaient l'air d’évoluer avec des prises de décisions sur le sujet allant au delà de celles de l'UE par l'interdiction de l’utilisation de 5 néonicotinoïdes en 2018 ainsi que du sulfoxaflor et de la flupyradifurone en 2019.

L'espoir n'aura cependant pas duré longtemps puisque sous la pression de la filière 'betterave-sucre' le gouvernement pense à remettre au goût du jour l'emploi de ces substances grâce à une modification législative (grâce à l’article 53 du règlement européen n°1107/2009) qui permettra durant les 3 années à venir, par dérogation de 120 jours d'utiliser des semences enrobées.

(1) Communiqué chiffres 2019

(2) Arrêté 27 décembre 2019

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