Le bois mort, un trésor pour la biodiversité et le jardin

Trop souvent considéré comme un vulgaire déchet à éliminer, le bois mort est pourtant un véritable trésor pour nos écosystèmes. Branches tombées et vieilles souches grouillent de vie, abritent la faune et enrichissent la terre. Découvrez pourquoi et comment réhabiliter ces éléments naturels pour transformer votre jardin en paradis écologique.

Par Iris MAKOTO -
Le bois mort, un trésor pour la biodiversité
Le bois mort, un trésor pour la biodiversité © A l'aide de l'IAAlain DEBUISSON
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Le bois mort, une structure bien vivante

Ce que nous considérons comme du bois mort correspond à toute substance ligneuse détachée d'un végétal vivant. Branche cassée par le vent, écorce tombée au sol, brindille, arbre mort déraciné lors d'une tempête ou racines d'arbustes encore ancrées au sol sont autant d'exemples.

Bien que parfois inesthétiques, ces éléments considérés comme morts et comme déchets ne sont pas inutiles, bien au contraire, puisqu'ils constituent une phase essentielle du cycle de la matière organique. Ainsi, le bois mort participe à l'équilibre du rapport C/N (carbone/azote) essentiel à la bonne décomposition de la matière organique dans les sols et par là même à leur fertilité.

Le bois mort, un réservoir de biodiversité

Le bois mort abrite une multitude d'organismes vivants qui y trouvent un abri, une zone de reproduction et bien sûr, de la nourriture. La biodiversité forestière et du jardin dépendent en partie de sa présence.

Les habitants et consommateurs de bois mort participent au recyclage de la fibre cellulosique en humus, parmi eux :

  • des insectes xylophages (qui se nourrissent de bois) ;
  • des champignons décomposeurs spécifiques ;
  • des bactéries ;
  • des mousses et lichens ;
  • des amphibiens ;
  • des petits mammifères ;
  • des invertébrés ;
  • des oiseaux (dans les arbres restés en place).

Certains coléoptères très rares ne vivent que dans le bois mort, sans ce support, ils disparaîtraient de la planète.

Le bois mort, un rôle central dans l'écologie des sols

Dans la nature, tout se transforme et c'est aussi le cas de la lignine et de la cellulose du bois. Les petits insectes, les invertébrés et bien sûr les champignons et bactéries recyclent sur le long terme le bois en humus fertile, véritable engrais pour nos forêts et pour le jardin. Cette transformation va donc permettre d'améliorer la structure du sol et de l'enrichir, mais aussi d'accentuer sa capacité de rétention d'eau. Le sol est ainsi plus apte à accueillir de nouveaux végétaux et à faire prospérer ceux qui sont déjà en place.

Le bois mort en décomposition est également un allié précieux contre la sécheresse et la chaleur, car il agit comme une éponge en retenant l'humidité. Sous une branche ou un tronc d'arbre mort, la température chute de plusieurs degrés par rapport à celle constatée à l'air libre. De nombreux organismes et insectes sensibles y trouvent alors un refuge idéal.

Ce petit côté spongieux permet aussi de restituer de l'humidité dans l'atmosphère et de stabiliser le microclimat du jardin.

Dans les milieux naturels, la quantité de bois mort est un indicateur clé de richesse écologique. Les forêts anciennes en contiennent beaucoup, tandis que les milieux trop entretenus en manquent cruellement. Sa présence est un signe d'une activité biologique intense, d'une chaîne alimentaire complexe et donc d'un écosystème bien équilibré.

Même une souche d'arbre peut demeurer active au niveau biologique plusieurs années. Les mycorhizes associées aux racines encore vivantes de la souche peuvent persister en attente de nouvelles racines à coloniser. Quant aux racines mortes, elles constituent une source de cellulose importante d'alimentation pour de nombreux micro-organismes, ainsi qu'un support de vie pour le mycélium. Des champignons saprophytes comme les armillaires ou encore les polypores peuvent ainsi exploiter la souche sur une durée de 15 ans.

Au jardin, lorsque le bois mort est parsemé sur le sol, par exemple sous la forme d'un paillis en BRF, il limite l'évaporation et protège la terre du soleil direct tout en empêchant la pousse des adventices. Attention cependant à ne pas l'installer au printemps au risque de favoriser le phénomène de 'faim d'azote'.

Conserver du bois mort au jardin est-il dangereux ?

Évidement, si un arbre mort qui est tombé traverse le jardin de part en part, avec des branches cassées pointues, il n'est pas question de le conserver tel quel ! Dans ce cas, un tas de branchages pourra être ménagé au fond du jardin, avant d'envisager l'évacuation du reste de l'arbre.

Contrairement à une croyance répandue, garder du bois mort n’attire pas forcément les ravageurs comme les termites ou les fourmis.

Dans un jardin équilibré, les prédateurs naturels régulent les populations d’insectes. En réalité, le bois mort favorise surtout la présence d’auxiliaires utiles comme les carabes qui se nourrissent de limaces, mais aussi de perce-oreilles, d'araignées et de toute la microfaune du sol essentielle à sa fertilité.

Le bois mort ne transporte pas non plus de maladies ou de larves car, dans la majorité des cas, les agents pathogènes meurent généralement avec leur hôte et les larves sont consommées avant leur mort programmée.

D'une manière générale, il n'y a pas de danger à conserver du bois mort au jardin si l'on prend soin de l'éloigner des habitations, notamment des façades et des structures en bois.

Comment intégrer le bois mort au jardin ?

Comme nous l'avons vu, le bois mort n’est pas un déchet à éliminer mais un pilier de la vie du sol. Véritable refuge pour la faune, source de nutriments et régulateur d’humidité, il joue un rôle écologique majeur aussi bien en forêt qu’au jardin.

Pour l'intégrer au jardin, il faut donc le considérer non pas comme un déchet mais comme un trésor vivant. Cette acceptation de son super-pouvoir va changer votre manière de gérer le jardin en créant des micro-habitats naturels.

Pour cela, vous pouvez privilégier un coin discret en fond de jardin par exemple, près d'arbres et d'arbustes existants. Sous leur couvert, de petits tas de branches passeront inaperçus et pourraient même servir d'abri pour le hérisson. N'oubliez pas qu'outre sa petite bouille craquante, il demeure un terrible prédateur pour les escargots et les limaces !

N'arrachez pas les vieilles souches, laissez-les plutôt sur place en les coupant au ras du sol pour les sécuriser, elles abriteront la vie encore longtemps.

Vous pouvez également recycler vos branchages en BRF grâce à un broyeur de végétaux. Si vous n'en possédez pas, vous pouvez en louer un pour l'occasion. Pensez à vous renseigner auprès de votre mairie, car certaines communes mettent ce genre d'équipement à la disposition de leurs usagers.

Autre idée : créer une haie de bois mort en plantant deux rangées de piquets parallèles, à environ 40 cm d’écart. Il suffira ensuite d’y glisser les branches issues de la taille au fur et à mesure des saisons.

Dans un autre style, vous pouvez monter des tipis avec des branches de diamètre moyen, ça et là dans le jardin. Ils serviront temporairement de soutien à des plantes grimpantes annuelles et participeront ainsi au décor en toute originalité ! Au fil des années, ils seront enfoncés dans le sol et se décomposeront sur place.

Les options ne manquent pas pour intégrer le bois mort au jardin ; laissez parler votre créativité !

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