Les plantes ménagères

Depuis la préhistoire les plantes accompagnent les hommes dans leurs activités quotidiennes. Alimentaires, médicinales, mais aussi dans des rôles méconnus, ou oubliés, récurrentes, nettoyantes. Plantes des fossés ou des talus, arbres de nos chaussées, allons cueillir de quoi récurer nos casseroles.

Après décoction d'une dizaine de minutes de la saponaire, la lessive est prête à l'emploi
Après décoction d'une dizaine de minutes de la saponaire, la lessive est prête à l'emploi

La prêle

Le long des chemins, sur les bordures de prairies près des ruisseaux, groupés dans les coins frais, d'étranges végétaux, les « queues de cheval » ou « queues de renard », poussent du printemps à l'automne. Singulière, discrète, sans odeur ni saveur particulières, la prêle des champs, Equisetum arvense, mérite pourtant une attention particulière. Ses qualités médicinales sont connues, diurétique, hémostatique, cicatrisante. Et si sa richesse en silice lui confère aussi une action reminéralisante, cette propriété lui a valu d'être utilisée en d'autres temps comme tampon à récurer. Bien roulées, fraîches ou sèches, les tiges stériles de prêle viennent à bout des pires fonds de casseroles. Outil éphémère, s'usant vite, mais facile à renouveler et enrichissant le compost.

Les propriétés abrasives de la prêle la plaçaient sur les établis des artisans, polissage du bois et des métaux étaient d'usage, son grain fin apprécié. La prêle à polir, Equisetum hyemale, persistante l'hiver, était préférée à sa cousine des champs. Réduite en une cendre à forte teneur en silice, mêlée à un corps gras, elle servait de pâte à braser.

L'herbe au verre

Herbe aux cruchons, vitriole, la pariétaire, Parietaria officinalis, porte le nom de ses emplois passés. Bouchonnée comme la prêle, elle permettait de nettoyer casseroles, récipients de verre, poteries émaillées. Nettoyage mécanique, par ses petits poils rapeux, mais aussi chimique, par la présence de nitrate de potassium, d'oxalate de calcium, de soude. Ce fort pouvoir nettoyant a favorisé son usage dans la plupart des régions de France . Usage renforcé par sa présence à la porte de l'habitat humain. Plante des roches, « paries » signifie « paroi », elle a adopté la verticalité des villages, grimpe sur les murs et s'y accroche de sa racine dure, lignifiée. L'approvisionnement est à portée de main, disponible tout au long de l'année.

Plante polyvalente, la pariétaire nettoie les ustensiles, mais les corps aussi. Diurétique, elle est citée par l'école de Salerne « contre toutes les douleurs de l'estomac et des boyaux de cause froide ». Les propriétés nettoyantes, médicinales et alimentaires de cette discrète et oubliée Urticacée méritent d'être revisitées.

La saponaire

A l'étal sauvage des plantes nettoyantes, les lavandières trouvaient autrefois leur lessive. Compagne des fossés, des berges de rivières, des haies, la saponaire, savonnière, herbe à savon, Saponaria officinalis, s'installe volontiers dans les jardins. Racines, tiges, feuilles, fleurs, contiennent de la saponine, substance mousseuse nettoyante, émulsionnant les corps gras. La cueillette se déroule de juin à octobre, après la floraison si l'on veut profiter des bouquets floraux roses de cette jolie Caryophyllacées. Les racines peuvent être récoltées l'automne, séchées, puis réhydratées pour une utilisation hivernale. Après décoction d'une dizaine de minutes, la lessive est prête à l'emploi, pour une conservation d'un à deux jours tout au plus.

Officinale, la saponaire nettoie aussi le corps, en externe, l'usage interne relevant d'une pratique avertie. Shampoing doux, savon soignant les dermatoses, apaisant les peaux maltraitées, l'herbe à savon revient à des pratiques modernes.

Le marron, le gypsophile, l'oseille et le gallium

Oublié pour ses vertus médicinales et nettoyantes, le si connu marronnier d'Inde, Aesculus hippocastanum, contient des saponines, qui lui ont valu d'être préparé comme savon pendant la dernière guerre mondiale. Gypsophila struthium, « l'herbe à la laine » de la même famille que la saponaire, était importée d'Asie par les Grecs et les Romains pour ses propriétés saponifiantes, à une époque où la lessive était faite de cendre.

Petite astuce de jardinière pour nettoyer les bouteilles sans écouvillon : l'oseille et son acide oxalique ne manquent pas d'efficacité.

Relire nos arrières-grands-mères, réinventer nos étagères de produits ménagers le long des chemins, des fossés, des vieux murs, dans son jardin. Recycler au compost tampons, écouvillons, bouchons, lessive. Et pourquoi pas ?

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