La tortue d'Hermann, une rencontre magique

La tortue d'Hermann
La tortue d'Hermann

Une tortue sauvage dans son jardin, un rêve, une réalité, frôle t-on l'illégalité ? Symbole de sagesse et de longévité, la tortue attire, intrigue, déconcerte, et s'invite au-milieu des asters, cistes, trèfles de nos jardins. Seul Chélonien terrestre en France, la tortue d'Hermann, espèce sauvage du massif des Maures, se retrouve de plus en plus adoptée par les particuliers.

Seule tortue terrestre sauvage de France

En France, les tortues sauvages sont peu représentées. Seule installée sur la terre ferme,  la tortue d'Hermann se rencontre sur le pourtour méditerranéen. Deux autres espèces, liées au milieu aquatique, se trouveront à l'état sauvage sur notre territoire : la Cistude d'Europe, Emys orbicularis, et l'Emyde, lépreuse, Mauremys leprosa.

Plutôt petite, Testudo hermanii hermanii, la tortue d'Hermann occidentale, atteint à l'âge adulte tout au plus 20 cm pour les femelles, légèrement moins chez le mâle. Sa carapace ovale et bombée, de teinte beige avec des marques noires, porte des écailles marquées de stries disparaissant avec l'âge. Ces stries permettent d'évaluer l'âge des individus, de même que les anneaux de croissance d'un arbre : à chaque année une période de développement, et une strie de plus. Aux alentours de la vingtième année, la carapace se lisse, et jusqu'à la fin de vie de la tortue, 60 à 80 ans, il faudra compter les dates anniversaires. La tortue d'Hermann porte typiquement une griffe cornée au bout de la queue, et montre une écaille caudale divisée en 2.

Un rythme de vie saisonnier

Sur ses courtes pattes reptiliennes ornées de 5 griffes, de sa démarche volontaire, avec patience et persévérance, elle arpente  ses habitats naturels du pourtour méditerranéen. Reptile ectotherme, à sang froid comme ses cousins les lézards, la tortue d'Hermann rythme sa vie sur les saisons.

Au printemps, vers la mi-mars, elle émergera de sa longue hibernation et recherchera les rayons de soleil du milieu de matinée pour se réchauffer. Se faufilant sous les buissons, elle restera de longues minutes sur les pelouses, rocailles, lisières dégagées. Les premières chaleurs la renverront sous abri, au frais, semi-enterrée si possible. La fin d'après-midi la verra ressortir, en quête de nourriture.

Une alimentation diversifiée

Sans dents, elle coupe les végétaux avec son redoutable bec corné. Trèfles, pissenlits, végétaux divers composeront l'essentiel de son alimentation. Quelques fruits pour compléter et à l'occasion de petits animaux, escargots, vers ou insectes permettront de diversifier une alimentation nécessairement riche en minéraux. Son appétit apaisé, la tortue d'Hermann cherchera de petits coins chauds, sous des pierres, des branchages mêlés de feuilles, pour se protéger de la fraîcheur de la nuit.

Rencontres amoureuses

Milieu printemps, rencontre et parade amoureuse pour les individus ayant atteint la maturité sexuelle, 10-12 ans. Le mâle, reconnaissable entre autre à son ventre concave, maintient la femelle par le cou pour la féconder. Le sperme pourra être stocké 4 à 5 ans dans les plis de l'appareil reproducteur des femelles, palliant ainsi à un éventuel déséquilibre de population.  Notre femelle fécondée aura alors besoin d'un terrain meuble, qu'elle puisse creuser pour enterrer ses œufs, 3 en moyenne, pas plus. Les œufs vont incuber tout l'été, seuls. Les sexes seront déterminés par la température d'incubation. Les petites tortues briseront leur carapace en septembre, profitant de températures automnales clémentes et des premières pluies. Les adultes croiseront avec indifférence leur progéniture, autonome dès leur naissance. Autonome mais fragile. Peu d'individus parviendront à l'âge adulte, victimes de prédateurs multiples.

Des saisons difficiles

Si printemps et automne sont des périodes actives dans le cycle de vie de la tortue d'Hermann, l'été et ses fortes chaleurs lui imposent de longs moments de repos, au frais, à l'ombre, semi-enterrée. Un point d'eau lui est alors nécessaire, et l'on peut voir, en l'absence de rosée, les tortues peuvent venir s'abreuver autour d'une mare.

L'hiver est  une période difficile pour les reptiles, animaux à sang-froid. Pour résister à la rigueur du climat la tortue des Maures a choisi sa stratégie adaptative : elle disparaît. Son métabolisme au ralenti, cachée sous des roches, débris végétaux, enterrée, elle hiberne d'octobre à mi-mars. Ce rythme est ancré en elle et le repos indispensable à sa survie. Une activité maintenue l'hiver sous des températures clémentes conduira irrémédiablement à sa perte. Les chaleurs printanières verront la tortue d'Hermann redémarrer un nouveau cycle et arpenter son territoire naturel de grande surface pour sa petite taille : 1 à 5 hectares.

Découvrir un tortue d'Hermann : un moment magique

Vous promenant en Provence, dans le massif des Maures, dans le Var, en Corse, Espagne ou Sardaigne, vous pouvez rencontrer une tortue d'Hermann sauvage : moment exceptionnel, rare, ses habitats naturels étant menacés. Incendies, débroussaillages brutaux, aménagements multiples, mettent en danger les populations naturelles.

Vous pouvez aussi rencontrer la tortue d'Hermann dans toute la France, y compris dans votre jardin. Le moment sera tout aussi magique, inattendu. Mais hors de ses aires naturelles, l'individu en balade proviendra certainement d'un élevage.

Que faire lors de telles rencontres ? Observer, se régaler les yeux, sans intervenir. Si aucun péril ne menace la tortue sur son habitat, la laisser est la meilleure des actions pour sa protection. Des fiches signalétiques peuvent être remplies auprès d'association de protection de l'environnement pour contribuer à une meilleure connaissance des populations de Testudo hermannii hermannii.

Une réglementation à connaître

Et si une telle rencontre vous a marqué, que vous souhaitez pérenniser ce moment, sachez que l'adoption est possible. Actuellement on dénombre plus d'individus en captivité qu'en milieu naturel. La réglementation, stricte, s'est assouplie en 2004 pour autoriser la détention d'une tortue d'Hermann issue de la reproduction de parents en captivité.

« Selon l'arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques, la détention en captivité est soumise à déclaration en application de l'article L.412-1 du code de l'environnement lorsque les deux conditions suivantes sont satisfaites :

  • ne sont détenus que des animaux des espèces ou groupes d'espèces dont la liste figure en annexe 2 de l'arrêté, y figure donc Testudo hermannii hermannii. dans la limite des effectifs fixés dans la colonne (b) de cette même annexe, effectifs fixés à 6 pour la tortue d'Hermann

  • la détention des animaux n'a pas de but lucratif ou de négoce, et en particulier la reproduction des animaux n'a pas pour objectif la production habituelle de spécimens destinés à la vente. »

Votre tortue deviendra alors un hôte à part entière de votre jardin, plus les conditions de son habitat naturel seront recréés, mieux sa santé se portera. Et si les distances resteront toujours entre reptile et mammifère, les liens avec cet animal sauvage seront particuliers mais bien réels. De plus, quelque part, par l'adoption,  on jouera un rôle dans la préservation de cet espèce. Sans toutefois oublier que les individus domestiques ne doivent jamais rejoindre les populations sauvages, la contamination génétique, les maladies, mettant leur survie en cause.

Les tortues, symbole de sagesse, longévité, persévérance, mais aussi courage et sérénité. Sans oublier ce sentiment de protection, d'intériorité, de sécurité. Nombreuses sont les légendes de la Tortue-mère portant la Terre. Alors, oui, avec respect, une tortue d'Hermann dans son jardin, c'est possible.

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Papik (Ile de France)
    En 1984 j'ai acheté une maison en bordure de Paris. Dans le jardin, il y avait quelque part une tortue qui hibernait. Ce fut un grand plaisir de la voir apparaître au printemps. Ma plus grande surprise a été lors d'un barbecue. Un invité a jeté l'os de sa cote de porc aux chats. Mais c'est la tortue qui s'en est emparé. Et elle l'a nettoyé bien plus efficacement que ne l'auraient fait les chats. Du coup nous lui avons régulièrement donné de la viande... Puis nous l'avons emmenée dans le midi chez mes parents. Mais elle a très vite creusé un passage sous une grille pour quitter le jardin. J'espère qu'elle a vite trouvé une compagne car, avec nous, c'est ce qui lui manquait le plus.
    Répondre à Papik
    Le 20/09/2019 à 11:24