Des fourmis, des cochenilles, des pucerons et des coccinelles

Des fourmis s'affairant autour de quelques cochenilles
Des fourmis s'affairant autour de quelques cochenilles

Certains insectes font le bonheur des jardiniers, d'autres bien moins ! Dans leur petit monde secret, fourmis, cochenilles et pucerons forment un clan discret pour lutter contre les prédateurs dont les coccinelles font partie.

Les protagonistes de l'affaire

Dans le monde du jardin, pucerons, fourmis et cochenilles ne sont pas inconnus.

La famille des pucerons se divise en de nombreuses espèces visibles sur leurs plantes de prédilection dès le printemps et ce, tout au long de la belle saison. Verts, jaunes, noirs, orangés, ils forment des colonies compactes sur les tiges et les bourgeons de nos plantes ornementales ou potagères. Insectes piqueurs/suceurs, ils aspirent la sève des plantes, provoquant des déformations et vectorisant des maladies.

La famille des cochenilles, très vaste aussi, n'est pas en reste lorsqu'il s'agit de pomper le suc contenu dans les tiges.

Pucerons et cochenilles sécrètent un miellat très apprécié des fourmis qui ont besoin de substances sucrées en complément de leur alimentation de base. C'est là qu'une belle coopération commence, dont la coccinelle, la chrysope et le syrphe, bien que prédateurs seront les victimes.

Le mystère du fameux miellat

Pucerons et cochenilles produisent du miellat. Cette substance chargée en sucres et en acides aminés est excrétée par ces insectes sous la forme de gouttelettes translucides et collantes. Riche en sucres le miellat intéresse les fourmis mais aussi les abeilles qui le butinent allègrement et en font un miel spécifique reprenant le nom de 'miellat'.

Dans le cas des cochenilles, sédentaires une bonne partie de leur vie, le miellat pourrait devenir dangereux car risquerait à terme de les engluer. Autre souci, le miellat permet à la fumagine, une maladie cryptogamique, de se développer. La plante s'affaiblit alors encore plus, et les cochenilles dans leur immobilité ne peuvent plus se nourrir correctement. Tout comme les pucerons, elles peuvent cependant expulser ce miellat à un ou deux centimètres de distance, mais avec le temps et la densité des colonies cela ne serait pas suffisant pour survivre. C'est là que leurs amies les fourmis interviennent...

Un mutualisme rodé depuis des millénaires

Nettoyeuses, protectrices, les fourmis sont de véritables nounous pour les insectes dont elles exploitent le miellat.

On entend parfois que les fourmis traient les pucerons pour en extraire le miellat et s'en nourrir. Le verbe 'traire' donne une image qui n'est pas tout à fait exacte. En effet, nulle mamelle n'est présente sur un puceron ou une cochenille : le miellat sort bien de l'anus, sans plus ! Il peut être expulsé naturellement ou sous la douce palpation des fourmis qui motivent ainsi avec talent et dextérité la sortie du liquide pour en profiter pleinement. Cette relation est nommée 'Trophobiose', et existe depuis près de 50 millions d'années. Rien de nouveau donc, la chose était simplement bien cachée !

Voilà qui lève le mystère sur la présence de pucerons et de fourmis en nombre conséquent sur la même plante.

Attention, cette symbiose ne concerne pas toutes les espèces de fourmis ; Formica, Lasius et Myrmica, sont les genres les plus aptes à élever des insectes pour profiter de leur miellat. Mention spéciale pour Lasius niger, une fourmi fort commune en Europe qui, pour contourner les mauvaises intentions des prédateurs toujours prêts à se camoufler, attendre la nuit ou masquer leur odeur, construisent une forteresse de terre autour de leur petits protégés. La gaine de terre entoure ainsi la tige de la plante et se prolonge jusqu'au nid des fourmis dans le sol. Les insectes piqueurs/suceurs sont bien à l'abri et peuvent produire en toute tranquillité !

Intérêts pour les insectes exploités

Et les cochenilles et pucerons dans tout cela ! Quel peut bien être leur intérêt à se faire exploiter de la sorte ? Tout simplement d'obtenir en échange l'agressivité des fourmis contre leurs prédateurs ! Belle symbiose : je te nourris, tu me protèges !

D'autant que les fourmis peuvent être alertées de l'arrivée d'un prédateur par la production d'une phéromone spécifique émise par les pucerons, elles interviennent alors très rapidement, contre les larves de chrysopes ou de coccinelles ou contre tout autre prédateur de leur taille.

Étrangement, la présence des fourmis assure un meilleur taux de reproduction chez les pucerons, elles s'occupent d'ailleurs plus intensément des meilleurs producteurs de miellat, peuvent de temps en temps croquer les moins productifs, et s'appliquent même à déplacer leur troupeau si une plante devenait trop faible pour les accueillir. Avec les cochenilles, c'est la même chose : certaines d'entre-elles éjectent un miellat de meilleure qualité que d'autres, elles seront alors privilégiées par les fourmis.

Les limites de la protection

Les fourmis sont très utiles pour nettoyer la zone qui alors serait trop engluée de miellat et où la fumagine se développerait abondamment provoquant l'asphyxie de la plante hôte. En ce sens, elles protègent les insectes et leur nourriture. En ce qui concerne les prédateurs, elles ont toutefois une action limitée car certains contournent leur action défensives par toutes sortes de stratégies. Enfin, les fourmis ne peuvent pas défendre leurs troupeaux contre les parasitoïdes comme les guêpes solitaires ou certaines petites mouches. Encore moins contre les oiseaux comme les mésanges ou le moineau friquet !

Quant aux coccinelles adultes, elles peuvent certes, être dérangées et agressées par les fourmis, mais sauront s’échapper d'un coup d'ailes vers une autre plante porteuse des fameuses bestioles. Tout n'est donc pas perdu pour le jardinier soucieux de mener une lutte biologique !

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Fifish22 (Bretagne)
    Passionnant! Ét vive les coccinelles!!
    Répondre à Fifish22
    Le 21/09/2019 à 14:34