L'industrialisation de nos forêts

Forêt du centre de la France traversée par une route...
Forêt du centre de la France traversée par une route...

Nul chant d'oiseau, nuls végétaux au sol, seulement des alignements d'arbres si denses qu'ils empêchent la lumière de pénétrer et les autres essences de pousser. Nos forêts changent depuis une cinquantaine d'années au détriment de la biodiversité et au profit de l'industrie.

Qu'est-ce que l'industrialisation des forêts ?

Pour simplifier l'image de l'industrialisation des forêts, il suffit de faire référence aux grosses exploitations agricoles, qui plantent une culture pour l'exploiter le plus rapidement possible à grands renforts de machines, de pesticides et d'engrais.

Les forêts qui étaient jusqu'alors gérées de manière durable passent elles-aussi à ce mode de production avec la plantation de résineux que l'on coupe dès qu'ils ont atteints 40 cm de diamètre pour laisser place à une nouvelle plantation qui prendra le relais. Les arbres plantés trop serrés pour des raisons de productivité, ne laissent plus passer la lumière, plus aucune plante ne couvre le sol, il n'y a plus de feuillus pour assurer un mélange de feuilles avec les aiguilles des résineux apte à produire de l'humus. Sachant qu'il n'y a pas d'humus et que la vie du sol est réduite, il est nécessaire de fertiliser avec des engrais chimiques. Ces derniers permettent au passage une pousse plus rapide des pins, mais n'épargnent pas les arbres des parasites et maladies qui sont traités à grands coups de pesticides. Catastrophe pour la biodiversité, ces cultures monospécifiques prennent pourtant de plus en plus d'essor.

Facteurs déclencheurs de l'industrialisation des forêts

Une impressionnante machine capable de réaliser à elle seule le travail de 8 bûcherons professionnels soit d'abattre 150 stères de bois par jour, voilà qui a changé le monde sylvicole. Une abatteuse constitue certes un investissement très lourd de 500 000 euros mais son rendement est extrême. L'engin équipé d'un grappin entoure le tronc de l'arbre, le coupe à l'aide d'une scie, puis l'ébranche avec son bras articulé en un temps record.

Énormes, ces engins arrivés sur le marché français en 1990 saccagent tout, démolissent les rivières, déstructurent les sols qui s'érodent faute de maintien. Contrairement à l'Homme qui cesse de travailler à la nuit tombée, ces machines continuent sans ciller sous les feux de leurs projecteurs parfois même jusqu'au milieu de la nuit. Mais le phénomène d'industrialisation des forêts a commencé bien avant, lorsque après-guerre, une aide nommée 'Fond National agricole' a été proposée. Les plantations de résineux ont alors connu un bel essor qui ne cesse de s'accroître. La tempête de 1999 n'a fait qu'amplifier le phénomène car la monoculture de résineux a été privilégiée pour le reboisement des forêt malmenées par le vent.

Le pin Douglas est peu à peu devenu une des essences les plus prisées dans notre pays avec 400 000 hectares de plantations.

L'inventaire forestier national déclare que ce pin a gagné 100 000 hectares en 30 ans et qu'il est planté en culture mono-specifique dans 2/3 des cas. Ce pin peut vivre deux siècles mais les industriels le plantent en masse pour le couper bien avant sa maturité, environ 40 ans après sa plantation.

Autre problème, la restructuration de l'Office National des Forêts, qui se trouve dans un contexte financier difficile. L'idée serait alors de laisser de côté la mission de service public et la démarche de gestion durable pour miser sur la production industrielle de bois. On parle même de privatisation, ce qui impliquerait un système de gestion forestière plus penché vers le profit que vers le respect de l'environnement. Chose qui a déjà d'ailleurs commencé d'après de nombreux syndicats de l'ONF qui ont dénoncé cette dérive des forêts devenant des usines à bois.

Les forêts publiques, gérées par l'ONF, couvrent un quart de la forêt française et fournissent déjà 40% du volume de bois vendu dans notre pays. Logiquement, la demande des professionnels du secteur étant très forte et ayant besoin d'essences de résineux plus que de feuillus, ce sont les cultures monospécifiques qui vont forcément prendre le dessus.

Les solutions à l'industrialisation de nos forêts

Face au profit à court terme, la gestion durable a peu de chance de trouver gain de cause, même si un pin douglas coupé à 80 ans a beaucoup plus de valeur marchande que celui qui sera coupé prématurément.

Heureusement, de nombreux forestiers conscients du problème, réagissent et se battent pour un retour à une forêt mixte (feuillus/résineux), attrayante, vivante, naturelle et stable.

Certains de ces forestiers se sont réunis au sein de l'association 'Pro Silva' qui regroupe 24 pays et plus de 6000 forestiers. Cette association européenne travaille pour le respect du sous-couvert végétal, de la régénération naturelle à l'aide d'arbres semenciers et milite pour la diversité, que celle-ci concerne les essences plantées ou les âges des arbres.

Le but de ces forestiers : opter pour une sylviculture économiquement viable et même assurant des revenus soutenus, tout en respectant l'écosystème et la biodiversité forestière. En France cette association regroupe 300 adhérents.

Réagissant à l'industrialisation sans respect de la nature, ces forestiers veulent revenir a une gestion moins perturbante, en évitant les coupes à blanc (abattage de la totalité d'une parcelle au ras du sol), en ménageant des couloirs spécifiques pour le passage des machines, et surtout en privilégiant les essences poussant naturellement sur la parcelle et en les réintroduisant tout en privilégiant la mixité feuillus/résineux.

Les coupes concernent alors seulement les arbres ayant atteint une maturité économique et les arbres gênants qui une fois supprimés favoriseront la régénération de la forêt. Celle-ci n'est donc plus rasée et l'on garde même des arbres sans intérêts économiques, présentant de grosses cavités afin de préserver la biodiversité.

Un espoir pour nos forêts et pour la flore et la faune qu'elles abritent !

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Gérard (Auvergne Rhône Alpes )
    Les forêts industrielles de résineux sont sinistres. Je n'ai plus de petits oiseaux qui viennent dans mon jardin. Je ne vois plus que les palombes, les tourterelles, les pies !!
    Répondre à Gérard
    Le 17/02/2019 à 05:47
  • Michel (Bourgogne)
    On a un très bon exemple dans notre région avec le massif du Morvan ou on a remplacé tout les feuillus par des sapins au nom de la rentabilité à court terme. Admettons, en 1950 la vision était différente mais maintenant !
    Répondre à Michel
    Le 16/02/2019 à 21:10