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Histoires de Frêne

L'Argyronète, une araignée plongeuse

Araignée discrète, l'Argyronète habite, chasse, se nourrit, se reproduit, sous l'eau. Habitante souvent méconnue de nos mares, elle y mène une vie originale, totalement adaptée au milieu aquatique.

L'Argyronète, une araignée plongeuse
L'Argyronète, une araignée plongeuse

Une araignée aquatique

Elle vit sous l'eau au milieu des poissons, des grenouilles, des larves de libellules. L'Argyronète, Argyroneta aquatica, est la seule araignée connue à mener son cycle de vie complet en habitat immergé. Sans branchies, avec son système respiratoire aérien, elle a su investir la troisième dimension du monde aquatique. Et parmi les araignées elle y règne en maître incontesté. De petite taille, 8 à 15 mm, elle a su s'adapter avec ingéniosité à un milieu plein de ressources. Seule dans son genre, de la famille des Dictynidae, elle peut se rencontrer dans toute la zone paléarctique.

Elle vit sous l'eau mais respire l'oxygène de l'air

L'Argyronète n'a pas développé de système respiratoire aquatique, son adaptation est simple, ingénieuse et efficace. Nul besoin de bouteilles ou de scaphandre. Elle se rend à la surface, capture de l'air à de ses pattes arrières qui vient se fixer solidement sur ses fins poils gris hydrophobes et une bulle se forme alors autour de son abdomen, lui conférant son aspect argenté. Cette bulle alimente en air ses trachées respiratoires. Cette forme de stockage de l'air ayant ses limites, elle a mis au point un habitat sur mesure.

Une cloche d'air autorespirante

L'Argyronète est l'architecte de la mare. Elle tisse son habitat, une cloche inversée arrimée aux plantes et imperméable à l'eau. Son aspect lui a valu son nom, « Argyroneta » signifiant « toile argentée ». Les propriétés de cette toile sont étonnantes : elle filtre les gaz. L'oxygène de l'eau diffuse dans la cloche remplie d'air par l'Argyronète, le dioxyde de carbone est rejeté dans l'eau. La toile respire. Mais ces échanges ne permettent pas de garder un équilibre entre les différents gaz, et régulièrement l'Argyronète doit remonter à la surface, récupérer de l'air dans les poils de son abdomen et le libérer sous sa cloche.

Une nageuse accomplie

Les puissantes pattes avant de l'Argyronète lui permettent de se décrocher des plantes et de nager avec aisance. La bulle d'air, selon sa taille, plus ou moins grande chez les mâles ou les femelles, inciterait à la flottaison et influerait sur l'agilité et la rapidité de chaque individu. Le réseau de trachées, extrêmement développé comme chez de nombreux insectes, permet de diffuser l'air dans tout l'organisme, mais jouerait également un rôle hydrostatique favorisant la stabilité dans l'eau.

Une chasseuse à l'affût

Prédatrice, l'Argyronète chasse à l'affût, pourchasse ses proies à toute vitesse, arpente les eaux en quête d'insectes, de petits crustacés, et même de poissons. Elle les capture de ses puissantes pattes avant, puis les neutralise définitivement avec son venin. Elle ne peut les consommer sous l'eau, et doit donc les ramener sous sa cloche, ou en surface. Les rencontres de l'Argyronète avec l'homme, aux habitats bien distincts, sont rares, mais à l'origine de douloureuses morsures, bien que le venin soit inoffensif.

Mâles et femelles, rencontres aquatiques

Le mâle chez les Argyronète se distingue par sa taille plus grande, il rejoint la femelle dans sa cloche où a lieu l'accouplement. Les œufs seront pondus au sommet de la loge, entourés de soie blanche, fin printemps et été, les petits naissent et restent un long moment dans leur abri. Les mues successives se dérouleront à l'air, sous cloche ou en surface, les petits resteront à proximité où se disperseront le long de fils aériens pour partir explorer et coloniser de nouveaux espaces aquatiques

Deux cousines qui marchent sur l'eau

Araignées des milieux humides, grandes et puissantes, les Dolomedes vivent à proximité des mares et eaux calmes. Puissants les adultes peuvent capturer de grosses proies, comme des Demoiselles. Mais aussi de petites poissons, leur technique de pêche est imparable : elles font vibrer l'eau de leurs pattes antérieures et attendent leur repas. Elles font de brèves apparitions sous l'eau, accrochées aux végétaux, mais restent en général en surface, laissant à l'Argyronète l'exclusivité des profondeurs aquatiques.

Une mare, des eaux calmes, des plantes pour arrimer sa toile, une eau peu polluée, quelques proies : l'Argyronète peut s'établir, vivre sa vie d'adulte pendant deux ans, installer ses petits. Et ainsi perpétuer son espèce au mode de vie si particulier. Un monde insoupçonné à préserver.

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