Le champignon pirate des oeillets

Le minuscule charbon des anthères, le Microbotryum, détourne à son profit les fleurs d'oeillets. Discrètement il s'approprie les étamines de son hôte pour assurer sa propre reproduction. Les abeilles ne s'envoleront plus couvertes de pollen, mais de spores de ce champignon pirate.

Microbotryum, le champignon pirate des oeillets
Microbotryum, le champignon pirate des oeillets

D'énigmatiques étamines noires

Les oeillets, aux côtés des silènes, gypsophiles, lychnis, stellaires, appartiennent à la grande famille des Caryophyllacée. Fleurs à 5 pétales sur des tiges herbacées aux feuilles simples, la reconnaissance intuitive des membres de cette famille paraît simple. Mais il peut arriver qu'une observation précise génère une grande perplexité. Des étamines noires, plus ou moins pulvérulentes, jaillissent du centre des fleurs. L'ovaire peut également avoir disparu, remplacé par les mêmes étamines sombres. Quelle est donc cette fleur ? Même les insectes s'y méprennent, qui viennent, butinent, et repartent garnis de poussières brunes. Ainsi poudrés, ils continuent leur vol vers de nouvelles fleurs, aux belles étamines lumineuses.

Un pirate botanique

Et là, ils atterrissent sur un ovaire prêt à accueillir le pollen de ses voisines. Mais en lieu et place de pollen, c'est de la poudre noire que va lui laisser son pollinisateur. Si l'on se projetait dans l'infiniment petit, on pourrait voir des milliers de spores se mettre à germer, suivre leur cycle reproductif, s'installer dans les tissus végétatifs de leur plante hôte. Elles y passeront l'hiver à l'abri, discrètes. Le printemps venu, le système reproducteur de la plante est infesté, le détournement effectué : la fleur ne produira pas de pollen sur ses étamines, mais les organes de propagation de son champignon parasite, le Microbotryum. La plante devenue stérile travaille désormais pour un Mycète qui s'approprie son appareil reproducteur mais aussi ses collaborateurs, les insectes, devenus livreurs de spores.

Les Microbotryum, une grande famille

De la famille des Microbotryacées, les Microbotryum font partie de la grande division des Basidiomycètes, aux côtés des Cèpes, des Girolles ou Amanites. Ils parasitent les oeillets et de nombreux membres de la famille des Caryophyllacées. Une espèce de champignon se trouve souvent inféodée à un hôte précis. Ainsi le Lychnis fleur de coucou, Lychnis flos-cuculi, accueillera Microbotryum coronariae. Les oeillets, particulièrement l'oeillet des fleuristes, Dianthus caryophyllus, seront eux affectés par Microbotryum dianthorum. La saponaire officinale, Saponaria officinalis, a aussi son parasite spécifique, le Microbotryum saponariae. Les Arenaria, Cerastium, Stellaria, partageront le Microbotryum stellariae. Chacun de ces parasites détourne l'appareil reproducteur de son hôte, transformant ses étamines en amas pulvérulents.

Etamines noires, Lentibulariacées, Lamiacées, Dipsacacées, et Liliacées

S'ils affectionnent particulièrement les Caryophyllacées, les Microbotryum impactent également tois autres familles, dont les étamines se couvrent de la même poussière sombre. Ainsi Microbotryum pinguiculae parasite la Grassette commune, Pinguicula vulgaris, jolie petite plante carnivore de la famille des Lentibulariacées. Les Lamium, chez les Lamiacées, et les Scabieuses, chez les Dipsacacées, se trouvent eux aussi devenir des hôtes de propagation de leur champignon.

Proches des Microbotryum par leur biologie, les Antherospora parasitent essentiellement des monocotylédones. Scilla, Muscari, Ornithogalum, sont les hôtes de ce champignon de la famille des Floromycetacées. Il s'installe dans les végétaux sans causer de dégâts sur les parties foliaires, détourne leurs fonctions reproductrices à son compte, les étamines ne produisent plus de pollen mais bel et bien des spores noires/violettes pulvérulentes. Les ovaires eux-mêmes peuvent être modifiés et transformés en étamines sporulantes. Les plantes infestées ne produisent plus de graines.

Le charbon des anthères détourne quelques fleurs parmi une population. Plus de la moitié d'entre elles continuent leur cycle de vie habituel et produisent des graines saines et viables, assurant ainsi la perpétuité de leur espèce, et de leur champignon pirate.

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