Le phrygane, le porte-bois de la mare

Ils peuplent le fond des mares, se cachent sous les pierres des ruisseaux, se glissent dans les joncs des étangs... Les porte-fourreaux, traîne-bûches, échevins, portefaix, charpentiers, les phryganes forment une famille d'insectes communs, au cycle de vie mi-aquatique mi-aérien.

Limnephilus rhombicus adulte
Limnephilus rhombicus adulte
Larve de phrygane

Un insecte maçon

Elle révèle sa présence quand elle se déplace, quelques débris de la mare semblant se mettre en mouvement. La larve de Phrygane vit dans de petits tubes de 2 à 4 cm de long, constitués de matériaux divers. Du groupe des Integripalpia ces Trichoptères mobiles de teinte verdâtre laissent dépasser de leur fourreau une tête courte et large aux yeux peu marqués, aux antennes courtes, à la bouche broyeuse. Les six paires de pattes sont visibles, la première paire assez courte, les autres longues et fines. L'abdomen allongé se termine par une paire de crochets caché dans le fourreau.

Cousines des papillons, les Phryganes ne tissent pas un cocon nymphal mais un abri permanent.

Une maison de soie et de matériaux éclectiques

Les petites larves de Phryganes bâtissent très tôt leur premier abri. Les pattes avant saisissent et trient les matières organiques et minérales disponibles, l'appareil buccal les coupe, les ajuste. Deux glandes spécifiques proche de la bouche produisent une soie liquide et collante, cimentant le tout, tapissant l'intérieur du tube pour un confort optimal.

Le fourreau terminé forme un entonnoir et reste ouvert aux deux extrémités. Se confondant dans l'environnement, il offre un camouflage parfait, une protection efficace. Il sera différent selon les matériaux disponibles, et surtout selon les espèces de Phryganes, chacune ayant ses préférences.

A chaque espèce son fourreau

Si certaines espèces de Phryganes confectionnent un fourreau de feuilles découpées en larges morceaux assemblés en un tuilage élégant, d'autres optent pour de fines lanières, assemblées toutes hérissées ; d'autres choisiront des brindilles tronçonnées et empilées en spirale régulière; d'autres encore agglomèreront des coquilles de planorbe.

Pour mieux résister au courant, les Phryganes des ruisseaux se lesteront de minuscules cailloux. Chaque espèce choisira ainsi son style de fourreau. Si leurs matériaux de prédilection viennent à manquer, elles s'adapteront, allant même jusqu'à choisir de petits bouts de plastique, des perles, des tissus colorés, l'identification par le seul fourreau devenant alors incertaine.

Une longue année sous l'eau

A l'abri dans leur fourreau, les larves vont vivre pour la plupart des espèces une bonne année dans des eaux non polluées, bien oxygénées. Les branchies externes, ramifiées ou digitées, caractéristiques de chaque espèce, sont disposées tout le long de leur abdomen et leur permettent de respirer l'oxygène dissous de l'eau. Cette respiration est complétée par une perméabilité du tégument, et optimisée par la création d'un courant circulant entre les deux extrémités du fourreau. Conférant à ce bâti, outre le rôle protecteur et de camouflage, une fonction physiologique de première importance.

Des menus diversifiés, une croissance rapide et un fourreau ajustable

Les larves de Phryganes se déplacent sur leurs quatre longues pattes locomotrices. Détritivores en général, elles raclent les substrats, broient les matières organiques en décomposition. Aidées de leurs pattes avant, elles captent de minuscules particules en suspension, algues, invertébrés...

Il leur faudra moins de 4 mois, jusqu'à 7 mues successives, pour atteindre leur taille maximale. Et à chaque mue, elles devront agrandir leur fourreau. L'élargissant côté tête tout en sectionnant le petit bout opposé.

Une nymphe nageuse

Sa taille maximale atteinte, la larve est prête à se métamorphoser. Elle ferme les deux extrémités de son fourreau d'une membrane de soie tissée, et capitonne son intérieur. Les fourreaux alaires de la nymphe se développent, les longues antennes du futur adulte sont repliées en position ventrale. Apparaissent aussi des épines dorsales, une paire de mandibules, des soies natatoires sur la deuxième paire de pattes : les épines lui permettront de se dégager de son fourreau nymphal, les mandibules de découper la trappe de sortie, les soies de nager vers la surface. Où elle s'accrochera, une nuit, à un substrat émergé, puis se métamorphosera en adulte, et prendra son envol.

Un adulte aux ailes de soie

Brunâtres à beiges, les Phryganes adultes se reconnaissent facilement. Elancées, de taille moyenne, 2 à 4 cm, elles portent de longues et fines antennes projetées vers l'avant, de grands yeux bien développés. Elles pourraient ressembler à des papillons nocturnes. Mais contrairement à leurs lointains cousins elles replient leurs quatre ailes en forme de toit et portent de nombreuses soies, parfois de longues franges. Trichoptères signifiant ailes de soie. De même elles n'ont pas de trompe en spirale. Ni d'ailleurs de mandibules. Tout comme les Ephémères, les Phryganes adultes ne se nourrissent pas, se consacrant exclusivement à leur tâche reproductrice.

Une vie éphémère

L'apparition printanière ou estivale des Phryganes est de courte durée, le temps d'une pause dans une grotte pour achever leur maturité sexuelle pour certaines espèces, quelques jours à peine pour d'autres. Brièvement, mâles et femelles se rencontrent. Les oeufs seront pondus en amas groupés sur des végétaux submergés, ou juste en surface, à peine éclosent les larves gagnent le milieu aquatique. Les adultes s'échouent à la surface des eaux, pour les plus grand régal des truites et autres prédateurs.

Communes, diversifiées, les Phryganes jouent un rôle important dans les habitats aquatiques. Source de nourriture pour de nombreux animaux, poissons, invertébrés, mais aussi oiseaux, elles sont également appréciées des pêcheurs, pour les larves comme appât, les adultes servant de modèle pour la pêche à la mouche.

Lire aussi
Végétaliser une mare Végétaliser une mare

Qu'elle ait été créée de toute pièce ou qu'elle soit naturelle, une mare à parfois besoin de petits aménagements pour y accueillir des végétaux à la fois utiles et ornementaux.

Le dytique, un chasseur impitoyable dans la mare Le dytique, un chasseur impitoyable dans la mare

Une ombre imposante s'élève des profondeurs de la mare, d'une nage souple et rapide. Un Carabe étonnamment grand, à la carapace sombre, perce la surface des eaux, un instant, puis[...]

Le moustique, un buveur de sang dans la mare Le moustique, un buveur de sang dans la mare

Grenouilles, couleuvres, tortues, aucun habitant de la mare n'échappe aux piqûres des moustiques adultes. Mais ils se délectent de leurs larves aquatiques, et peu d'entre elles en réchappent.

Les porte-greffes du prunier Les porte-greffes du prunier

Tour d'horizon des porte-greffes du prunier...

Vos commentairesAjouter un commentaire