Jolie mais redoutable : pourquoi la renouée du Japon est devenue un fléau écologique
La renouée du Japon est une plante ambivalente. Fascinante par sa vigueur et ses multiples emplois au jardin, elle pourrait presque passer pour la plante idéale. Ornementale, facile d'entretien et mellifère, elle cache par ailleurs une capacité invasive épouvantable. Inutile de se voiler la face : elle est capable de coloniser des zones entières et d'éliminer la flore locale. Une plante à ne surtout pas cultiver dans votre jardin !
D'où vient la renouée du Japon ?
Comme son nom l'indique, cette plante qui a souvent changé de nom botanique est originaire d'Asie, plus exactement du Japon, de Corée et de Chine.
La renouée du Japon est souvent vendue ou mentionnée sous différents noms botaniques, notamment Fallopia japonica. Pourtant, son nom scientifique retenu dans les textes officiels est Reynoutria japonica.
Voilà largement de quoi entretenir la confusion et masquer la réalité : il s’agit bien de la même plante, c'est-à-dire, l’une des plus envahissantes au monde.
Importée par les botanistes, elle a touché les côtes européennes au XIXe siècle, où elle a rencontré un succès immédiat grâce à sa croissance très rapide, à sa facilité de culture et à son beau feuillage.
Notez que plusieurs espèces ont été introduites à cette époque, dont Reynoutria japonica et Reynoutria sachalinensis, qui se sont allègrement hybridées entre elles, trouvant sous nos contrées des conditions idéales d'installation et de vie.
De nos jours on parle plutôt de 'renouées asiatiques' pour qualifier et englober les nombreux hybrides naturels ou créés par la suite.
Une expansion fulgurante
Des jardins botaniques au sein desquels les différentes espèces étaient conservées, les renouées se sont étendues aux parcs et jardins privés, puis elles ont été utilisées pour nourrir le bétail.
Peu à peu, la renouée s'est échappée des jardins et s'est naturalisée en s'adaptant à de nombreux milieux, et au fil des hybridations, elle a encore gagné en vigueur, se transformant en véritable peste végétale.
Elle est de nos jours présente absolument partout : en lisière de forêt, le long des cours d'eau, des routes et des voies ferrées, mais aussi dans les friches et les sols malmenés par l'Homme.
Elle a toutefois une préférence marquée pour les terrains plutôt frais et la mi-ombre, zones qu'elle colonise avec une puissance à toute épreuve.
Un système de propagation redoutable
Outre les graines que la plupart des espèces produisent en abondance, les renouées asiatiques se multiplient au moyen de leurs racines rhizomateuses traçantes qui peuvent descendre entre 2 et 7 mètres de profondeur et s’étendre à 20 mètres au-delà du pied-mère (1).
Problème majeur : chaque bout de rhizome laissé en terre donnera une nouvelle plante bien vigoureuse et une colonie à l'expansion infinie au fil du temps ! Sans oublier que chaque fragment de rhizome demeure une bombe à retardement puisqu'il peut rester en dormance dans le sol durant des mois.
Bref : un engin de chantier, une crue ou même un jardinier voulant s'en débarrasser peuvent la propager sans même s'en rendre compte.
Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), elle est considérée comme une plante exotique très invasive.
Une plante ultra-résistante
Véritable survivante à toutes les épreuves, elle est quasi increvable. Ne comptez pas sur le froid pour l'éliminer puisqu'elle résiste à -30 °C.
Cette plante de croissance très rapide n'est sensible à aucune maladie et n'intéresse pas les ravageurs. Elle s'adapte à la majorité des sols et étouffe les autres végétaux, créant des bosquets denses et les privant de nutriments et de lumière. Tantôt rampante, tantôt arbustive, elle peut atteindre 3 mètres de hauteur !
Un impact écologique majeur
Comme nous l'avons vu, la renouée du Japon forme des peuplements très denses et monospécifiques.
Les plantes locales ne trouvent plus de place pour s'installer spontanément et la diversité végétale en pâtit. Avec ces végétaux c'est toute une faune qui disparaît également.
On peut alors se poser la question de sa vente autorisée en France et dans d'autres pays d'Europe.
On la trouve sous des genres botaniques comme Fallopia ou Reynoutria, souvent sous forme de cultivars à feuillages colorés ou panachés très attractifs.
La réglementation européenne repose sur une liste officielle d’espèces interdites. Pendant longtemps, la renouée du Japon n’y figurait pas, ce qui expliquait qu’elle puisse encore être vendue malgré son caractère envahissant.
Une mise à jour récente de cette liste (2) pourrait toutefois changer la donne, en intégrant désormais deux espèces de renouées asiatiques. Mais comme souvent en matière de réglementation, il existe un décalage entre la loi, son application et la réalité du terrain, car on la trouve encore sur certains sites de vente en ligne.
Une plante à ne jamais introduire dans son jardin
Malgré toutes ses qualités, cette plante ne doit jamais être cultivée dans un jardin, car elle va forcément échapper à votre contrôle, même avec la mise en place d'une barrière anti-rhizomes. Sachant la profondeur que peuvent atteindre ses racines et leur extension, la plante gagnera toujours !
Pour s'en débarrasser, c'est quasiment impossible, c'est un peu comme le liseron ou le chiendent !
La meilleure des stratégies reste donc la prévention qui consiste à ne jamais l'installer au jardin. Attention, elle peut être proposée lors de bourses d'échange ou de fête des plantes ; apprenez à la reconnaître.
Comment reconnaître la renouée du Japon ?
Reynoutria japonica est facilement identifiable. Ses jeunes pousses rougeâtres émergent du sol au printemps telles des asperges qui vont très vite se transformer en tiges un peu semblables à celles du bambou, segmentées avec des nœuds bien marqués, lisses et creuses à l'intérieur, teintées parfois de macules pourpres.
Les feuilles, vertes, de 10 à 15 cm de long, sont en forme de triangle ou de cœur selon les hybrides avec une pointe plus fine. Ce feuillage forme une parure très dense sur la plante.
La renouée du Japon produit en fin d'été (septembre/octobre) des panicules de petites fleurs blanches très aériennes et légères. Mellifères, elles attirent les pollinisateurs et forment comme un voile blanc autour du feuillage.
En hiver, les parties aériennes sèchent et la plante semble disparaître. Ce n'est que de courte durée, car les puissants rhizomes brun orangé à l'intérieur, veillent à sa reprise fulgurante dès les premiers beaux jours !
Faut-il écarter toutes les renouées du jardin ?
Le terme “renouée” regroupe plusieurs plantes, comme nous l'avons vu précédemment, dont certaines peuvent être introduites au jardin, car elles présentent un comportement très différent. C'est le cas de Persicaria affinis, la Renouée de l'Himalaya, qui sera très utile comme plante couvre-sol au jardin et qui produit de magnifiques épis de fleurs dans les teintes roses de juillet à octobre.
Persicaria amplexicaulis fera merveille dans les massifs, leur donnant un petit côté sauvage. Cette plante que vous trouverez sous l'appellation de 'renouée ornementale' ou persicaire, se décline en de multiples coloris selon les cultivars et fleurit tout l'été.
Persicaria microcephala 'Red Dragon' forme quant à elle un buisson de 80 cm de hauteur pour 50 cm d'étalement. Cette plante présente un feuillage ornemental, pourpre et de petites inflorescences en grappes blanches en été.
Toutes ces renouées sont très rustiques et apprécient un sol frais.
Comme quoi au jardin, comme dans la vie courante, tout est une question de discernement !
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