La vie cachée des champignons, le mycélium

Aux côtés des animaux et des végétaux, les champignons mènent une vie étonnante, où interviennent des phénomènes que l'on ne pouvait imaginer quelques années en arrière. Partons à la découverte du mycélium, appareil végétatif surprenant.

Mycélium sur souche
Mycélium sur souche

Un être vivant souterrain

Sous terre, dans les souches, au cœur des végétaux, les champignons passent la majeure partie de leur vie cachée. D'où l'étonnement et les légendes qui ont accompagné les spectaculaires croissances de leurs parties reproductives, pied et chapeau, que nous consommons. En quelques heures un petit être émerge du sol, se déploie et arrive à pleine maturité pour diffuser ses spores. Il faut moins d'un jour au Coprin chevelu pour atteindre 20 cm. Foudre, diable et forces obscures, ne pouvaient que se mêler de tels phénomènes. Mais le champignon de nos assiettes n'apparaît pas d'un coup d'orage, il développe sa partie végétative dans le sol, les souches mortes, les végétaux vivants, sous forme de fins filaments blancs nommés mycélium.

Petite anatomie du mycélium

Un champignon naît d'une spore minuscule, formant un filament, qui en rencontre un autre, ils fusionnent. Se développe alors à la queue leu leu une succession de cellules formant un filament extrêmement fin invisible à l'oeil nu, nommé hyphe. Ce filament pousse, se ramifie et diffuse dans son support un réseau intense, d'une densité incroyable. Dix centimètres cubes de bonne terre peuvent compter un kilomètre de mycélium. Cet ensemble de filaments, visible parfois lorsqu'ils se regroupent en amas, correspondent à la partie végétative du champignon. Leur support est leur source de nourriture. Les décomposeurs, ou saprophytes, installés sur tout débris, végétal ou animal, se nourrissent de matière organique en décomposition. Les parasites se nourrissent de leurs hôtes, alors que les mycorhiziens mènent une symbiose avec lui, pratiquant des échanges mutuels de ressources diversifiées.

L'Armillaire couleur de miel

Redoutable parasite, l'Armillaire couleur de miel colonise les arbres, les affaiblit jusqu'à leur mort. Son mycélium installé dans la structure végétale diffuse des substances chimiques, dégradant le bois en pourriture blanche. Il prospecte d'arbres en arbres, année après année, de centimètres en centimètres, jusqu'à coloniser une forêt entière. Une étude dans les forêts de l'Orégon a révélé la présence d'un seul individu occupant une dizaine de kilomètres carrés. Il aurait plus de 8000 ans. Et serait l'organisme vivant le plus grand au monde.

Tous les champignons ne se comportent pas ainsi, certains ont des mycéliums annuels, disparaissant chaque saison froide. D'autres sont pérennes sur quelques années, évoluant en fonction de leur milieu. D'autres poussent sur une brindille d'un demi-millimètre. D'autres encore s'étendent en « ronds de sorcières ». Sous nos pieds, tout autour de nous, rayonne un monde invisible, méconnu.

Les champignons mycorhiziens

Des milliers d'espèces de champignons cohabitent dans les milieux les plus divers possibles, se rappelant à nous lorsqu'ils se reproduisent. Cèpes, Girolles, Lactaires, mais aussi Amanites mortelles, nous laissent entrevoir une infime partie de leur organisme. Et combien d'entre eux ne fructifient pas, ou trop rarement, trop brièvement, pour être vus.

Méconnu, complexe, ce réseau d'êtres vivants fascine par ses capacités. Les champignons mycorhiziens sont en dialogue avec leurs hôtes. Leur symbiose leur permet des échanges nutritifs, sucres pour les champignons, azote, éléments minéraux, eau, pour les végétaux. Rarement partenaires exclusifs, les champignons peuvent former des mycorhizes avec des dizaines d'arbres. Et un arbre accueille des dizaines de champignons. Ce gigantesque réseau permet une prospection poussée du milieu, une mise à disposition d'éléments nutritifs dispersés, les arbres se nourrissent mieux, les forêts aussi.

Un réseau d'échanges

Si les mycorhizes jouent un rôle certain dans l'alimentation réciproque des végétaux, champignons et micro-organismes du sol, la résistance des plantes semble en être également renforcée. Diverses agressions, fongiques, bactériennes, peuvent être biochimiquement maîtrisées. L'impact des agressions physiques du sol, stress hydrique, pollutions, les intolérances au calcaire, s'atténuent voire disparaissent plus le réseau mycorhizien est vivace et diversifié. Les dernières études tendent à montrer une entraide alimentaire entre arbres d'une même espèce, jeunes pousses, sujets fragilisés, seraient supportés par la forêt. Cette coopération s'étendrait à d'autres arbres, de feuillus à conifères, mais aussi au couvert forestier, aux plantes vivaces ombrées trop fortement. De plus le réseau mycélien pourrait transmettre des signaux d'alerte, permettant de prévenir les plantes connectées de toute agression. Et de mettre en place les mesures de protection adaptées.

Le mycélium, partie végétative des champignons, longtemps méconnu, révèle des propriétés insoupçonnées, un rôle indispensable dans les écosystèmes. Et les recherches débutent à peine...

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