Les coins à champignons

Ce coin de forêt serait-il un coin à champignons... On a envie d'y aller...
Ce coin de forêt serait-il un coin à champignons... On a envie d'y aller...

Le coin à champignons serait-il le secret le mieux défendu des français ? Un espace sauvage où apparaît spontanément et régulièrement le fin du fin de la gastronomie, ne peut être révélé à grand fracas sur les réseaux sociaux... Ni même entre amis. Cèpes, Girolles, Morilles, Trompette-de-la-mort, pourquoi tant de fidélité pour certains lieux ? Les non-initiés ont-ils espoir de les découvrir ? Partons à la découverte de ces " aiguilles dans leurs bottes de foin".

Pourquoi parle-t-on de coins à champignons ?

Le champignon, par ces apparitions éphémères et aléatoires, avive l'appétit des mycologues mais décourage parfois par ses longues absences. Pourtant il revient, du jour au lendemain, pour disparaître presque aussi vite, sur "ses" coins, durant de longues années.

Pour le comprendre, fidèle et insaisissable, il faut s'ouvrir au monde souterrain. Dans l'humus, les feuilles mortes, les troncs pourris, mêlé aux racines des ligneux, se propage le mycélium, partie végétative cachée des champignons. Ce mycélium se développe dans un milieu qui lui plaît, lorque les conditions de température et d'humidité lui sont favorables : chaud et humide pour certaines espèces, frais et humide pour d'autres, sec et froid parfois...

A l'optimum des conditions, les discrets filaments blancs poussent, se préparent, stockent des réserves. Dès qu'intervient un changement de température, d'humidité, de composition chimique, type grêle ou incendie, ces filaments stoppent leur croissance végétative et "fructifient". Se développent alors les parties aériennes tant attendues des champignons, nommées sporophores, dont le rôle est de produire les spores, et nourrir les mycologues.

Ainsi chaque saison la plupart des champignons de nos assiettes suivent ce cycle de croissance, leur mycélium, pérenne ou non, se développant spécifiquement dans son habitat de prédilection, "son coin".

Comment trouver des coins à champignons ?

Mais comment les trouver, ces fameux coins ? Les forêts sont si vastes, les prairies si nombreuses, les souches bien trop dégradées... Premier indice, le biotope dans lequel vit le champignon recherché : prairies, pâturages de montagne, forêt méditerranéenne, forêt de climat froid plus ou moins âgée, dunes de bord de mer, crottes d'herbivores... Inutile de chercher le rosé-des-prés (Agaricus campestris) dans une forêt de chênes. Autre indice, la végétation, de nombreux champignons étant étroitement liés à un arbre, arbuste ou vivace particulier. Ainsi dans le groupe des Lactaires délicieux, les recherches s'orienteront sous les conifères, Abies pour le Lactaire saumon (Lactarius salmonicolor), Picea pour le Lactaire délicieux (Lactarius deliciosus). Le sol, indice d'importance, peut être déterminant dans la répartition de certaines espèces : le calcaire attirera par exemple la Lépiote blanche (Lepiota alba) mais repoussera le Bolet à beau pied (Caloboletus calopus).

Une fois trouvé l'habitat potentiel de l'espèce recherchée viennent les facteurs physiques, l'eau et la température principalement : il faut savoir attendre un orage, une chute de température, voire une grêle pour espérer voir pointer un bout de sporophore... Mais si la pluie persiste rien ne poussera, excepté en terrains bien drainés. Complexe, surtout si l'on considère les particularités locales, ainsi quand souffle la Tramontane sur les terres méditerranéennes même après l'orage rien ne vient... Par contre un incendie peut détruire un habitat passé puis en favoriser un autre, ainsi en va t-il pour les Morilles. Les milieux ne restent pas figés, évoluent au cours des ans, ravivant les plaisirs de la recherche.

Quelques coins et astuces

Partons à la recherche de quelques espèces populaires, Cèpes ou Bolets par exemple. Espèces mycorhiziennes, ils vivent en symbiose avec les végétaux ligneux chlorophylliens de leur biotope, dans la majorité des cas avec des arbres de forêts bien installées, d'une vingtaine d'années. Le Cèpe des pins, Boletus pinophilus poussera spécifiquement avec les pins, parfois les châtaigniers. Préférant les sols non calcaires, sableux, il apprécie la montagne et ses forêts de l'étage subalpin. Sur sol non calcaire également, le Cèpe de Bordeaux, Boletus edulis trouvera sa place dans des biotopes aérés sous de nombreuses essences forestières, chênes, hêtres, pins, sapins, épicéas. Cette espèce ubiquiste et commune ne délaisse aucune région de France, de la plaine à la montagne. Son développement suit une météo contrastée et ne se limite pas aux seules récoltes automnales. Ainsi en va t-il pour chaque espèce : connaître "son" coin, c'est connaître son biotope et son comportement.

Nos recherches peuvent s'enrichir d'indices, d'astuces transmises par les mycologues de terrain : les ronds de sorcière dans une prairie peuvent révéler la présence du Marasme des Oréades (Marasmius oreades), dont le mycélium pousse de manière concentrique et modifie le milieu en formant des cercles. L'Amanite-tue-mouche précède les Cèpes d'une dizaine de jours, le Meunier (Clitopilus prunulus) ou "mère du Cèpe" lui est un fidèle compagnon... Un incendie peut annoncer la plus belle récolte de Morilles jamais vue. Et parfois nul besoin d'arpenter forêts et prairies : le compost du fond du jardin peut être un excellent biotope à... Pied-bleu (Lepista nuda). Autre indice, les indications du voisin revenant le panier chargé, mais alors le risque de se retrouver dans un vallon perdu n'est pas à négliger...

En guise de conclusion

Trouver les coins à champignons demande du temps, de l'observation, de la ténacité. Les chercher permet de prendre conscience de la diversité des habitats naturels, et des interactions infinies qui lient les espèces d'un biotope. Ces espaces fragiles méritent respect et protection. Avidité et commerce de masse devraient laisser place à la cueillette sélective et à une attention réciproque entre chercheurs de champignons .

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