Le jardin alpin du Lautaret (05)

Papaver latericum au jardin alpin du Lautaret
Papaver latericum au jardin alpin du Lautaret

Le Jardin botanique alpin du col du Lautaret, alliant science, recherche et savoir-faire, reconstitue des milieux alpins de divers continents. Le simple amateur de nature comme le botaniste expérimenté sera émerveillé par cette extraordinaire diversité cultivée dans un cadre exceptionnel.

Le jardin du Lautaret - Corydalis panda Le jardin du Lautaret - Papaver latericum Le jardin du Lautaret - Salvia hians Le jardin du Lautaret - Berardia subacaulis

Le Jardin botanique du col du Lautaret rassemble environ 2000 espèces de plantes alpines et de montages, originaires du monde entier et cultivées par des professionnels passionnés. Ce n’est d’ailleurs pas seulement un jardin botanique, mais également un centre de recherche en écologie. La culture d’une telle diversité végétale nous permet de voyager d’un continent à l’autre ; elle est possible d’une part grâce à la situation géographique un peu particulière du Lautaret, et d’autre part, par à un aménagement paysager du jardin parfois complexe, bien que discret. Dans ce cadre naturel grandiose, le Jardin botanique est superbe ; il fait le bonheur du simple promeneur comme du botaniste passionné.

Le jardin du Lautaret : une situation géographique particulière

Situé au col du Lautaret, entre Bourg d’Oisan et Briançon, le Jardin botanique alpin s’étend sur 2 hectares à la limite entre les Alpes du Nord, neigeuses et humides, et les Alpes du Sud, plus ensoleillées et influencées par le climat méditerranéen. À une altitude de 2100 m, il fait face au glacier de la Meige.

L’espace naturel qui l’entoure est lui-même d’une extrême richesse rassemblant, plus de 1500 espèces végétales de notre flore française, soit près de 1/3 des plantes indigènes existantes. Cette diversité floristique est due aux 2 influences climatiques ainsi qu’à une géologie particulière, faisant affleurer différents types de roche, et provoquant une multiplicité des cortèges floristiques. Cette diversité naturelle est malheureusement menacée et appauvrie par le pâturage excessif des moutons, rapportée par camions entiers et laissée ensuite déambuler librement jusqu’en haute altitude.

Le carrefour climatique et géologique naturel qu’est le col du Lautaret permet la reconstitution de différents milieux naturels au sein du jardin alpin ; ceux de nos différents massifs montagnards français, comme ceux d’autres continents.

Un jardin planté par zone géographique

Les plantes de la région y sont présentées selon leur habitat : sous-bois, milieux humides, rochers, pelouses alpines, éboulis alpins, dessinant une étendue de rocailles diversifiées. Puis le jardin alpin se divise en sections géographiques ; entre ces secteurs sont laissés quelques espaces de la prairie naturelle du col, non moins florifère.

Une pente aménagée en bloc de pouzzolane de divers calibres accueille la flore originaire de Patagonie (Amérique du Sud) : quelques Tropaeolum, capucines tubéreuses au feuillage compact et bleuté, des Calceolaria ou calcéolaires aux fleurs en sabot, des Mimulus cupreus autour d’un petit ruisseau… l’Amérique est représentée également dans un massif où le minéral laisse la place à l’exubérance végétale : lupins et petites violettes (Viola canadensis).

Un nouveau talus pierreux, presque à la verticale, a été réalisé pour recevoir les espèces françaises ; un passage de l’eau en profondeur sous le substrat est aménagé pour imiter le ruissellement permanent des hautes altitudes. S’y cultive le petit pavot des Alpes, Papaver alpinum var auriatiacum, crème, jaune ou orangé, de délicates Androsaces, Saxifraga oppositiflora, si petit, mais si attractif avec ses imposantes fleurs roses… un beau spécimen de la rare bérardie sans tige, Berardia subacaulis. Berardia subacaulis est une superbe Astéracée, relictuelle d’avant la période de glaciation. Ses quelques imposantes feuilles bleutées produisent une rosette géante plaquée à la pierre. Sa fleur centrale s’épanouit à même le sol.

Les différents types de rocailles aménagées permettent de végétaliser avec nos plantes alpines françaises selon leur milieu, notamment des éboulis accueillant des plantes lithophiles : ces dernières disposent d’une longue racine en pivot qui les ancre dans le sol, ou, à l’inverse, sont capables de suivre la mobilité des éboulis, en se régénérant à partir de fragments de racine comme Viola cenisia, la pensée du Montcenis.

Une granulométrie variable de calcaire blanc permet de reconstituer un éboulis des Apennins, et accueille quelques plantes d’éboulis réputées difficiles à cultiver. 

Les prairies alpines, plus végétalisées sont symbolisées par d'énormes touffes de Lilium pyrenaicum, et de ponctuels lis martagon Lilium martagon.

L’Asie, et notamment l’Himalaya, évoque les célèbres pavots bleus, du genre Meconopsis ; ces derniers sont cultivés avec succès sous l’ombre d’un arbre, à proximité d’un petit ruisseau, ce qui génère cette atmosphère humide qui leur est indispensable. Les pavots bleus sont en général malaisés à cultiver en plaine, car ils périclitent lorsque la température dépasse 30 °C.

Plus loin, on s’émerveille sur des plantes moins connues : un massif de Salvia hians, aux imposantes fleurs bleutées, vraiment grandes pour une sauge, au coté d’un groupe de Primula secundiflora aux délicates clochettes pendantes mauves. L’Asie centrale regorge de primevères souvent inféodées au milieu humide, telles que Primula bulleyana ou la haute Primula florindae qui sont parfois cultivées avec succès dans les jardins. Leur cousine moins accommodante, Cortusa mathiolli produit ici une jolie scène en masse au bord de l’eau.

Les pivoines y sont bien représentées également ; notamment de large pied de Paeonia anomala, au feuillage fin, ou la buissonnante Paeonia delawayi.

L’étage alpin (à partir de 2200 m environ en France) regorge de petites plantes en coussinet, très délicates de culture. Le coussinet est une adaptation de la plante aux froids extrêmes et au vent.   Certaines, comme la Silene acaulis, ne mesurent que quelques centimètres de hauteur, semblables à une mousse rase et compacte. Afin de cultiver ces plantes aux besoins si particuliers, le jardin du Lautaret a aménagé des raised-bed, des plates bandes surélevées remplies de fragments de pouzzolane, hydratées en permanence par le dessous. C’est là qu’on peut admirer le bleu invraisemblable de Corydalis panda, originaire de chine, un petit dôme florifère d’Helichrysum milfordiae ou un large tapis de la coriace Azorella monantha, une Apiacée haute de 2 cm environ, espèces dominantes des Andes sèches du centre du Chili.

Le jardin alpin du Lautaret, centre de recherche

Depuis 2005, le Jardin botanique du Lautaret est associé au Chalet-laboratoire, de la Station alpine Joseph Fourier, une Unité Mixte de Services de l’université Joseph Fourier et du CNRS.

Le site du Lautaret constitue une station biologique d’altitude. Unique en Europe, il est devenu une Infrastructure Nationale de Biologie et Santé, dans le domaine de l’Analyse et l’Expérimentation sur les Écosystèmes.

La station de recherche en altitude, station alpine Joseph Fournier, dépend de l’université Grenoble Alpes et du CNRS. Un premier laboratoire a été inauguré en 1989 puis un second en 2016 dans la galerie de l’Alpe. Les scientifiques disposent également de zones expérimentales extérieures notamment deux hectares de prairies alpines clôturées.

Si dans le laboratoire la photosynthèse de la très jolie et extraordinairement adaptée soldanelle des Alpes (Soldanella alpina) est étudiée de près, beaucoup de travaux de recherche y sont menés en parallèle pour mesurer l’évolution de la pollution, mais aussi pour mieux comprendre la réaction des écosystèmes et des organismes alpins face aux changements globaux : réchauffement climatique, pollutions atmosphériques, modifications des pratiques agropastorales, etc..

Conséquence du réchauffement climatique

Comment les alpages vont-ils réagir à l’augmentation de la température dans les années à venir ? Afin de projeter les effets du réchauffement climatique, les scientifiques ont eu une idée simple : puisque la température dépend de l’altitude, en descendant des échantillons de pelouse alpine du col du Galibier (2450 m) au col du Lautaret (1950 m), soit déplacés 500 m plus bas, il sera possible d’étudier les modifications induites par une élévation de température d’environ 3 °C.

Ainsi pour transplanter dix échantillons de 4 m² de pelouse avec 20 cm de sol, il aura fallu mobiliser 20 personnes aidées d’un hélicoptère pour transporter les sacs de 500 kg. Ce projet a été baptisé ‘les alpages volants’ ou ‘flying meadows’. Le suivi a commencé : comment les plantes et les insectes s’adaptent-ils ? Comment la biodiversité du sol, mesurée par échantillonnage de l’ADN microbien, évolue-t-elle ?

Recul des glaciers

Une caméra filme les glaciers de La Meije, qui font face au col du Lautaret, ainsi leur régression est mesurée année par année. Des capteurs installés en profondeur permettent d’étudier un autre glacier, invisible celui-là, car souterrain.

Pollution atmosphérique

Même à 2000 m, la pollution atmosphérique fait son œuvre. Des capteurs installés sur le toit-terrasse de la galerie de l’Alpes permettent de la mesurer. Bien que le site semble protégé, loin des routes, des champs et des usines, les scientifiques y récoltent des résidus de produits phytosanitaires et les fameux perturbateurs endocriniens, ces molécules présentes dans l’environnement qui modifient le fonctionnement de notre système hormonal. La pollution atmosphérique s’étale donc partout et malheureusement, aucun milieu ne semble pouvoir en être préservé.

D’autre part, les scientifiques travaillent sur les conséquences des dépôts de nitrates par les pluies et la neige sur les écosystèmes alpins. En effet, les activités humaines augmentant la quantité de nitrates atmosphériques, les précipitations les apportent au sol ce qui accroît la disponibilité de l’azote dans des écosystèmes qui normalement en sont limités. Il y a alors une perturbation, en particulier des communautés végétales.

Conséquences de l’évolution de l’agriculture

Les pratiques agricoles et pastorales ont changé dans les alpages : diminution du labour, de la surface de prairies fauchées, augmentation de la pression du pâturage par les moutons, gestion des troupeaux, devenus énormes, et bientôt modifiés par le retour du loup. Encore une fois, ces changements ont un impact important sur la biodiversité qu’il convient d’étudier.

Sensibilisation du public à l’écologie

Enfin la station de recherche assure son rôle de vulgarisation des connaissances vers le grand public au travers d’une signalétique appelée ‘école botanique’ dans le jardin ou d’expositions relatant quelques projets menés, mais aussi de conférences scientifiques gratuites données par des chercheurs, les thèmes sont variés et attisent la curiosité : pourquoi les marmottes commettent-elles l’adultère ? Le trèfle des rochers face aux changements globaux ; l’histoire des animaux domestiques racontés par leurs génomes…

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