Madère, le long de la Levada da Central da Janela

Cette levada permet une randonnée facile et représentative de l’évolution végétale lorsque l’on s’enfonce vers la forêt sempervirente, sans être trop fréquentée. Aventureuse avec ses petits tunnels, mais bien sécurisée, la levada  traverse une succession d’étroites gorges verdoyantes  riches de biodiversité.

Madère, le long de la Levada da Central da Janela
Madère, le long de la Levada da Central da Janela

La levada da Central da Janela se situe à quelques kilomètres de de Porto Moniz, près de la pointe nord ouest de l’île. Elle longe les gorges d’une longue rivière, Ribeira da Janela. Elle permet un parcours facile et intéressant de 3 h 30 aller-retour. Cette levada, bien qu’assez courte, est très satisfaisante (même si le temps est au crachin). Le dénivelé est imperceptible.

Localiser le départ 

Le départ se situe près d’un château d’eau sur l’ER 101 (3 km en venant de Porto Moniz), au lieu-dit dos Lamaceiros. S’y trouvent un petit parking, un local à barbecue et des toilettes publiques. De l’autre côté de la route, côté montagne, débute le sentier qui longe la Levada da Central.

Les premiers abords des sentiers montrent une levada particulièrement bien entretenue, dont les abords sont presque aussi soignés qu’un parc de ville. Le sentier est large avec une strate herbacée tondue, la pente est sécurisée, car bordée d’une imposante ligne d’agapanthes, des Hortensias sont plantés régulièrement, et une forêt d’eucalyptus, droits et odorants, ombrent quelques tables de pique-nique. Dans l’eau claire et canalisée qui dynamise cette promenade, nous devinons la silhouette des truites. Le début du chemin offre une vue dégagée sur les multiples terrasses cultivées du versant opposé.   Les agapanthes laissent parfois la place aux Montbrétias, tout aussi vigoureux. Lors de trouées, des oxalis jaunes à fleurs doubles (Oxalis pes-caprae) et des Allium triquetum profitent d’un peu d’ensoleillement et s’éparpillent abondamment ; Erigeron karviskianum, la vergerette s’insinue dans chaque fissure. 

Cependant, il ne faut pas marcher longtemps cependant pour quitter cette partie de levada très anthropisée. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la montagne, la nature reprend ses droits et les espèces indigènes se mélangent peu à peu aux espèces cultivées ou invasives : les eucalyptus, moins nombreux, laissent la place à quelques arbres madériens, vestiges de la forêt laurifère sempervirente  et d’épais lauriers aux troncs multiples s’accrochent à la montagne… Côté pente, le cortège végétal est un mélange de plantes introduites et naturalisées, et d’indigènes qui s’imbriquent dans une joyeuse et incroyable luxuriance. Des arbres ou des arbustes, parfois couverts de lianes qui retombent lourdement : Passiflora x exoniensis, aux fleurs roses et aux fruit de la passion en forme de banane, échappée des cultures, mais aussi Semele androgyna, le fragon grimpant, une curieuse plante de la famille du lis, qui s’enroule vigoureusement jusqu’à sur la fine rambarde qui borde la levada. Ses phylloclades (pétioles aplatis et lancéolés) sont bordés de minuscules fleurs jaunes, puis de baies rougissantes.

Le cheminement suit les circonvolutions de la montagne dans une verdure florissante, les parois sont de plus en plus raides, la levada est parfois creusée dans la roche, sécurisée du vide par une clôture.

Sur la paroi rocheuse, presque verticale, les espèces lithophytes sont de plus en plus nombreuses.

Lorsque la roche dégouline, cette humidité permet l’installation de pans entiers de fougères capillaires (Adiantum capillus-veneris) ou autres, et d’hépatiques, que l’on reconnaît facilement, plaquées à la pierre (Conocephalum conicum), accompagnées de selaginelle (Selaginella denticulata)… Elles s’associent par moment avec la jolie Sibthorpia pergrina, le faux lierre terrestre endémique.

Plus loin, alors que la lumière est plus franche, les plantes grasses prennent la relève : Aichryson villosum, aux fleurettes jaunes, Aeonium glutinosum appelé joubarbe glutineuse, caulinaire.

Quand ce mur de basalte est moins humide et mieux éclairé s’est installée une remarquable colonie d’Aeonium glandulosum, la joubarbe plateau, dont certaines rosettes plaquées au mur sont larges comme des assiettes. Entre elles, nous observons une étrange fougère aux petites feuilles arrondies : Adiantum reniforme, endémique.

Le chemin se poursuit sous une pluie fine que nous sentons à peine, abrités sous le feuillage dense. Alors que le soleil perce les nuages, l’atmosphère s’illumine et se réchauffe soudainement.   Sur le pan de montagne qui nous fait face, la vapeur s’élève déjà de la verdure en de petits nuages. L’étonnante atmosphère brumeuse dans cette vallée rappelle des scènes de Jurrasik Park.

Au détour d’un repli de la montagne, nous atteignons le fond d’une minuscule et étroite ravine et découvrons de belles fougères arborescentes. Cette ambiance subtropicale leur convient  : les frondes ont une envergure de 4 m et leur tronc est magnifique ! Certaines fougères terrestres et herbacées qui longent le sentier sont également très imposantes avec des frondes de 2 m chacune. Parmi les espèces de fougère que l’on peut rencontrer, il y a :  Arachnioides webbianum, Asplenium trichomanes, Blechnum spicant, Cystopteris diaphana, Davallia canariensis, Huperzia dentata, Athyrium filix-femina...

La levada suit une ligne de niveau de plus en plus sinueuse. Les replis de la montagne sont serrés. Alors que la levada atteint un pan de montagne étroit et abrupt, elle le traverse par un tunnel creusé dans la pierre plutôt que de le contourner. La traversée de ce tunnel aidée d’une torche est une aventure qui dure de 5 à 10 minutes : nous débouchons avec grand plaisir sur une nouvelle gorge étroite aux pans verticaux. Elle est remplie de verdure  et animée d’une cascade.

Le chemin passe sous cette cascade pour rejoindre un second tunnel, plus court, mais courbe. La promenade touche bientôt à sa fin, car plus loin, si la balade est magnifique jusqu’à la rivière, le sentier de la  levada da Central da Janela est bien moins sécurisé.

Nous poussons jusqu’au château d’eau qui est en fait un petit bâtiment plat et pique-niquons assis sur les bancs, en compagnie d’un groupe de pinsons de Madère Fringilla coelebs ssp. Maderensis ; cette sous-espèce se différencie notamment par une tache blanche au niveau du bec. Ils sont si peu farouches qu’ils viennent chercher des morceaux de gâteau au sucre de canne (Bono do mel) tenus dans nos doigts !

Le retour est agréable parce qu’il permet de revoir ces paysages étonnants d’un autre point de vue, de remarquer encore d’autres espèces, d’autres détails… Nous avons parcouru environ 12 km.

Équipement recommandé 

  • des chaussures de randonnées imperméables : le chemin est parfois boueux et glissant. C’est bien agréable et moins fatigant de ne pas craindre de glisser ou de marcher dans les éventuelles flaques.

  • un vêtement de pluie : une ondée ou un crachin est toujours possible, sans être très gênant, d’autant que la lumière et l’ambiance sont extraordinaires lorsque le soleil perce entre les nuages ensuite. Les habits mouillés sèchent cependant assez vite.

  • une torche ou une lampe frontale par personne, pour être à l’aise dans les tunnels.

  • un éventuel pique-nique à manger au château d’eau : c’est là que les pinsons de Madère sont très peu farouches.

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