Le lessivage des sols

L'agriculture intensive contribue au lessivage des sols
L'agriculture intensive contribue au lessivage des sols

Phénomène classique, surtout durant la mauvaise saison, le lessivage des sols engendre de nombreux problèmes environnementaux. Parfois lié à l'érosion qui accélère encore le processus, le lessivage trouve son origine dans de multiples facteurs.

Qu'est-ce-que le lessivage des sols ?

Il ne s'agit pas là de nettoyer le carrelage de la cuisine ou du salon !

Le terme de lessivage concerne le sol à son sens le plus complet, c'est à dire la roche mère qui constitue la base, la terre (complexe argilo-humique sous forme d'agrégats), mais aussi les micro-organismes (2/3 de la biomasse du sol), les petits animaux comme les vers de terre et bien sûr l'humus.

Le sol est une structure complexe composée de plusieurs strates avec des propriétés physico-chimiques variables suivant plusieurs paramètres comme la géographie, les pratiques agricoles, le couvert forestier ou le climat.

Le terme de 'lessivage' définit le transfert des divers éléments du sol vers la profondeur. Particules minérales fixatrices (limon), oligo-éléments, métaux, ions quittent les couches superficielles du sol pour s'y enfoncer à la verticale sous l'action de la pluie. Ils pénètrent alors dans les nappes phréatiques puis rejoignent les rivières et les mers au bout d'un certain temps. Le sol quant à lui est vidé, lessivé de ces éléments si importants pour le rendre apte à toute culture.

Le lessivage est un phénomène pouvant être présent toute l'année mais qui a surtout lieu en hiver, lorsque les bactéries du sol sont en dormance, que les plantes sont peu présentes et que les échanges chimiques sont rendus plus difficiles par le froid.

Dans notre pays, la période s'étendant de novembre à mars est la plus propice au lessivage des sols.

Conséquences du lessivage des sols

Le lessivage a pour conséquences d'appauvrir le sol mais aussi de polluer les nappes phréatiques et de manière plus générale, les cours d'eau.

Les pesticides, engrais et autres intrants sont transportés par l'eau d'infiltration et de ruissellement vers ces zones, posant des problèmes sanitaires et environnementaux.

Lessivage ou érosion ?

Le lessivage et l'érosion peuvent être des phénomènes conjoints. L'érosion est provoquée par une forte pente, par des vents violents et des pluies diluviennes, elle emporte les premières couches du sol (les plus fertiles), avec la même conséquence que le lessivage, mais en empirant encore les effets. Le lessivage est un phénomène vertical, l'érosion plutôt horizontal.

Autre terme restant à définir : la lixiviation du sol. Ce terme qualifie la fuite des éléments solubles sous la forme d'ions, il se différencie donc du lessivage dans le langage des sciences du sol (pédologie), ce dernier ne concernant dans ce cas là, que les éléments solides et non solubles.

Dans quels cas le sol peut-il être lessivé ?

La nature même du sol peut favoriser un lessivage ; La structure et la composition de la roche-mère, la circulation de l'eau et de l'air entrent en compte. Le sol est en effet plus ou moins poreux, perméable, hydromorphe... Ces paramètres doivent être pris en compte.

Tous les types de sols ne sont pas soumis à un lessivage alarmant. Certains sols bien équilibrés au niveau de leur biomasse et de leur composition chimique ne présentent pas ce problème.

Un couvert végétal dense, un sol regorgeant de vie, préservent de ce lessivage dans la nature.

Les sols des forêts et sous-bois non exploités par l'Homme sont d'ailleurs rarement soumis au phénomène, ils sont équilibrés. Le couvert végétal toujours présent en ces lieux, les divers étages de végétation, les feuilles mortes et autres débris végétaux tombés au sol offrent une protection de premier ordre. Les micro-organismes (champignons et bactéries) y sont très présents et transforment la matière organique en un humus riche et fertile, le sol est en constant renouvellement. L'activité biologique y est intense, et c'est bien là, une des clés majeures pour lutter contre le lessivage !

Reste le cas de l'agriculture intensive qui a modifié le paysage ces dernières décennies. Tout ce qui retenait les éléments nutritifs du sol a été détruit au profit de déserts verts arrosés d'engrais pour compenser la fuites des nutriments et de pesticides pour remplacer les prédateurs naturels des parasites.

Les haies, réservoir de biodiversité ont été arrachées, les fossés drainant l'eau et la retenant ont été comblés, les talus n'existent plus... Ces modifications et cette évolution des pratiques agricoles, laissent libre champs au lessivage et à l'érosion et bien sûr à la pollution qui en découle.

Le sol, laissé à nu entre deux cultures ne bénéficie plus d'une activité biologique correcte, il demande donc plus d'intrants pour demeurer productif. Les produits phytosanitaires utilisés n'aident pas à accroître la masse de micro-organismes, ni de vers de terre, il les détruisent. La formation d'humus devient impossible et l'ameublissement (donc l'aération du sol) est compromise. La terre, retournée par des machines, compactée, est considérée comme un vulgaire support de culture sans vie et c'est bien là tout le problème.

Comment limiter le lessivage du sol ?

Une simple analyse de sol ne permet pas de limiter les effets du lessivage car elle demeure incomplète sur les capacités géophysiques du terrain. Une bonne stabilité structurale est un des éléments essentiels à prendre en compte pour stopper le lessivage.

Des pratiques respectueuses du sol, des amendements apportés en quantités réfléchies et au bon moment aident à lutter contre le phénomène tout comme certains aménagements limitant l'érosion et retenant la terre. Murets en pierres sèche, buttes, haies perpendiculaires à la pente sont autant de solutions à mettre en œuvre.

Relancer l'activité biologique est essentiel. La remise en place de haies bocagères et des techniques d'agroforesterie aident aussi à retrouver un équilibre. Une gestion raisonnée des parcelles agricoles, la mise en place de cultures cultivées en bio, vont permettre de réduire la pollution liée au phénomène de lessivage mais aussi à obtenir un support de culture sain, vivant et plus fertile. Parmi les solutions, la couverture du sol par des engrais verts ou un paillage organique est essentielle puisque d'une bonne activité biologique dépend l'équilibre du sol.

Un sol vivant retient et transforme ces éléments nutritifs les rendant disponibles pour les cultures. Il y a donc un espoir pour inverser cette situation préoccupante !

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