Comment éviter le lessivage des sols ?

L'agriculture intensive considère le sol comme un simple support...
L'agriculture intensive considère le sol comme un simple support...

Le sol, lorsqu'il est équilibré et couvert naturellement, est riche en humus, la vie y est foisonnante aussi bien dans les couches superficielles que plus profondes. Au contraire, un sol trop travaillé, surexploité et malmené est soumis au lessivage des nutriments. Voyons ce dont il s'agit et comment l'éviter.

Le lessivage du sol, un gros souci environnemental

Le terme de 'lessivage' définit un sol vidé de toutes les particules fixatrices qu'il contient par l'action de fortes pluies. Il a lieu surtout en hiver dans notre pays, période où l'activité des micro-organismes du sol est réduite. Le limon (fixateur) et tous les nutriments qu'il contient sont emportés à la verticale au plus profond du sol pour se perdre dans les nappes phréatiques et les rivières Le sol est lessivé de ces éléments, la vie y devient quasi-impossible, les micro-organismes sont en faible nombre, l'équilibre est rompu. Les cultures sont compromises sans l'emploi massif d'intrants sous la forme d'engrais chimiques et de pesticides dangereux pour l'environnement. Des engrais chimiques azotés sont alors employés en excès, parfois à la mauvaise période, se transformant en taux de nitrates alarmants dans les couches profondes du sol et les nappes phréatiques. Il est donc très important d'apprendre à éviter ce phénomène et la pollution qui en découle.

Le respect du sol en tant qu'écosystème et support de culture

Pour éviter le lessivage il faut considérer le sol non plus comme un vulgaire support de culture mais comme un écosystème à part entière constitué de la roche mère, de la terre composée d'un complexe d'argile et d'humus agrégés et surtout de micro-organismes et de petits animaux (pédofaune) qui transforment la matière organique en humus fertile.

Les dégâts de l'agriculture intensive

L'agriculture intensive a, au fil du temps, créé des déserts verts, des zones dédiées sur des centaines d'hectares à une seule culture (monospécifique). Les murets et les haies ont été détruits, les fossés comblés pour aplanir le paysage et gagner du terrain. Sur ces surfaces, les animaux pollinisateurs, les prédateurs naturels des parasites, les batraciens, les reptiles et les oiseaux ont disparu à cause de la destruction de leurs habitats et de l'empoisonnement de l'eau, du sol et des végétaux par les pesticides.

Le sol, laissé à nu entre deux cultures subit le lessivage et l'érosion de plein fouet. Le lessivage, comme nous l'avons vu est un phénomène vertical, alors que l'érosion est une phénomène horizontal, dans le premier cas, les nutriments sont conduits vers les nappes phréatiques, dans le second, la partie superficielle du sol est emportée par le vent et les pluies. Les deux combinés sont catastrophique pour la terre qui demeure pauvre, sans vie.

Comment éviter le lessivage du sol ?

Le même phénomène peut être observé dans un jardin tiré au cordeau ou dans un potager surexploité. Laisser sa place à la vie, à la biodiversité et donc à la Nature est primordial.

1- S'inspirer de la Nature

On constate que dans les sous-bois, où la végétation est composée et étagée, le lessivage n'existe pas. Les arbres perdent leurs feuilles, des branchettes et autres débris végétaux se déposent sur le sol, les vieux arbres tombent, les troncs se décomposent, les animaux sont nombreux. L'équilibre est bien présent.

L'aménagement des zones de culture est donc crucial.

2- Aménager les zones de cultures

Les haies bocagères d'autrefois avaient de multiples intérêts. Perpendiculaires à la pente, elles évitaient l'érosion en coupant le vent et en retenant la terre grâce à leurs racines. Les arbres et arbustes qui les composaient abritaient de nombreux rapaces et petits oiseaux mais aussi des hérissons, et une multitude d'insectes. Les uns servaient à réguler les populations de parasites, les autres à polliniser les cultures. Les feuilles tombées des arbres fertilisaient le sol une fois transformées par la pédofaune, cette biomasse maintenant disparue est un manque important pour l'équilibre des sols. Souvent, au pied de ces haies, un fossé retenait l'eau créant une écosystème spécifique avec des plantes particulières, des batraciens, des reptiles. Cette biodiversité était ainsi favorisée. Les principes d'agroforesterie prônent un retour à ces pratiques et à la création de murets en pierres sèches, refuges de nombreux animaux utiles.

3- Assurer un couvert au sol

Comme nous l'avons vu, un sol couvert est bien moins soumis au lessivage. La pratique du semis d'engrais verts entre deux cultures constitue une excellente solution. Ces plantes ameublissent et offrent une protection au sol. Leurs racines, l’aèrent et permettent la fixation et la pénétration des minéraux et oligo-éléments dans le sol. Certaines, dont les plantes de la famille des Fabacées présentent des racines noduleuses renfermant des bactéries capables de capter l'azote aérien et de le restituer directement à la plante et dans le sol, en plus d'ameublir celui-ci, elles le fertilisent. Les engrais verts, une fois fauchés, peuvent être enfouis ou laissés en paillage protecteur et fertilisant. Ils ne présentent donc que des intérêts dans le cadre de la lutte contre le lessivage.

Un paillage organique épais (fumier, compost, paille, BRF, feuilles mortes broyées...) constitue lui aussi une très bonne couverture du sol. Tout comme les engrais verts, il va le protéger du lessivage, maintenir un bon taux d'humidité, ameublir la terre, booster sa vie et empêcher la pousse des herbes folles de manière naturelle. Les herbicides seront alors inutiles, ce qui est une bonne nouvelle pour la pédofaune et les nappes phréatiques.

Toutes ces solutions permettent d'augmenter la teneur en matière organique du sol, chose bénéfique car ainsi, l'eau est plus facilement assimilée et stockée.

4- Ne pas labourer le sol

Le non-travail du sol est préconisé pour limiter le lessivage.

Un sol trop souvent labouré, retourné, est agressé. Les micro-organismes des profondeurs se retrouvent en surface et vice-versa. Bon nombre n'y survivront pas. Encore une fois, l'équilibre sera brisé, le sol deviendra compact, imperméable, pauvre en vie microbienne.

C'est pourquoi, il est préférable d'employer des techniques alternatives, alliant paillage et aération superficielle avec une grelinette sans retournement du sol. Le semis ou la plantation directs en écartant le paillage constituent de bonnes solution, tout comme le Strip-till qui consiste à ne travailler le sol qu'au niveau du sillon semé.

5- Des biostimulants pour redonner vie à un sol meurtri

Le recours aux biostimulants naturels (poudres d'algues, mycorhizes, charbon végétal, purin de plantes...) a le vent en poupe ! Il s'agit là encore, d'apporter des amendements au bon moment dans le but de corriger les dysfonctionnements biologiques et d'améliorer la nature et la structure du sol. La symbiose mycorhizienne des micro-champignons et des racines en est un parfait exemple. Les mycorhizes fixées à l'intérieur des racines ou sur leurs pourtour vont aider la plante à créer un réseau plus important et à profiter au mieux de l'eau et des nutriments. Plus fortes, elles croîtront plus vite et demanderont bien moins d'engrais et de produits de traitements.

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