L'agriculture de conservation, entre conventionnelle et bio

L'agriculture de conservation, entre conventionnelle et bio
L'agriculture de conservation, entre conventionnelle et bio

Entre agriculture conventionnelle et bio, l'agriculture de conservation est en train de se tailler une place de choix. Répondant à trois principes simples, elle bouleverse cependant les habitudes de l'agriculture conventionnelle et n'est adoptée à ce jour que par 2% des agriculteurs français.

Principes fondamentaux de l'agriculture de conservation

Dans un monde où le sol est malmené par des cultures intensives, où les déserts verts remplacent la biodiversité, l'agriculture de conservation fait figure de technique destinée à quelques originaux. Pourtant elle est pratiquée sur près de 150 millions d'hectares sur toute la surface du globe notamment aux États-Unis et en Australie.

Elle fait appel à des pratiques bien plus respectueuses du sol que l'agriculture intensive où celui-ci n'est considéré que comme un simple support de culture exploitable à volonté. Au contraire, l'agriculture de conservation lui redonne un rôle primordial et reconnaît qu'il s'agit d'un milieu vivant à préserver et à entretenir.

Trois principes fondamentaux régissent les codes de l'agriculture de conservation :

L'absence de labour permet de respecter le sol et la pédofaune présente dans les diverses couches qui le composent. Il est question d'enrichir le sol en matières organiques pour le rendre plus vivant et non de le traumatiser et de l’appauvrir avec des techniques violentes comme le labour en profondeur.

L'action primordiale des vers de terre est préservée et même accrue grâce aux techniques de l'agriculture de conservation. Plus vivant, le sol devient plus fertile et donc plus productif mais cette approche réclame de la patience, du savoir-faire et de la constance.

Les trois principes de l'agriculture de conservation

Respectueuse du sol et de la vie qui l'habite, l'agriculture de conservation est régie par 3 principes :

1- La couverture permanente du sol

Dans la nature, le sol n'est jamais à découvert excepté dans les régions semi-désertiques ou désertiques. Les feuilles mortes, les résidus végétaux tombent sur le sol, sont transformés par les vers, les colemboles, les bactéries et les champignons en un humus fertile et protecteur.

L'agriculture de conservation tend à recréer ce processus en assurant une couverture permanente du sol, non seulement lorsqu'il est cultivé mais aussi entre deux phases de cultures. Ceci évite le compactage de la terre, le lessivage des nutriments et permet de limiter au maximum l'emploi d'intrants.

Des engrais verts sont plantés en inter-culture afin de favoriser une meilleure aération du sol grâce au réseau racinaire dense et profond mais aussi en aidant au stockage des minéraux et des oligo-éléments. Par exemple, les engrais verts de la famille des Légumineuses, ont des racines noduleuses contenant des bactéries qui permettent de capter l'azote aérien pour le restituer à la plante mais aussi au sol. Après une couverture avec de telles plantes (luzerne, lupin, féverole, trèfle, vesce...), le sol est à la fois ameubli et fertilisé en azote et donc prêt à recevoir une culture de légumes feuilles qui a besoin de cet élément en priorité.

Le sarazin est une autre plante très intéressante en inter-culture car il a la capacité de produire une molécule qui empêche la germination des herbes sauvages. La gesse commune dégage une neurotoxine qui éloigne les limaces... Chaque engrais vert a donc son intérêt et peut être choisi en fonction des besoins de chacun.

Certains agriculteurs vont encore plus loin en appliquant les principes de l'agroforesterie qui prônent l'implantation de haies pour protéger les cultures du vent, retenir les eaux ruisselantes et favoriser la biodiversité. Ainsi de nombreux auxiliaires viennent les coloniser. Ces prédateurs dont font partie les oiseaux ou les rapaces, installés dans les haies diversifiées aident à lutter contre les limaces et les mulots de façon naturelle.

2- Le semis sans travail du sol

Pour limiter les perturbations dues au travail du sol lors du semis, l'agriculteur de conservation soigne ses vers de terre ! Ceux-ci vont progressivement reprendre la place des engins mécaniques pour labourer le sol en douceur et en verticalité.

Les parcelles sont donc uniquement travaillées en surface et jamais en profondeur pour que les vers endogènes puissent effectuer leurs galeries qui permettent aux racines de s'installer et à l'eau de bien circuler.

3- La rotation des cultures

Cette rotation incluant les engrais verts permet de cultiver plusieurs genres de plantes sur une même parcelle successivement. La manœuvre a pour but d'éliminer bon nombre de maladies ou de parasites qui ne s'installent que sur un type bien particulier de culture mais aussi de préserver le sol de l'épuisement de certains éléments. Par exemple, il est possible de cultiver une année du tournesol, puis une autre du maïs, ensuite du blé, de la betterave pour revenir au tournesol en intercalant des cultures d'engrais verts en couverture du sol lorsqu'il serait laissé à nu en agriculture traditionnelle.

Intérêts l'agriculture de conservation

Des rendements de 10 à 30 % supérieurs à ceux de l'agriculture traditionnelle ont été enregistrés mais il faut du temps pour que le sol emmagasine de la matière organique et que la vie reprenne ses droits. À la clé, des économies en essence puisque l'utilisation des engins mécaniques est réduite au strict minimum, mais aussi en eau puisque le sol est amélioré, plus poreux et plus riche, sans oublier que les engrais et produits de traitements sont moins nécessaires puisque l'on enregistre une baisse de 40 % de leur utilisation.

Une meilleure productivité avec des coûts de production réduits, tout en respectant le sol, voilà une bonne nouvelle !

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Vos commentairesAjouter un commentaire

  • Khames (Djelfa)
    J'ai une exploitation de 23 has avec des vergers de figuiers, grenadiers, pistachiers, amandiers et je fais des cultures céréalières à savoir blé, orge, avoine sur des superficies jusqu'à 20 has et je n'ai jamais de ma vie utilisé de produits chimiques à l'exception du fumier animal. Merci pour toutes ces informations
    Répondre à Khames
    Le 02/01/2019 à 20:18