Les plantes allélopathiques, des végétaux qui désherbent à votre place !

Le règne végétal regorge de bien des secrets, dont un qui pourrait vivement intéresser les jardiniers, il s'agit de l'allélopathie. Certaines plantes sont des alliées naturelles pour toutes les personnes souhaitant limiter l’usage des herbicides chimiques ou se dédouaner de la corvée de l'arrachage manuel des adventices, car elles distillent des composés chimiques au pouvoir désherbant ! Découverte ...

Par Iris MAKOTO -
Le noyer noir (Juglans nigra) est un puissant inhibiteur de croissance
Le noyer noir (Juglans nigra) est un puissant inhibiteur de croissance © Petair - stock.adobe.com
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Pouvoir désherbant des plantes allélopathiques

Se servir des plantes pour limiter l'entretien du jardin et se tourner vers une gestion plus naturelle des espaces, voilà une belle idée que tous les jardiniers las de désherber vont particulièrement apprécier !

Qu'est-ce-que l'allélopathie ?

Nous savons tous qu'il existe une compétition naturelle entre les végétaux concernant des ressources comme l’eau, la lumière et les nutriments.

L’allélopathie, propose une approche complémentaire puisqu'il s'agit d'un phénomène biochimique par lequel une plante influence directement son environnement biologique . Comment ? Tout 'simplement' en émettant des substances spécifiques pouvant avoir un effet positif ou négatif sur ses voisines, mais aussi parfois sur les micro-organismes du sol, les insectes, et même les champignons.

En découle deux types différenciés : l’allélopathie directe dans laquelle les plantes diffusent leurs composés actifs dans leur environnement proche et l’allélopathie fonctionnelle où les substances relâchées ne deviennent actives qu'après une transformation par des micro-organismes.

Certains végétaux ont ainsi la capacité de produire et de libérer des composés chimiques qui peuvent inhiber ou stimuler la germination, la croissance et le développement d’autres plantes à proximité. Ces substances peuvent se répandre dans le sol, l’air ou l’eau environnante, et ainsi impacter d’autres organismes végétaux.

Ces capacités allélopathiques expliqueraient en partie les bonnes et mauvaises associations de plantes au jardin et au potager. Elles constitueraient également un des indices sur la fameuse intelligence des plantes, de plus en plus mise en exergue par les botanistes et les scientifiques. Quoi de plus intelligent en effet que de se débarrasser des plantes concurrentes par l’émission discrète de substances chimiques !

Mécanisme des plantes allélopathiques

Ces végétaux bien spécifiques produisent des composés tels que des phénols, des terpénoïdes, des flavonoïdes, ou encore des alcaloïdes. Ils les libèrent autour d'eux par divers vecteurs, notamment par leurs parties aériennes, leurs racines ou la dissémination de leurs graines. Certains de ces composés chimiques sont solubles dans l’eau ; ils sont ainsi lessivés dans le sol après une pluie, tandis que d’autres sont libérés dans l’air ou exsudent directement des racines.

Lorsque ces composés atteignent une concentration suffisante, ils peuvent perturber les processus physiologiques des plantes voisines allant jusqu'à inhiber le processus de photosynthèse, empêcher la germination des graines au sol ou perturber le développement des racines des plantes alentours.

Le phénomène allélopathique présente une grande complexité, car il est influencé par l’interaction de multiples variables biologiques et écologiques. Beaucoup de choses restent encore à découvrir !

Les plantes allélopathiques pour désherber naturellement

Les plantes allopathiques représentent une alternative intéressante dans les domaines de l'agriculture et du jardinage écologique. Dans ces contextes, certaines espèces peuvent être utilisées pour limiter l’usage des pesticides ou des désherbants.

En installant de manière pérenne et stratégique des espèces allélopathiques, il est tout à fait possible de créer des zones où la végétation indésirable est naturellement contrôlée. Ces végétaux incroyables permettent une approche plus respectueuse de l'environnement tout en ornant avec brio les diverses zones du jardin, car il existe des plantes au pouvoir désherbant pour toutes les situations !

Les arbres

Du côté des grands arbres, le noyer noir (Juglans nigra) est un puissant inhibiteur de croissance. Sous sa frondaison majestueuse, rien ne pousse ou presque, grâce à la juglone, substance fort présente dans le brou de noix et inhibitrice pour les végétaux environnants. Le noyer utilise ainsi ce composé pour réduire la concurrence végétale permettant à ses racines de s’étendre sans contrainte.

Même combat pour l'eucalyptus, un arbre originaire d'Australie, naturalisé dans les zones méditerranéennes, et dont la culture progresse dans les régions plus septentrionales grâce aux nouvelles variétés rustiques. Les nombreuses espèces et variétés d'eucalyptus libèrent leurs substances allélopathiques par les feuilles et les racines, ce qui empêche les autres plantes de se développer. Il produit également des huiles volatiles qui, en plus de créer une ambiance aromatique, contribuent à réduire la végétation concurrente.

Sous les pins, rien ne pousse, vous l'avez constaté, peut être même à vos dépens ! Les coupables : des composés phénoliques et terpéniques présents dans les aiguilles de ces beaux arbres. Ces douces molécules inhibent au passage le développement des plantes environnantes.

Les arbustes

Certains arbustes ne sont pas en reste et vous assureront des haies sans mauvaises herbes à leurs pieds. C'est le cas du laurier sauce, du laurier rose, du perovskia mais aussi du pistachier lentisque ou du myrte commun, deux plantes qui poussent spontanément dans le maquis. Notez que ce dernier pourra remplacer avec brio le buis, un arbuste trop souvent sujets à de multiples pathologies et ravageurs.

Autre arbuste, le laurier cerise, un sujet apprécié pour sa croissance rapide et son feuillage lustré vert vif. Il libère de l’acide cyanhydrique lors de la décomposition de ses feuilles et de ses fruits tombés au sol, composé qui affecte les plantes voisines en ralentissant ou en empêchant leur croissance.

Les plantes vivaces de massifs et rocailles

Vous rêvez d'un jardin d'ornement composé de plantes faciles de culture, très florifères, résistantes et quasiment sans entretien grâce à leurs propriétés allélopathiques ? Suivez le guide...

Dans vos massifs, pensez à l'arroche marine, au ciste, mais aussi à la sauge de Jérusalem, une plante à la floraison si originale. Si vous désirez limiter leur entretien au maximum et réduire les actions de désherbages, optez pour l'achillée filipendulina, la sauge sclarée, l'armoise citronnelle ou encore la lavande, une plante emblématique des jardins méditerranéens.

Puisque nous évoquons les aromatiques, plantez également du thym, de l'origan et du romarin. Notez que ces végétaux se déclinent en une multitude de variétés dont certaines sont rampantes et couvre-sol, vous serez ainsi assuré qu'aucune autre plante ne poussera dans la zone où ils demeureront.

Ces plantes sont de précieuses alliées, car en plus de leur fonction désherbante, elles attirent les pollinisateurs et favorisent la biodiversité tout en offrant leurs propriétés médicinales. C'est aussi le cas de l'hysope, de l'achillée millefeuille qui se décline en innombrables variétés aux coloris chatoyants, de l'armoise au feuillage délicatement argenté ou de la sauge officinale, des plantes bien connues dans le domaine de la phytothérapie.

En agriculture biologique

Le tournesol est particulièrement apprécié pour ses qualités allélopathiques dans le cadre d'une rotation de cultures ou en tant que couverture végétale protectrice du sol. Cette plante a pour capacité de produire et de libérer des substances comme des terpènes et des phénols, par ses racines et ses résidus après la récolte. Ces composés se diffusent dans le sol et inhibent la germination de certaines herbes sauvages.

Le sorgho, quant à lui, produit de la sorgoléone, un composé phénolique libéré par ses racines qui a pour fonction d'affecter la croissance des herbes folles environnantes.

Le seigle est très souvent utilisé en tant qu'engrais vert. Il entre plutôt dans le cadre d'une allélopathie fonctionnelle puisque c'est seulement après sa coupe, qu'il va produire des substances empêchant la germination des mauvaises herbes. Laissé en paillage sur place, il facilite ainsi la préparation du sol pour la culture suivante.

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