La salamandre tachetée, un dragon dans les sous-bois

Légendaires, connues de tous, la salamandre tachetée se rencontre à de rares occasions. Les soirs de pluie elles sortent, parfois par dizaines, sur les chemins, au bord des fontaines, dans le jardin. Puis retournent à leur vie souterraine, secrète. Partons à la découverte du monde insolite des Salamandres.

Salamandre tachetée
Salamandre tachetée

Un dragon miniature dans les sous-bois ?

Son corps d'une quinzaine de centimètres se pose sur quatre courtes pattes, et se prolonge d'une queue ronde, effilée. Ses couleurs, un noir brillant parsemé de jaune, permettent de la reconnaître sans équivoque. Sa tête porte deux grands yeux noirs adaptés à la vision nocturne et crépusculaire, suivis de deux protubérances, les glandes parotoïdes typiques. Son allure est presque reptilienne, pourtant la Salamandre tachetée, Salamandra salamandra, appartient à la classe des Amphibiens, vertébrés menant double vie, terrestre pour les adultes, aquatique pour les jeunes. Aux côtés des Tritons, pourvus d'une queue plate, elle rejoint l'ordre des Urodèles, Grenouilles et Crapauds se classant eux chez les Anoures.

Une vie adulte loin de l'eau

Surprenantes, pour des Amphibiens, les Salamandres passent leur vie adulte loin du milieu aquatique, mais aiment l'humidité. Elles hibernent les mois les plus froids, sous des pierres, de vieilles souches, empruntant d'anciens terriers de rongeurs. Elles se reposent pendant les chaleurs estivales, cherchant la fraîcheur dans leurs caches souterraines. Elles chassent au crépuscule, la nuit, des escargots, insectes, lombrics, mille-pattes, araignées, chenilles, cloportes... Proies de toutes tailles, maintenues dans leurs puissantes mâchoires avant d'être avalées.

Et dans leur cycle de vie, même la saison des amours reste terrestre.

Mâles et femelles, rencontres terrestres

Dès la sortie d'hibernation, début mars, jusqu'à septembre, se déroulera la saison des amours, entièrement terrestre. Privilégiant le mois de juillet, les mâles dès l'âge de 2, 3 ans recherchent une femelle. Ils établissent le contact, la tête posée sur son dos. Si le moment est propice, le mâle se glisse sous sa partenaire, la soulève légèrement, la maintient par une prise entre pattes avant. La fécondation est interne. Suit alors pour la femelle une longue gestation, de plusieurs mois. Huit au total. A la fin desquels elle reviendra enfin vers le milieu aquatique, pour que s'y développent ses petits.

De petites Salamandres longtemps protégées

La longue gestation de la Salamandre lui permet de protéger ses œufs et de mettre bas des larves déjà formées. Après une migration vers un ruisseau, une mare, une fontaine, une grotte active, elle s'immerge partiellement... Et libère une vingtaine de larves de 2 à 3 cm de long ; les plus robustes iront jusqu'à 60... Partageant le même habitat, les Grenouilles rousses, Crapauds communs, Tritons alpestres, n'ont pas adopté la même stratégie de reproduction, et pour compenser la prédation pondent des centaines, des milliers d'œufs. Chez la Salamandre dès la naissance les larves sont autonomes.

Des larves vivaces

Vives, les petites larves filent sur leurs quatre pattes, ondulant de leur longue queue plate. Elles se remarquent par leurs branchies externes finement ramifiées, la tache claire marquant la base de leurs pattes. Discrètes, plutôt grisâtres, elles se cachent dans les anfractuosités, sous les pierres, entre les racines, tentant d'esquiver de redoutables prédateurs, insectes carnivores, oiseaux, musaraignes aquatiques, truites dans les eaux plus profondes... Et larves de Salamandres plus grosses qu'elles. Carnivores, elles chassent larves de moustiques, éphémères, gammares, et deviennent cannibales si besoin. Après 4 mois de ce régime, et plusieurs mues, les jeunes Salamandres sortent de l'eau, pour une longue vie terrestre de plusieurs décennies.

Une longue, longue vie

La longévité des Salamandres est exceptionnelle, 30 ans en milieu naturel, jusqu'à 50 en captivité. Leur absence de prédateurs en est une des causes. Certains s'y sont risqués, mais ils n'oublieront plus ses couleurs jaunes et noires. Ni son venin toxique, secrété par les glandes parotoïdes et les protubérances verruqueuses disposées en ligne tout le long de son corps. Ce venin, alcaloïde dangereux, est un neurotoxique agressif pour les muqueuses, bouche et yeux. Sur l'épiderme, la peau humaine, il peut créer des irritations. Pour les Salamandres, la protection est de longue durée, d'autant qu'elle se complète d'une action anti-fongique at anti-bactérienne.

De nombreuses sous-espèces

Si les Salamandres tachetées sont réparties dans toute l'Europe, on ne peut en trouver 2 semblables, leur coloration variant considérablement et étant propre à chaque individu.

Par contre selon les habitats on peut reconnaître une dizaine de sous-espèces.

  • Salamandra salamandra terrestris, répandue en France, porte deux bandes parallèles de tâches jaunes, parfois en ligne continue ;

  • Salamandra salamandra salamandra, du massif des Alpes, Carpates, Balkans, présente de petites ponctuations ;

  • Salamandra salamandra fastuosa vit dans les Pyrénées centrales, Monts Cantabriques, chez elle le jaune prédomine, en longues et larges lignes ;

  • Salamandra salamandra bechkovi se rencontrera en Bulgarie;

  • Salamandra salamandra crespoi, bejarae et almanzoris se répartiront en Espagne. Parmi toutes ces sous-espèces certaines ont dû s'adapter à des conditions climatiques difficiles.

Les sous-espèces d'Espagne

Confrontées à la chaleur et à la sécheresse, les Salamandres du Sud de l'Europe n'hibernent plus l'hiver, mais l'été, s'enfouissant dans des caches fraîches et humides les mois les plus chauds. Leur adaptation passe aussi par la protection des petits.

La sous-espèce Salamandra salamandra bernardezi, au Nord-Ouest de l'Espagne, mettra au monde de jeunes Salamandres déjà formées, équipées de poumons, une vingtaine en moyenne.

Au Portugal et Nord-Ouest de l'Espagne, Salamandra salamandra gallaica, peut revenir à l'eau y déposer ses larves, mais aussi prolonger sa gestation, attendre que les larves aient fini leur développement en interne, les protégeant et se libérant ainsi des contraintes du milieu aquatique.

Des espèces montagnardes

La Salamandre tachetée a aussi quelques cousines européennes adaptées non à la chaleur, mais au froid. La Salamandre noire, Salamandra atra, vit en montagne dans les Alpes. Noire, rarement tachée de jaunes, fine, pas très grande, elle vit dans les hêtraies, recherche les clairières et les lisières. Elle se trouvera dans les pelouses alpines si des pierriers, des caches, lui permettent de se protéger le jour et d'hiberner l'hiver. Là-haut en montagne la belle saison est courte, la Salamandre noire a opté pour une protection maximale de ses petits. Elle les gardera en elle tout au long de leur développement, de l' œuf jusqu'à la jeune Salamandre. La gestation pourra ainsi durer 2 à 3 ans selon l'altitude, puis seulement 2 jeunes Salamandres naîtront, déjà grandes, 4 à 5 cm, autonomes et résistantes.

Légendes humaines

Fascinante, mystérieuse, la Salamandre est au cœur de nombreuses légendes . Elle entretient avec le feu une relation étrange, capable de le traverser, d'y renaître, voire même de l'éteindre. D'où lui viennent ses pouvoirs magiques ? De son invincibilité, de son venin, liée à ses couleurs noir et or ? De son habitat, quand elle émerge de sous les pierres d'un foyer, d'une bûche à demi-brûlée ? Ou bien de son aspect, plus proche d'un dragon que d'une grenouille ? Et sa capacité à régénérer certaines parties de son corps, son exceptionnelle longévité, contribuent-ils aussi à lui donner une place à part dans notre imaginaire ?

La Salamandre tachetée et ses nombreuses sous-espèces sont très répandues en France et dans toute l'Europe. Elles se sont adaptées à des habitats variés, se rapprochant même des habitations humaines proposant des conditions propices. Mais certaines régions voient malgré tout leurs populations régresser, en Aquitaine, Midi-Pyrénées, Pas-de-Calais, Picardie, elles sont classées sur la liste rouge de l'UICN comme espèces quasi-menacées.

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