La faim d'azote, méfiance au printemps

Étaler le paillage en hiver
Étaler le paillage en hiver

Le jardinier croyant bien faire, paille souvent le sol de son jardin en tout début de printemps, provoquant la fameuse 'faim d'azote' sans même le savoir. Certes le terme est connu, mais le processus et ses causes beaucoup moins !

Qu'est-ce-que l'azote ?

L'azote est un gaz incolore et inodore qui se trouve dans l'atmosphère terrestre à raison de 78% de diazote pour 21% de dioxygène mais aussi dans de multiples éléments inorganiques ou organiques. Son symbole chimique est 'N', il s'agit du fameux 'N' que l'on trouve sur les engrais pour en donner leur composition et leur dosage sous la forme 'NPK' pour 'Azote', 'Phosphore' et 'Potassium'.

Les plantes vertes et les légumes-feuilles ont généralement besoin d'un engrais plus fortement dosé en azote alors que les plantes fleuries sont plus gourmandes en potassium. Mais pourquoi donc le symbole 'N' ? Tout simplement parce que son ancien nom latin était 'Nitrogenium' !

C'est seulement à la fin du XVIIIe siècle qu'Antoine Lavoisier (1743-1794), considéré comme l'un des pères de la chimie moderne, choisît le nom d'Azote en partant du préfixe privatif 'A' et de 'Zôt' signifiant 'vivant' en grec, car à cette époque l'azote était considéré comme un gaz inerte donc 'privé de vie' comme le sous-entend son étymologie. Pourtant, l'azote joue un rôle fondamental dans le processus de croissance des végétaux, mais aussi dans le fonctionnement et la structure des êtres vivants en général.

Quelles sont les relations entre l'azote et les plantes ?

L'azote sous ses diverses formes, atmosphérique (N²), ammoniaque (NH4+), Nitrates (NO3-), ou nitrites (NO2-), constitue une source de nourriture fondamentale pour les plantes. Il fait partie des éléments nutritifs essentiels à celles-ci qui, sans lui, sont chétives, prennent une coloration pale et résistent bien moins aux maladies.

Seules certaines plantes sont capables de capter et de fixer l'azote atmosphérique (présent dans l'air) grâce à une association symbiotique entre les bactéries présentes dans les nodosités de leurs racines qui transforment l'azote de l'air en azote directement assimilable. En échange, la plante les 'héberge' en leur procurant des sucres et autres nutriments issus de la photosynthèse. Ceci n'est possible que sur les végétaux faisant partie de la famille des Fabacées (haricots, pois, luzerne, lupin...). Dans ce cas, les plantes profitent directement de l'azote transformé et leurs racines en restituent aussi dans le sol le rendant accessible aux futures cultures ou aux plantes installées non loin. Lorsque l'on connaît ce processus, on comprend mieux l'intérêt de la rotation des cultures, d'un couvert d'engrais vert à base de Fabacées, ou de l'association de certaines plantes amies.

Les autres plantes n'ont accès à l'azote qu'une fois qu'il a été minéralisé dans le sol sous la forme de nitrates par les décomposeurs que sont les bactéries et champignons aérobies et anaérobies présents dans le sol. Il y a alors ammonification (l'azote est transformé en ammoniaque NH4+) puis d'autres bactéries dites nitrifiantes, transforment cet ammoniaque en nitrites (NO2-) puis en nitrates (NO3-). Ce n'est qu'à ce moment que les plantes peuvent assimiler l'azote et s'en nourrir.

Qu'est-ce-que la faim d'azote ?

Dès lors que nous connaissons le processus de transformation de l'azote sous sa forme gazeuse en une forme minéralisée, il est plus facile de comprendre les raisons de notre fameuse faim d'azote. Les décomposeurs de matière organique fraîche doivent absorber une forte proportion d'éléments carbonés lorsque le sol reçoit un paillage organique. Pour que cette absorption soit optimale ainsi que le processus de transformation en humus fertile, les micro-organismes ont besoin d'azote qu'ils puisent directement dans le sol. À ce moment bien particulier, l'azote n'est plus disponible pour les plantes qui sont alors carencées. Le phénomène est d'autant plus visible au printemps, lorsque le sol est humide et froid, la minéralisation de l'azote est alors compromise car les enzymes intervenant dans le processus de minéralisation sont bien moins actifs par temps froid.

Les paillis organiques trop carbonés peuvent causer cette faim et ne sont donc pas toujours si favorables au jardin surtout lorsqu'ils sont mis en place en fin d'hiver ou tout début du printemps. Cela concerne tous les paillages plutôt bruns, secs et rigides comme les déchets de bois, paillettes de lin ou de chanvre, paille brute, résidus d'écorces.... Placez ce type de paillage de préférence en automne en couverture du sol. Au passage, il évite le lessivage des nutriments et bloque la pousse des mauvaises herbes tout en ameublissant le sol qui sera prêt à recevoir vos cultures dans les meilleures conditions au printemps.

A l'inverse les déchets plutôt verts, humides et mous ne posent pas de problème. Ces matériaux en paillage ne provoquent pas de "faim d'azote", au contraire. Et puis les mélanges équilibrés, comme les tailles de haies de feuillus (mélange de tiges carbonées et de feuilles vertes et tendres) sont parfaitement équilibrés et ne créent aucun déséquilibre. Privilégier toujours un paillage avec les végétaux frais (qui vont se décomposer très rapidement) au printemps.

Comment éviter le phénomène de faim d'azote au printemps ?

  • Comme nous l'avons vu, il est préférable de ne pas pailler le sol avec une couverture organique de type "sèche" en tout début de printemps. Le paillage ayant de nombreuses vertus, il est hors de question de s'en priver. Si votre sol n'a pas été paillé au préalable en automne ou en hiver, vous pouvez toujours attendre la fin du printemps ou étaler une couche de compost bien mûr directement sur le sol avant de la recouvrir de votre paillage organique. L'azote sera ainsi disponible en quantité.

  • Arroser le sol avec du purin d'ortie, de l'urine diluée ou épandre de la poudre de corne broyée peut aussi aider à lutter contre cette faim d'azote.

  • Autre technique : permettre au sol d'être moins détrempé et de se réchauffer plus vite en installant les cultures sur buttes.

  • Cultiver des légumes peu demandeurs en azote en tout début de printemps.

  • Éviter les plantations à cette époque de l'année ; Il est toujours préférable d'installer les vivaces rustiques, les arbustes et les arbres en automne, les végétaux ont alors le temps de former un bon système racinaire, ils seront moins sensibles à la faim d'azote et à la sécheresse estivale.

  • Ne pas planter de légumes-feuilles sur une surface récemment paillée avec un paillage organique autre que du compost bien mûr en début de printemps.

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  • Ets (Var)
    Depuis 2/3 ans une espèce de chose se développe sur certaines surfaces. Cette chose ressemble à un champignon visqueux de couleur ocre/vert olive. Après recherche, il s'agit d'un "nostoc" ou crachat de lune, une cyanobactérie très invasive et à priori sans possibilité d'empêcher son développement. C'est vraiment une horreur. Que faire?
    Répondre à Ets
    Le 28/04/2019 à 07:16
  • Yann (France)
    2 précisions : -1- en excluant tout paillage organique (sous prétexte de risque de faim d'azote). -2- en proposant de pailler avec "une épaisse couche de compost bien mûr" Explications : -1- Seul des paillages trop carbonés peuvent causer une "faim d'azote" Les déchets de bois (brf par exemple), paillettes de lin ou de chanvre, paille brute, résidus d'écorces.... Bref pour tout paillage avec des matériaux plutôt Brun, Sec et Rigide, attention à la faim d'azote. Au contraire, les végétaux frais (pelouse fraîche en faible épaisseur) résidus végétaux qui viennent d'être coupés (feuilles vertes, herbe jeune au printemps, feuilles vertes et tendre d'arbres, engrais verts fauchés) sont plus riches en azote qu'en carbone. Bref tout ce qui est plutôt Vert, Humide et Mou ne pose aucun problème. Ces matériaux en paillage ne provoquent jamais de "faim d'azote", au contraire. Et puis les mélanges équilibrés, comme les tailles de haies de feuillus (mélange de tiges carbonées et de feuilles vertes et tendres) sont parfaitement équilibrés et ne posent aucun déséquilibre. Privilégier toujours un paillage avec les végétaux frais (qui vont se décomposer très rapidement) vous évitera de provoquer un déséquilibre. -2- 1) Le compost n'est pas un paillage !! Le compost est un milieu très riche, vivant et nutritif, qui doit être utilisé en surface, et protégé du soleil. Ne jamais le laisser sous les rayons du soleil qui vont faire fuir tous les micro organismes, tuer la vie qui s'y trouve, et bruler par les UV tous les éléments nutritifs qui s'y trouvent. Le soleil est fait pour frapper des feuilles vertes et produire de l'énergie et des sucres pour la plante grâce à la photosynthèse, pas pour toucher le sol et brûler tout ce qui s'y trouve. Le compost mis en surface doit toujours être protégé par un paillage. 2) On ne met jamais "une épaisse couche de compost mûr" Sauf pour quelques plantes gourmandes, on ne met pas plus de 3kg/m2 de compost mûr. Et 3 kg/m2 c'est loin de faire une couche, encore moins une couche épaisse. Pourquoi? Pour ne pas déséquilibrer par excès de nutriments. Si on donne trop d'éléments disponibles à une plante, elle se gave (la gourmande) et pousse très vite (pareil pour les engrais solubles). Mais elle privilégie la pousse au détriment de ses défenses. Elle devient donc plus facilement sensible aux maladies et ravageurs. D'ailleurs les pucerons vont préférer une plante très riche en sucres (parce qu'elle a poussé trop vite en absorbant beaucoup de nutriments d'un seul coup) Conclusion, le compost mûr c'est en surface, on peut légèrement griffer pour l'incorporer aux premiers centimètres du sol (mais pas plus) et on protège avec un paillage. Sinon c'est du gaspillage...
    Répondre à Yann
    Le 21/04/2019 à 10:06